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Jeunesse

Vers une troisième intifada ?

La jeunesse palestinienne en première ligne

Ces dernières semaines, les affrontements en Cisjordanie et dans Jérusalem-Est se sont faits plus violents. Les palestiniens relèvent la tête face à la colonisation israélienne, et sont aussi de plus en plus critiques du gouvernement de l'Autorité Palestinienne d'Abbas. On évoque une possible troisième Intifada. Comme souvent, la jeunesse joue un rôle particulier dans la situation. G. Gorritxo

vendredi 9 octobre 2015

Va-t-on vers une troisième Intifada ? La répression de Netanyahou aura-t-elle raison de la révolte des palestiniens, et de ses jeunes en première ligne ?

En tout cas, il est clair que les palestiniens ont pris une fois de plus le chemin de la lutte. Mercredi, les étudiants de l’Université de Birzeït, la plus grande université de Cisjordanie et proche de Ramallah, s’étaient mis en grève sous le slogan « Birzeït a été un bastion de l’Intifada, elle doit de nouveau mener le mouvement ». De nombreux étudiants sont allés en bus à Ramallah pour affronter l’armée israélienne. Au point de contrôle de Beit El, au Nord de Ramallah, une vidéo montre comment des tireurs israéliens infiltrés parmi les jeunes ont arrêté les « agitateurs », y compris en tirant à balles réelles (puisque c’est maintenant autorisé par Netanyaou). Cette vidéo, qui a beaucoup circulé, n’a fait que renforcer la détermination des jeunes. Et jeudi, un deuxième jour de grève et d’affrontements a eu lieu, et les consignes ont tourné sur les réseaux sociaux pour se prémunir au mieux des infiltrés, les « moustaaribines » (littéralement : « ceux qui se déguisent en arabes »).
Depuis la reprise du conflit, plusieurs jeunes et adolescents ont été tués.

Quand on est un jeune palestinien...

Quand on est un jeune palestinien, on a des problèmes de jeunes... multipliés par mille ! Si ici on a les « sans-facs », les réfugiés palestiniens ont eux vu leur rentrée reportée. Il y aurait actuellement 500.000 « sans-école », reflétant le manque chronique d’infrastructures. Selon les estimations, il manquerait par exemple à Jérusalem-Est 2200 salles de classe supplémentaires. L’UNRWA, l’agence de l’ONU censée s’occuper de la scolarisation des réfugiés palestiniens, annonce un manque de fonds de plus de 100 millions de dollars. Cette situation amène ceux qui le peuvent à s’inscrire de plus en plus dans le privé. Pour les autres, c’est l’échec. On estime à 36% le taux de réussite dans le second cycle, c’est-à-dire au lycée. De plus en plus de palestiniens préfèrent tenter le « baccalauréat israélien » que son équivalent palestinien, moins reconnu.
Nombreux sont pourtant les jeunes prêts à tout pour étudier, y compris dans les universités sous les bombardements. Et ils ne sont pas rares ! La dernière opération des colons, « Bordure Protectrice », aurait détruit 5 universités et 182 écoles publiques !

Comme si cela ne suffisait pas, ceux qui réussissent à suivre les cours subissent quand même une « occupation de l’esprit », en plus de l’occupation de leur territoire.
« En mars 2011, la municipalité de Jérusalem a envoyé une lettre aux chefs d’établissements privés de Jérusalem Est, qui reçoivent des financements des autorités israéliennes, les informant qu’à partir de l’année scolaire 2011/12, ils auraient l’obligation d’acquérir et d’utiliser uniquement des manuels préparés par l’Administration de l’éducation de Jérusalem (JEA), un organe commun à la municipalité et au ministère de l’Éducation israéliens. Malgré les protestations organisées par des comités de parents d’élèves, des enseignants et des militants de Jérusalem Est, certaines écoles ont accepté par peur de perdre leurs financements. ». Si en France le contenu des cours doit être adapté au « tissu économique local », en Palestine, il doit être « judaïsé ». Pas qu’en Palestine d’ailleurs, puisque la contestation de la version israélienne de l’histoire est constamment censurée, notamment aux États-Unis, où selon The Nation plus de 300 cas de censure, pouvant aller jusqu’au licenciement d’universitaires, entre janvier 2014 et juin 2015, ont été répertoriés.
Et après un parcours du combattant et un hypothétique diplôme, les perspectives restent minces. La bande de Gaza par exemple connaît le plus fort taux de chômage mondial, 40%, et celui des jeunes atteint les 60% !

Pourquoi la jeunesse est-elle une cible privilégiée ?

On l’a vu, notamment dans les Intifada, la jeunesse joue souvent un rôle de déclencheur et de moteur dans les révoltes. Elle reflète aussi, de manière plus aiguë, le tempérament de la société.
L’Université de Birzeït par exemple, a toujours été vue comme un reflet, une expression de l’état d’esprit des rues cisjordaniennes. Historiquement plus « libérale », et hégémonisée par le Fatah, les dernières élections étudiantes d’avril ont bouleversé la donne. Le Wafa, syndicat pro-Hamas, est devenu la première force en obtenant 26 sièges sur 51, le Fatah n’en obtenant que 19, et le FPLP 5. Réagissant à ces résultats, l’Autorité Palestinienne a parlé de « séisme politique », et il semblerait que ce résultat joue un rôle important dans sa décision de ne pas organiser d’élection en Cisjordanie. L’attention envers l’état d’esprit du mouvement étudiant n’est pas nouvelle. Cette année, deux étudiants en journalisme de la même université ont été arrêtés pour avoir « critiqué le gouvernement palestinien ». 25 ont été interrogés.
Mais la situation actuelle n’est pas qu’un marasme ! S’ils ciblent les jeunes en particulier, comme on l’a vu encore ce vendredi avec le meurtre de six jeunes palestiniens perpétré par des soldats israéliens, c’est bien parce qu’ils ont compris la force, le détonateur qu’ils peuvent être, vers une lutte d’ensemble contre l’État d’Israël, les impérialistes et l’ensemble des rouages de leur système. Une lutte dont il nous faut être solidaires.




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