^

Politique

LA SAGA DE LA LOI ANTI-CASSEUR

La loi anti-casseur adoptée par le Sénat. Macron ne s’arrête pas là, il saisit en plus le Conseil Constitutionnel

Déjà adoptée par l’Assemblée Nationale le 5 février malgré de nombreuses critiques et un vote mitigé, y compris dans les rangs des députés LREM, la loi anti-casseur proposée par le gouvernement a été adoptée par le Sénat sans aucune modification. Redoutant une levée de boucliers de l’opposition, Macron tente de la légitimer par un appel au Conseil Constitutionnel.

La loi dite « anti-casseurs », initialement proposée par les sénateurs Les Républicains et reprise par le gouvernement dans le contexte des manifestations des gilets jaunes, a finalement été votée par le Sénat sans modification le 12 mars, avec 210 pour, 115 contre et 18 abstentions. Cette loi examinée depuis début janvier, a beaucoup fait parler d’elle. Sa nature liberticide a été très critiquée par la gauche, mais pas seulement. Effectivement, le vote à l’Assemblée Nationale a été marqué par l’abstention de 50 députés LREM, un chiffre qui n’avait pas été atteint depuis 2017 sur un vote proposé par le gouvernement.

La loi permettra, entre autres, l’interdiction préventive de participer à des manifestations pour des individus identifiés comme « appartenant à un groupe ou entrant en relation de manière régulière avec des individus incitant, facilitant ou participant » à des violences ou dégradations, et met également en place des sanctions concernant la dissimulation du visage lors de manifestations, que cette dissimulation soit totale ou partielle. Des actes qui deviendront désormais passibles d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.

Ces mesures « sécuritaires » n’ont en fait pour objectif que de réprimer encore plus durement les contestations sociales et d’appuyer la politique autoritaire menée par Macron et son gouvernement.

En vérité, cette loi dissimule le fait qu’elle va faciliter les arrestations et incarcérations de tous les manifestants, et pas seulement des « casseurs » terme utilisé à tout-va par les médias et le gouvernement pour délégitimer le mouvement. La loi anti-casseurs est une tentative de la part de Macron d’atténuer la contestation qui secoue et effraie le pouvoir depuis maintenant près de 18 semaines ; mais elle sert aussi le gouvernement en appuyant un discours qui criminalise les individus prenant part aux « manifestations violentes », aussi accusés par Macron d’être les « complices du pire »…

Des attaques liberticides majeures telles que la ratification par le Sénat n’a pas paru à Macron un rempart institutionnel suffisant. Le porte-parole du gouvernement s’est exprimé à l’issue du conseil de ministres, pour annoncer la saisine du conseil constitutionnel par Macron, en affirmant qu’il était « pleinement dans son rôle de garant des libertés publiques dans notre pays ».

Pourtant, en faisant appel au Conseil Constitutionnel alors que la loi est acceptée par le Sénat, Macron témoigne de la difficulté dans laquelle il est plongé, puisqu’il ne bénéficie même pas du soutien de la majorité présidentielle, et connaît une crise à l’intérieur même de son parti, comme en témoigne la démission de Matthieu Orphelin, l’un des députés abstentionnistes au moment du vote à l’Assemblée. Ne doutant pas de l’avis positif des constitutionnalistes, il en remet une couche, preuve qu’il n’est pas rassuré

Sa couverture de défenseur des valeurs démocratiques ne prend plus, et ce malgré ses tentatives de prouver l’inverse. Depuis le début de son mandat, il n’a fait qu’imposer et renforcer sa politique autoritaire, avec laquelle il a déjà de nombreuses fois porté atteinte aux libertés individuelles. Cette loi représente malgré tout un pas supplémentaire sur le chemin de l’autoritarisme et de la répression, lui permettant de se servir des forces de l’ordre comme béquille pour réprimer et empêcher les mouvements contestataires de perdurer, alors que le mouvement des Gilets Jaunes subit déjà une répression sans précédent.

Cette saisine du conseil constitutionnel n’est qu’une mascarade de plus, qui s’inscrit dans la continuité de sa politique, et renvoie à sa véritable image : un représentant du pouvoir coupé de la société et de ses membres, dont le sort ne l’intéresse plus, une fois l’élection gagnée.

Sans doute espérant un apaisement dans la détermination des gilets jaunes, notamment avec la fin du grand débat national ce vendredi 15 mars, Macron fait encore une fois fausse route.

La réponse des gilets jaunes pour la clôture du grand débat est au contraire bien plus radicale, annonçant pour l’acte XVIII du 16 mars une manifestation explosive. Posé comme un « ultimatum » à Macron, un appel à manifester à Paris a été lancé par les gilets jaunes, qui espèrent marquer un tournant dans la mobilisation et entraîner la majorité pour ce 18ème acte !




Mots-clés

Sénat   /    Violences policières   /    Répression   /    Politique