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Notre classe

Révolution Permanente

« La lutte des classes fait son retour au premier plan ». Plus de 200 personnes à l’assemblée de RP

Ce jeudi plus de 200 personnes se sont retrouvées à Paris pour discuter de la nouvelle séquence ouverte par la grève des raffineurs à l’appel de Révolution Permanente. Au programme : retour sur la situation, discussions stratégiques, nouvelle organisation révolutionnaire et plan de bataille à construire pour enfin gagner face à Macron et au patronat sur les salaires … et sur les retraites.

jeudi 27 octobre

Ce jeudi soir Révolution Permanente avait donné rendez-vous à l’Ageca à Paris pour une réunion : « Quelle stratégie pour les salaires et contre Macron ? ». A la tribune, Adrien Cornet de la CGT Total Grandpuits, Annasse Kazib, cheminot et Alexis Antonioli, secrétaire CGT à Total Normandie ont cherché à poser un premier bilan des dernières grèves et à discuter des enjeux de la séquence à venir. Plus de deux cent personnes, notamment de très nombreux étudiants, ont répondu présent pour participer à l’assemblée convoquée par Révolution Permanente.

La soirée s’ouvre sur une introduction de Elsa Marcel, avocate et militante à Révolution Permanente. « Ces dernières semaines nous avons assisté à un changement de situation ouvert par la grève des raffineurs. La lutte des travailleurs de la pétrochimie a remis au premier plan la méthode de la lutte des classes et de la grève reconductible et opéré une rupture avec la période d’accalmie post-pandémie. Face au risque de généralisation le gouvernement a répondu par la répression, multipliant les réquisitions dans les raffineries. ».

Et de conclure « C’est de cela dont nous voulons discuter ce soir, des perspectives qui s’offrent au mouvement ouvrier, de quel programme nous avons besoin pour unir notre classe, pour les salaires et contre le gouvernement et de quelle stratégie nous devons construire pour arracher des revendications offensives pour refuser de payer la crise. Il sera aussi question, à quelque mois du congrès de fondation de Révolution Permanente, d’échanger au sujet de quelle organisation révolutionnaire nous avons besoin dans ce contexte social éruptif et plus largement dans les années à venir ».

Une situation nouvelle ouverte par la grève des raffineurs ?

Indéniablement, le mouvement de grève qui a touché le secteur de la pétrochimie, depuis le 27 septembre à Total et le 20 septembre à Exxon, a servi de pointe avancée aux mobilisations de ces dernières semaines pour les salaires. Si le 18 octobre dernier, la généralisation de la grève n’a pas pris, les raffineurs ont remis au premier plan et dans toutes les têtes les méthodes de la lutte des classes.

Adrien Cornet, raffineur à Grandpuits, militant CGT et Révolution Permanente insiste dans cette perspective sur le caractère inédit du mouvement qui touche les raffineries depuis près d’un mois. « Si on est ici ce soir c’est parce que les raffineurs ont remis sur la table la lutte des classes et refusé de se laisser faire par ceux qui s’enrichissent avec la crise sur le dos des travailleurs. On n’avait pas vu une grève aussi forte dans le secteur depuis 2010. Rapidement, la pénurie en carburants est venue rappeler à tous que la force des travailleurs c’est la grève ».

Le son de cloche est identique du côté de Alexis Antonioli, secrétaire CGT à Total Normandie. Près du Havre, la plus grande raffinerie de France est à l’arrêt complet depuis le 29 septembre dernier. « Rapidement on a compris que ce mouvement de grève dans les raffineries ne serait pas comme les précédents » explique Alexis. « D’abord parce que la grève a commencé dans les raffineries d’ExxonMobil, là où historiquement dans le secteur de la pétrochimie, il n’y a pas de tradition de lutte. Ensuite parce qu’à Total, on a très rapidement eu des indicateurs de radicalité. Ensuite parce que sur la raffinerie de Normandie, on a passé l’ensemble des caps traditionnellement démobilisateurs sans que le taux de grévistes ne bouge ».

Pour Anasse Kazib, la grève des raffineurs « a transformé la situation » et constitué une opportunité pour le mouvement ouvrier. Celle de construire une politique alternative, basée sur le rapport de force plutôt que sur la conciliation, sur la lutte de classe dans la rue et les entreprises, plutôt que sur le dialogue social. « La journée de mobilisation du 18 octobre n’a pas permis la généralisation de la grève, mais indéniablement la lutte des travailleurs de la pétrochimie a infusé dans notre camp social. A la SNCF on a mis deux fois plus de travailleurs en grève le 18 octobre que le 29 septembre, et cela avec seulement quatre jours de préparation. Les raffineurs ont remis au premier plan la centralité de la grève. A Airbus, Keolys, Air Liquide, Ponticelli, etc., les travailleurs ont repris leur mot d’ordre et revendiqué 10% d’augmentation des salaires. Indéniablement, la question des salaires a fait son chemin : elle est désormais dans toutes les têtes »

La chaleur est là, la généralisation de la grève pas encore : l’heure des premiers bilans

Face à la mobilisation en demi-teinte du 18 octobre, qui par-delà le réchauffement de la situation exprimé est resté très en-deçà des attentions et de l’enthousiasme suscité par la grève des raffineurs, l’heure est à la constitution « d’un premier bilan de la grève des raffineurs et de son extension » selon Alexis Antonioli.

« Nous avons réussi à imposer que la lutte des classes reprenne ses droits alors qu’il ne devait rien se passer au mois d’octobre, sinon de nouvelles discussions sur la réforme des retraites que le gouvernement croyait pouvoir faire passer sans trop d’émules. Mais nous avons peiné à adopter un discours et une politique qui nous permette d’élargir le mouvement pour les salaires. » avance le raffineur. « Cette question est d’autant plus importante que l’Etat, les patrons et les médias ont mené une campagne permanente de gréviste-bashing pour mettre l’opinion publique de leur côté. Ils ont utilisé toutes les armes à leur disposition. Ils ont fait semblant de mobiliser le dialogue social et se sont appuyés dans cette perspective notamment sur la CFDT et Laurent Berger, véritables relais patronaux. Puis lorsque ils ont compris que les grévistes ne lâcheraient pas, ils ont concrétisé leurs menaces de réquisitions. » ajoute Adrien Cornet.

Et à nouveau, selon Alexis, il s’agit de « tirer des leçons de ce mouvement de grève ». Et en premier lieu d’ancrer « la nécessité absolue de se coordonner à la base, de penser ensemble les stratégies de lutte. Ce travail de coordination, les confédérations ne l’ont jamais fait, elle étaient trop occupées à discuter retraites avec Macron. Nous avons raté le début du mouvement, nous avons pris trop de temps à chercher à nous adresser à l’ensemble de notre classe. Si nous voulons vraiment réussir quelque chose, il nous faut un plan de bataille qui soit le plus large possible ».

Quelle stratégie pour gagner face à Macron et les patrons ?

Dans ces conditions, le plan de bataille proposé par les directions syndicales n’a pas permis de construire une grève reconductible, seule capable de répondre aux potentialités de la situation ouverte par le mouvement des raffineurs et à l’urgence de la situation. « Les directions syndicales se sont longtemps contentées de défendre le dialogue social ou des grèves de pression. Face aux réquisitions et à la pression à la base, la fédération de la CGT a été obligée d’appeler à une date de mobilisation le 28, avec le résultat que l’on connaît. Si en cinq jours, il est impossible d’organiser une réponse massive de notre camp social, la situation a imposé de poser, avec cette date et celles à venir, des perspectives pour le futur ainsi que le retrait de la CGT des négociations sur les retraites » commente Adrien Cornet.

Dans une situation transitoire, qui a permis de soulever l’enjeu de la généralisation de la grève, ce problème de fond correspond aussi aux objectifs limités fixés. Pour Adrien, « la question que l’on doit se poser, c’est avec quels mots d’ordre on pense les futurs combats. En Normandie, les raffineurs ont revendiqué l’indexation des salaires sur l’inflation. Cette revendication est déterminante pour unifier notre classe. ». En d’autres termes, « qu’on soit chez Total chez Exxon n’importe où, on se prend l’inflation dans la gueule. Quand on se bat pour l’indexation des salaires c’est aussi pour les étudiants, les infirmières, tout le monde. On veut mettre la question des salaires sur la table. » résume Alexis.

Une perspective qui pour Anasse Kazib doit être liée à des enjeux programmatiques et à des perspectives à même de donner envie de se battre. « L’inflation c’est le vol de nos salaires. C’est le patron qui décide de répercuter le coût de la crise sur nos vies, pour ses profits. Les superprofits, ça n’existe pas. Du 1er centime à 30 milliards, cet argent c’est nous qui l’avons produit, il nous revient. Face aux profiteurs de crise on doit poser la question de la propriété de leurs entreprises, de l’expropriation. Voilà l’enjeu, se préparer à des luttes de classes, on ne sait pas encore lesquelles, mais avec un programme qui s’attaque aux racines du capitalisme ».

Rejoindre et participer à la construction d’une nouvelle organisation révolutionnaire

Et le cheminot de conclure. « La situation change rapidement. Dans ce contexte, la question de l’organisation est centrale. Pour ceux qui en doutaient, la grève des raffineurs a remis au premier plan la centralité de la classe ouvrière à la fois dans le système de production capitaliste, mais aussi dans nos luttes. Il nous faut une organisation qui se revendique de la classe ouvrière, et qui lui propose une politique à même de favoriser son unité, mais aussi de rassembler derrière elle la jeunesse, les mouvements féministe ou encore antiraciste. C’est cette perspective que nous vous proposons avec le congrès de lancement de Révolution Permanente en décembre prochain et notre appel à construire avec toutes celles et tous ceux qui se reconnaissent dans ce combat, une nouvelle organisation révolutionnaire. ».

Pour Adrien Cornet, « il s’agit d’arrêter de penser bataille par bataille, mais de savoir comment on tire des leçons de chaque lutte. A Grandpuits, lorsque nous nous sommes battus contre un PSE, nous avons cherché à mettre la classe ouvrière au centre pour porter l’ensemble des combats de la société, et notamment la question écologique face à un pollueur comme Total. C’est cette même politique que nous avons essayé d’impulser ces dernières semaines. C’est tout cela qu’on doit combiner pour penser la prochaine phase de lutte et la généralisation de la grève, mais aussi pour mettre fin à ce système qui nous exploite et détruit la planète ».

Rapidement, les questions et interventions se succèdent. De quoi rappeler la nécessité d’un projet politique en positif, qui ne se contente pas de répondre aux attaques mais se situe sur le terrain d’une contre-offensive des travailleurs et travailleuses pour imposer leurs propres revendications et changer la société de fond en comble. Dans les prochains mois, un large processus démocratique sera enclenché pour élaborer les textes fondateurs d’une nouvelle organisation qui verra le jour après un Congrès, les 16,17 et 18 décembre prochains. D’ici là de nombreuses réunions publiques auront lieu un peu partout en France. Ce jeudi, la première assemblée de RP dans cette perspective aura été un franc succès et l’occasion de discuter des enjeux de la nouvelle organisation à venir. Une organisation révolutionnaire de combat, implantée dans la classe ouvrière, et à la hauteur de la lutte des classes.