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Politique

Dissidences en Macronie

La majorité présidentielle se divise autour de la loi sur le handicap

Ce jeudi, l’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi autour du handicap contre le gouvernement. Un vote qui vient approfondir les contradictions du macronisme, dans un contexte où le mouvement contre la réforme des retraites perdure.

samedi 15 février

Portée par le député Libertés et Territoires Yannick Favennec Becot, la proposition de loi comportait comme mesure principale l’individualisation de l’allocation adulte handicap (AAH) par la suppression de la prise en compte du revenu du conjoint dans son calcul. Alors que les députés En Marche étaient contre, l’Assemblée a tout de même voté la proposition de loi, se retournant ainsi contre le gouvernement. Adopté à 44 voix contre 31, le texte a d’ailleurs été voté par quatre députés En Marche et une députée MoDem, cédant à la pression de la majorité de l’Assemblée qui les appelait à faire preuve d’humanité, à l’image de Mélenchon, les accusant de “flagrant délit d’inhumanité” ou encore de Ruffin, les prévenant du risque de se retrouver “seuls dans l’hémicycle et dans le pays”.

Ce revirement de la majorité contre le gouvernement vient approfondir la crise par en haut que connaît actuellement la macronie. A un mois des municipales, jour après jour, le gouvernement a à affronter de nouvelles difficultés, à commencer par les dissidences au sein même de LREM, telle que celle de Cédric Villani ou le départ de plusieurs députés LREM. Arrive ensuite l’avis du Conseil d’Etat défavorable à la réforme des retraites, puis la scandaleuse circulaire Castaner qui tentait de cacher l’impopularité du gouvernement par une tentative grossière de manipulation électorale. Plus encore, c’est dans un contexte où le débat autour de l’allongement du congé de deuil parental est venu rajouter une couche à la détestation du gouvernement, que le vote de la proposition de loi sur le handicap vient constituer une nouvelle déboire pour Macron.

Après deux ans et demi de quinquennat, les parlementaires qui s’étaient empressés de se revendiquer de La République En Marche ont aujourd’hui bien du mal à continuer d’en être fiers, et certains semblent se mordre les doigts d’avoir soutenu un gouvernement aussi impopulaire que celui de Macron, se rendant bien compte de l’image déconnectée de la population que cela leur a procuré. A un moment où, par ailleurs, Macron vient de perdre sa tête de liste à la mairie de Paris, la débâcle aux élections municipales semble de plus en plus se profiler à l’horizon...

Mais surtout, ces actes de dissidences politiques manifestent un tiraillement profond du macronisme : celui d’avoir été élu et d’avoir fait élire sa majorité sur une base électorale, qui, après l’affaire Benalla, la crise des gilets jaunes, le tournant autoritaire sur les questions régaliennes, les offensives islamophobes, ou encore récemment la réforme des retraites, semble s’être aujourd’hui déplacée à droite.

Aussi, cette crise de la macronie par en haut pourrait bien constituer une brèche dans laquelle la mobilisation contre la réforme des retraites pourrait s’engouffrer. Dans un contexte où les débats à l’Assemblée sur la réforme vont s’ouvrir lundi, le mouvement à la RATP et à la SNCF pourrait connaître un second souffle, cette fois-ci accompagné de tous les secteurs, allant de l’éducation aux déchetteries. C’est en ce sens que la journée noire dans les transports et la manifestation de lundi, ainsi que la manifestation du 20 février, doivent être des moments de mobilisation massifs, dans l’optique d’embrayer à nouveau sur une grève reconductible, cette fois-ci, on l’espère, générale.

Crédits photo : afp.com/Christophe ARCHAMBAULT




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