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Politique

Foulards Rouge

La « marche républicaine » anti Gilets Jaunes : une nouvelle épine dans le pied de Macron

L’horlogerie macronienne a des ratés. Prévue comme une démonstration de soutien à Macron, la « marche républicaine » pourrait bien arriver à contretemps pour le gouvernement. Risque de flop, accusations de récupération politique, ou pire encore, cristallisation d’une logique bloc contre bloc à l’encontre des Gilets jaunes, la marche en soutien à Macron comporte plus de risques que de bénéfices.

mercredi 23 janvier

Foulards Rouges contre Gilets Jaunes

La « marche républicaine des libertés », prévue de République à Bastille dimanche prochain, a été initiée par un militant de LREM, « Laurent de Toulouse ». Ne supportant pas le « climat insurrectionnel instauré par les gilets jaunes », il a créé, en décembre, un évènement, initialement intitulé « marche en soutien à Emmanuel Macron » et prévu pour le 20 janvier.

Cet appel prenait tout son sens, dans un contexte de remise en cause importante de l’ « autorité d’Etat », avec le soulèvement quasi insurrectionnel du 1er décembre et de volonté de restauration de l’ordre qui avait placé Paris quasiment sous occupation militaire le 8 décembre. Le militant de LREM avait d’ailleurs lancé cette initiative en faisant explicitement référence à la manifestation de soutien à de Gaulle, le 30 mai 1968, centrale pour réaffirmer son autorité après les évènements du mois de mai.

Pour des raisons qu’il n’a pas élucidées, il fusionne par la suite son initiative avec un évènement organisé pour le 27 janvier, une semaine plus tard, par les « Foulards Rouges », un groupe anti Gilets Jaunes, à l’existence anecdotique à l’époque, et paré des plumes de l’apolitisme.

Une colle pour LREM : ira, ira pas ?

Mais la situation a bien changé depuis le mois de décembre. Si le mouvement des Gilets Jaunes perdure, en parallèle au grand débat, le niveau de radicalité n’est plus le même. Une bonne nouvelle pour l’exécutif qui comptait bien voir baisser le niveau de tension, comme en témoigne notamment sa nouvelle stratégie en matière de répression policière et son incitation à la normalisation des manifestations.

Au moment précis du 27 janvier, la marche en soutien à Macron, pensée en décembre, risque de devenir un problème supplémentaire plutôt qu’un point d’appui pour l’exécutif.

C’est ce qui explique le changement de pied d’un certain nombre de ministres.

Dès le début Janvier, Blanquer, ministre de l’éducation nationale, cherchant sans doute à prévenir les mouvements étudiants que parcours sup et autres vilenies pourraient susciter prochainement, s’était enfourné dans l’initiative en déclarant que « tout ce qui va dans le sens du soutien au président de la République, je le ferai, ça va de soi ». Mais on assiste durant ces derniers jours à un sérieux retro-pédalage dans les rangs de En Marche.

Ceux ou celles qui ont décidé d’en être, députés ou maires sans étiquette, arguent de la légitimité, pour tous ceux qui ne se sont pas exprimés jusqu’ici, à le faire en cette occasion. Certains prennent la précaution, toutefois, de préciser qu’ils iront à titre personnel et sans écharpe tricolore.

En effet, cette manifestation pourrait bien être à double tranchant pour un Macron qui peine à retrouver un socle. Et d‘abord, le nombre de participants ! A trois jours seulement de l’évènement, 9 000 partants sont annoncés et 26 000 « intéressés ». Il va falloir faire fort, même en faisant converger tous les participants en une seule manifestation à Paris, et même en truquant pour une fois les chiffres dans l’autre sens, pour rivaliser avec la marée montante des derniers actes des GJ. La démonstration pourrait bien être le triomphe des Gilets Jaunes et le fiasco des Foulards Rouges.

Plus dangereusement encore, la comparaison avec la marche historique du 30 mai 1968 pourrait bien montrer que non, Macron n’est pas de Gaulle et que « ce ne sera pas le 30 mai 1968 (NDLR : la manifestation de soutien à de Gaulle avait réuni 1 million de personnes) », comme ironise un élu.

Mais au-delà des aspects « numériques », sur le fond, il est éminemment dangereux de permettre la cristallisation des positions, alors que, par son grand débat, Macron promet une sorte de « synthèse républicaine ». C’est ce qu’avait parfaitement compris, dès le début janvier, Stanislas Guerini, nouveau dirigeant de LREM qui déclarait « je n’irai pas à la manifestation du 27 janvier. Je comprends son intention, mais je ne prendrai pas le risque d’avoir un camp contre l’autre ».

« Macron démission » un slogan qui laisse des traces

Depuis les élections présidentielles de 2017, toute la stratégie de Macron a consisté à faire la démonstration que, bien qu’élu par défaut, il était parfaitement légitime et l’homme idoine pour conduire la politique néolibérale qu’attendait de lui le camp de la bourgeoisie. Les élections législatives programmées dans la foulée des présidentielles, en vertu des nouvelles dispositions constitutionnelles, avaient d’ailleurs conforté cette légitimité par une extraordinaire majorité à l’Assemblée Nationale.

Pourtant, depuis le début de l’été 2018, le mouvement des gilets jaunes, conjugué à l’affaire Benalla, l’ont fait trembler sur sa fragile base et ont porté un coup décisif à sa légitimité politique. Voilà deux mois que le slogan « Macron démission », résonne dans toute la France, dans pratiquement toutes les composantes des Gilets jaunes et y compris au sein des rares manifestations du mouvement ouvrier organisé. Après bientôt deux ans d’exercice du pouvoir, non seulement il n’a pas conquis sa légitimité, mais il doit la reconstruire à partir du zéro absolu.

Comment, dans ces conditions, affronter le « deuxième round » que représentent les élections européennes. Le grand débat était censé être le principal instrument de ce regain de légitimité politique. Mais, lancée par Macron lui-même, et pour lui-même, cette énorme machine peut éventuellement recoller une partie de la clientèle électorale de Macron, et notamment ces quelques centaines de maires triés sur le volet qui ont droit de parole, mais certainement pas l’énorme base sociale que représente le mouvement des gilets jaunes.

C’est ce que Marine le Pen a parfaitement compris. Résolument décidée à porter le fer en perspective des européennes, elle a, dès le 13 janvier, lors du lancement de la campagne du Rassemblement National, directement interpellé le président sur sa légitimité « Si Emmanuel Macron n’a pas la sagesse de changer la politique, s’il n’a pas la sagesse de se tourner à nouveau vers le peuple par une dissolution, pour en appeler au jugement démocratique, alors l’arbitrage démocratique devra venir des élections européennes », a-t-elle estimé.

Macron et sa formation LREM sont donc bien en réelle difficulté politique. Le compte à rebours est serré et la palette des solutions très réduite pour affronter les élections européennes. Une raison de plus pour les Gilets Jaunes de ne pas baisser la garde.




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