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Politique

Université d'été

« La nouvelle génération a besoin d’un parti pour la révolution » : Anasse Kazib au meeting de rentrée

A l'occasion du meeting de l'université d'été de Révolution Permanente où 500 personnes étaient présentes, Anasse Kazib a souligné l'urgence de construire un parti révolutionnaire alors que la rentrée s'annonce marquée par la guerre, l'inflation et la crise climatique.

mercredi 31 août

Chers camarades, je me joins tout d’abord à l’ensemble des intervenants à cette table pour dire toute mon émotion et ma fierté, au nom de la direction de Révolution Permanente, de voir autant de monde à cette université d’été. C’est juste dingue de se dire que si nous avions plus de capacité d’accueil nous serions encore plus nombreux que ça, à peine un an après notre sortie du NPA et quelques mois seulement après avoir mis énormément de forces dans la campagne présidentielle et la recherche des parrainages.

C’est une fierté d’un point de vue quantitatif, mais également qualitatif par les délégations internationales présentes ici, le nombre important de jeunes et également de militants ouvriers qui ont fait plus que leurs preuves dans l’exercice de la lutte des classes durant les cinq dernières années. J’aimerais vous dire également à quel point nous sommes impactés par la qualité des échanges et des interventions dans les différents ateliers.

Vous aurez compris que cette université d’été de Révolution Permanente a un caractère particulier. Au-delà de l’enthousiasme qu’elle nous procure, nous voulons aussi que cette université d’été puisse vous être utile, vous servir dans les défis qui sont face à nous. Nous ne l’avons pas pensée pour s’auto-congratuler ni s’écouter parler, ou bien encore, pour clarifier nos désaccords avec des ministres bourgeois comme Schiappa ou Dati. Mais nous voulons modestement qu’elle participe à forger la conscience et la pratique révolutionnaire de cette nouvelle génération ici présente et qui aura des défis immenses à relever dans la prochaine période.

Pour les marxistes, l’analyse de la situation n’est pas quelque chose de froid dans laquelle, tels des commentateurs de football, nous raconterions ce qu’il se passe sur le terrain de la lutte de classes. Pour nous, ces analyses, ces débats, ces discussions, servent à penser le plus justement possible nos tâches dans la période. Comment répondre à la guerre que la bourgeoisie nous mène ? Ce n’est pas une lubie de gauchiste : chaque jour, par différents aspects, cette guerre se passe sous nos yeux. D’ailleurs, parmi les 26 milliardaires qui détiennent la moitié des richesses de l’humanité, vous connaissez sans doute cette phrase du milliardaire Warren Buffet, cinquième fortune mondiale et également propriétaire de l’usine Lubrizol qui avait brûlé à Rouen en 2019. Il avait dit dans une interview en 2012 : « Il y a une lutte des classes, bien sur, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner ».

Je pense que dans cette salle nous n’avons pas besoin de convaincre qui que ce soit de cela, ni même de l’exploitation, des oppressions, de cette guerre de classes que nous mène la bourgeoisie. Mais nous avons besoin profondément de discuter comment faire face à cette guerre comment y répondre, comment changer cela et surtout la gagner. Et il est fondamental de forger nos esprits à lutter, à s’organiser, se préparer à des affrontements importants, car de la même manière au quotidien par la presse bourgeoise, la classe dominante distille ses slogans, ses formules, qui ne servent qu’à tromper notre camp social. Au même moment où Macron déclarait qu’il nous faudra en finir « avec l’insouciance et l’abondance », Challenges sortait un article sur les records des dividendes aux actionnaires. Voilà une fois de plus toute l’irrationalité du système capitaliste. Que fait Macron par cette déclaration sinon d’essayer de forger les esprits des prolétaires à la pensée dominante, à encore plus d’austérité et de précarité ? Car pas question une seule seconde dans sa bouche et son esprit de toucher le moindre centime aux richesses abondantes de la classe dominante.

Alors de quelle abondance parle t-il ? Depuis quand notre camp a vécu dans l’abondance ? La crise du système capitaliste n’a fait que croître et, dans son sillage, entraîner par millions des familles ouvrières. Comment, dans un pays qui compte 10 millions de personnes sous le seuil de pauvreté, peut-on parler d’en finir avec l’abondance ? Quand des millions chaque jour hésitent entre manger ou se chauffer, entre cuisiner avec ou sans huile à cause du prix, quitter leur emploi car le prix de l’essence a explosé. C’est un énième crachat au visage que de parler d’abondance, alors qu’il y a une explosion des prix et des salaires qui, en plus de ne pas augmenter, en réalité diminuent. Certains patrons bondiraient en disant : « c’est faux, les salaires n’ont pas baissé ».

Mais comment expliquent-ils alors que ce que nous pouvions payer avec 10€ hier nous coûte 15€ dorénavant ? Qu’est-ce que cela sinon une diminution de nos salaires ? À cela ils nous répondront que l’inflation n’est pas de leur faute, que c’est la conséquence de la guerre en Ukraine. J’en profite d’ailleurs pour apporter toute notre solidarité au peuple ukrainien et aux camarades qui ont fuit les bombardements des avions russes. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, nous appelons aux retraits des troupes russes et nous réaffirmons haut et fort notre soutien à l’auto-détermination du peuple ukrainien, face à l’envahisseur Poutine. Mais cette auto-détermination ne pourra se faire qu’en toute indépendance de l’Otan et de Zelensky, car nous ne pensons pas qu’il faut remplacer une domination par une autre. Pourtant, l’inflation n’est pas le fait de la guerre en Ukraine camarades, l’inflation est une conséquence directe du capitalisme.

L’inflation est simplement le fait de la volonté des patrons de maintenir leurs profits en temps de crise, que cela soit dans une guerre, ou comme nous le connaissons avec la crise sanitaire, ou encore en profitant de la crise climatique. Quelques exemples concrets, mais durant la pandémie, les 500 familles françaises les plus riches ont vu leurs richesses augmenter de 730 milliards en une année. Prenons l’exemple de Total qui, durant le seul premier semestre de cette année, a déjà fait 20 milliards de profits. En six mois, malgré les crises, les guerres, etc, Total a fait autant de richesse que sur deux années cumulées. C’est eux qui mènent les guerres, c’est eux qui en profitent, mais c’est nous qui mourrons et qui payons. Et concernant la tension autour de la Chine et Taïwan, je veux vous dire à quel point les conséquences seraient terribles si une guerre se déclenchait demain entre de telles puissances, en plus de la guerre actuelle en Ukraine. Ce serait à coup sûr des centaines de milliers de morts et une large partie des classes populaires à l’échelle mondiale qui serait encore plus plongée dans la pauvreté. Nous voyons avec l’Ukraine, et peut-être dans un avenir plus rapproché avec Taïwan, comment les guerres ont des conséquences directes sur nos vies.

Jusqu’à présent, les guerres de haute intensité nous paraissaient comme de l’ancien temps, même si la concurrence entre impérialismes et grandes puissances a toujours été présente. Néanmoins, ils ne s’affrontaient pas directement sur le terrain militaire depuis la fin de l’Union soviétique. Aujourd’hui, avec l’approfondissement de la crise du capitalisme, les puissances impérialistes se préparent à l’affrontement, comme l’ont indiqué d’ailleurs les camarades de RIO (organisation soeur de Révolution Permanente en Allemagne) avec le réarmement important en Allemagne ou dans de nombreux pays qui ont augmenté leur budget militaire. Depuis 10 ans et le gouvernement Obama les États-Unis ont changé leur doctrine de guerre contre le terrorisme à aujourd’hui la lutte pour contenir la Russie et la Chine. Toute la politique, la stratégie diplomatique, les investissements et autres sont dirigés dans ce sens. C’est ainsi que nous voyons actuellement comment ils agissent pour accélérer et tendre encore plus la situation, notamment avec la présence de Nancy Pelosi à Taïwan après 25 ans sans visite, ce qui a amené comme réponse de la Chine des essais militaires en mer proche de Taïwan. Si je vous dis cela ce n’est pas pour vous effrayer ou encore parler de troisième guerre mondiale, mais pour montrer qu’il y a un changement important des coordonnées de la situation. Ce changement oblige plus que jamais à sortir d’une forme de routinisme et de passivité, notamment présente à l’extrême-gauche. Car nous le voyons : ce ne sont ni les G7 ni les G20 , ni la diplomatie, ni l’ONU, ni l’Union Européenne qui arrêteront quoi que ce soit. Face à la guerre, seuls les processus révolutionnaires peuvent empêcher les grandes boucheries de la bourgeoisie. Il y a un siècle, Rosa Luxembourg parlait de "socialisme ou barbarie", mais un siècle plus tard nous ne pouvons que faire le constat que la barbarie du capitalisme est bien présente.

Comme la guerre n’est qu’une facette de la barbarie du capitalisme, la crise climatique n’est pas l’auto-destruction de la planète mais la conséquence du système capitaliste sur l’environnement et sur nos vies. L’idée de la lutte contre la crise climatique est devenue une préoccupation de plus en plus importante et de plus en plus urgente. Cet été, à l’international et surtout en France avec le nombre impressionnant d’incendies, la sécheresse et le niveau catastrophique de nombreuses rivières, les consciences ont fait un bon. Je pense notamment à l’impact de la vidéo du média Brut sur les gorges du Verdon. Plus personne ne peut faire comme s’il n’y avait pas urgence. Le GIEC, qui est l’organisme mondial spécialiste depuis des décennies de la question climatique, parle aujourd’hui de trois ans maximum pour faire un volte-face. Cet organisme n’est pas marxiste et son rapport ne parle pas de révolution, pourtant lorsqu’on lit le rapport qu’ils ont sorti il y a quelques mois maintenant, toutes les préconisations ne peuvent être apportées que par une lutte révolutionnaire de notre classe. La bourgeoisie et son cynisme, à sortir d’une crise pour entrer dans une autre, comme disait Lénine, n’apportera jamais la moindre solution à cela. Car lutter pour le climat, c’est lutter contre leur propres intérêts et cela vous comprenez bien qu’ils n’y toucheront jamais. C’est pour cela qu’une fois de plus elle martèle des slogans creux, et qu’elle a aussi à ses cotés les partis de la gauche institutionnelle qui au delà des constats que nous pouvons partager par moment sur la crise climatique, ne cherchent en réalité à mener aucune lutte à mort contre ce système. Ils espèrent moyenner, parlementer, avec ceux qui nous ont mis dans cette situation. Pensez-vous que Total et ses 20 milliards de bénéfices en 6 mois va se séparer de sa richesse ? Pensez-vous que l’entreprise saoudienne de pétrochimie Aramco qui pollue à elle seule 4,5 fois plus que toute la France et qui est première entreprise pétrolière mondiale va mettre fin à sa puissance ? De la même manière que l’industrie de l’agro-alimentaire qui est à l’origine de 57% des émissions de C02, est-ce que Nestlé, Danone, Carrefour et les autres vont mettre en péril leur économie pour nos vies, pour notre santé, pour l’environnement, pour les générations futures ? Bien sûr que non.

Nous sommes bien entendu pour l’interdiction des jets privés c’est une évidence. Mais nous sommes pour bien plus que cela : nous sommes pour en finir avec la propriété privée des moyens de production, nous sommes pour l’expropriation sans rachat des grands groupes, des banques et de toutes les branches importantes de l’économie. Nous pensons également qu’il faut produire différemment, il faut produire pour les besoins de la population mondiale et non pour les poches des patrons. C’est uniquement sous le contrôle des travailleurs que la production pourra se faire différemment et dans l’intérêt des masses, car comme disait mon camarade Adrien Cornet ici présent et raffineur à Grandpuits : ce sont les ouvriers qui sont les plus à même de faire la transition écologique, car c’est nous qui vivons autour de nos usines et qui avons peur qu’elles explosent et c’est nous qui nous baignons avec nos enfants dans les rivières près de chez nous. Mais vous l’aurez compris, cette transition écologique ne peut se faire dans le cadre du système capitaliste, avec ses institutions réactionnaires, bourgeoises et impérialistes.

Ce n’est uniquement que par une lutte révolutionnaire et internationaliste, par un changement de régime par une démocratie des travailleurs, que nous pourrons en finir avec cette barbarie du capitalisme dans lesquels animaux et humains brûlent dans les feux de foret ou meurent à cause des famines et de la sécheresse. J’insiste sur l’aspect internationaliste, car ce n’est pas comme le réclame la gauche institutionnelle en faisant quelques réformes à l’échelle de la France que les choses vont changer. À quoi servirait d’interdire uniquement les jets privés en France s’ils volent partout ailleurs ? À quoi cela sert de développer tel transport si en Malaisie on rase des îles entières pour en récupérer le sable pour la construction. La crise climatique est la confirmation une fois de plus, comme avec les guerres, l’inflation ou encore la crise sanitaire, qu’il n’y a pas de frontière et que notre lutte doit être internationaliste, anti-capitaliste, antiraciste et anti-patriarcale. On ne peut accepter de faire la transition écologique ici quand, dans d’autres pays, les entreprises comme Total rasent des villages en Afrique ou détruisent la nappes phréatiques algériennes pour le gaz de schiste. Il n’y a pas de lutte pour le climat, si on ne lutte pas de la même manière contre l’impérialisme français qui n’a aucun problème pour interdire le glyphosate, sauf aux Antilles. Ce ne sont ni les alliances électoralistes de gauche, ni les commissions parlementaires ou quelques taxes aux frontières qui feront quoi que ce soit à cela, car seul notre camp social a la capacité par sa position dans la chaîne de production capitaliste de les arrêter.

Vous le voyez camarades, les défis sont immenses en face de nous, pourtant nous n’avons pas le moindre scepticisme dans les capacités de notre camp à pouvoir changer cela. Si les Warren Buffet s’extasient à l’idée de gagner cette guerre, ils savent néanmoins que chaque sursaut, chaque mobilisation nous permet de nous préparer pour une lutte bien supérieure. Leur sourire laisse place à l’angoisse, lorsqu’au Sri Lanka ils voient des prolétaires se doucher et dormir dans la chambre du président démissionnaire. Je veux le dire avec fierté : chaque plongeon, chaque sourire de nos camarades srilankais dans la piscine du président déchu est une petite victoire dans cette guerre de classes. Et dans les années qui viennent de s’écouler, notre émotion a été grande, que ce soit avec les mobilisations du Hirak en Algérie, les manifestations au Mali pour dégager l’armée française, les révoltes du Myanmar, de Hongkong, du Soudan, du Chili, des Etats-Unis après la mort de Georges Floyd ou encore en Palestine après les attaques à Sheikh Jarah. Et nous le savons, la situation est explosive aujourd’hui, ce ne sont pas les moments de lutte qui vont nous manquer, à l’image en France de toutes les luttes sociales, antiracistes ou encore féministes que nous avons connu durant cinq ans et je pense particulièrement au mouvement des Gilets jaunes. À l’international, nos camarades anglais nous montrent que la classe ouvrière, même après des années de défaite, sait se rappeler de sa force lorsqu’elle décide de s’organiser et de lutter contre le système.

Pourtant, malgré toutes les émotions que nous ressentons, nous savons que cela n’est pas suffisant, que la spontanéité, la radicalité et même les plongeons dans la piscine d’un président ne sont pas suffisants pour changer radicalement les choses. Le Sri Lanka, après le processus révolutionnaire qu’il a vécu, a abouti pour le moment dans un processus institutionnel et c’est la bourgeoisie sri lankaise qui a le pouvoir là bas. De la même manière, les mobilisations en Algérie pour dégager Bouteflika ont abouti à un changement de nom, mais pas de système. Et au Chili le président Boric qui a été élu sur le dos de la révolte chilienne, n’a même pas été capable de libérer le moindre prisonnier politique des révoltes alors qu’il avait promis de le faire. Ce qu’il manque à cela c’est une stratégie, un programme et des partis révolutionnaires capable dans les moments de révolte, dans des processus révolutionnaires, d’être comme le disait Trotsky l’état major de la révolution. Ce ne sont pas les révolutionnaires qui font les révolutions, mais l’histoire nous a appris que lorsqu’il y avait des partis révolutionnaires à l’image de la révolution de 1917, la rage et la colère des masses peuvent être organisées, coordonner et capables de bien plus que d’obtenir quelques miettes. Bien sûr, chaque lutte partielle contre l’exploitation ou toute forme d’oppression est une victoire sur la classe dominante, pourtant cela n’est pas suffisant, et nous savons par expérience et de part l’histoire que ce qui nous est donné de la main gauche est souvent repris de la main droite. Est-ce qu’aux États-Unis, quelqu’un aurait penser il y a deux ou trois ans en arrière qu’un jour des États seraient capables d’interdire l’avortement.

C’est pour cela, chers camarades, que nous espérons profondément que vous sortirez de cette université d’été non pas uniquement avec des photos du Mont Blanc et quelques bonnes discussions, mais avec l’envie et la détermination de nous rejoindre, de construire avec nous ce futur parti révolutionnaire, de le forger à l’image de cette nouvelle génération ici présente qui lutte dans les marches antiracistes, féministes, LGBTI+, qui se met en grève contre la réforme des retraites, la loi El Khomri ou les bas salaires, qui relève la tête, et pour qui chaque jour d’exploitation et d’oppression est déjà un jour de trop. Cette nouvelle génération qui veut rompre avec le routinisme de l’extrême-gauche, les trahisons des directions syndicales et les organisations qui se transforment en clubs de discussions. Les défis qui sont face à nous sont immenses, mais c’est collectivement que nous saurons les dépasser.

C’est ce projet que nous vous invitons à construire avec nous dans le congrès de fondation de ce futur parti qui se déroulera à l’automne. Un parti n’est pas une fin en soi, mais un outil indispensable pour un projet bien supérieur qui nous attend, nous l’espérons, à savoir celui de la révolution et du communisme, pour enfin construire une société sans classe et sans État, débarrassée de toute forme d’oppression et d’exploitation.

Retrouvez le meeting dans son intégralité :



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