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Politique

Jusqu'où iront-ils pour tenter de criminaliser la mobilisation ?

La nouvelle invention de Castaner : les Gilets jaunes seraient responsables de la hausse de la mortalité routière

Invité ce vendredi sur France 2 dans Télématin, Christophe Castaner a tenté une pirouette cynique : rendre responsable les Gilets jaunes de la hausse de la mortalité routière. D'après « ses informations », depuis le début de la mobilisation, « à peu près 75 % du parc des radars a été soit détruit, soit détérioré, soit attaqué, soit neutralisé ». « Oui, il y a un lien direct » a t-il affirmé, tentant alors de rendre responsables les Gilets jaunes d'une réalité sociale, la mortalité routière et sa recrudescence, qui n'a pas attendu le mouvement des Gilets jaunes pour exister.

vendredi 1er mars

Alors que le grand débat touche bientôt à sa fin, la mobilisation des Gilets jaunes continue, constituant une épine dans le pied pour le gouvernement, qui peine à éteindre la colère sociale malgré l’enfumage du grand débat. Dès lors, tous les moyens sont bons pour tenter de décrédibiliser et criminaliser le mouvement. Ainsi, après l’instrumentalisation de la hausse des actes antisémites visant à en finir avec les Gilets jaunes, l’exécutif, et en première ligne Castaner, instrumentalise cette fois-ci les vies arrachées par les accidents routiers pour tenter une nouvelle fois de rendre responsables les Gilets jaunes.

En ce mois de janvier 2019, après une baisse historique du nombre de morts sur l’année 2018, le taux d’accidents mortels a augmenté de 3,9%. Ainsi, Castaner a sauté sur l’occasion pour tenter une nouvelle fois de criminaliser le mouvement des Gilets jaunes. Alors qu’il était l’invité ce vendredi dans Télématin de l’entretien des 4 vérités, il a en effet déclaré que, selon « ses informations », « à peu près 75% » des radars ont été « soit détruits, soit détériorés, soit attaqués, soit neutralisés », depuis le début du mouvement des Gilets jaunes. Affirmant qu’il y avait dès lors un « lien direct » entre ces dégradations, toutes assignées par ce dernier aux Gilets jaunes, et la hausse de la mortalité sur les routes.

Les Gilets jaunes à l’origine de la hausse de la mortalité routière ? Si la hausse de la mortalité routière a augmenté en ce mois de janvier 2019, en même temps que le mouvement des Gilets jaunes et les dégradations que Christophe Castaner met en avant, cette dernière n’est dans les faits pas une réalité nouvelle. Si l’année 2018 a connu une baisse historique du nombre de morts sur les routes, de 2014 à 2016 au moins, la mortalité routière n’a cessé d’augmenter, comme le démontre plusieurs études statistiques. De plus, prendre en compte un seul mois ne suffit pas à établir une tendance. Il est dès lors évident que les causes de la mortalité routière et des différentes hausses que celle-ci a connues ces dernières années n’ont rien à voir avec le mouvement des Gilets jaunes. La sortie opportuniste et cynique de Christophe Castaner vise tout simplement, une fois de plus, à criminaliser et tenir pour responsables les Gilets jaunes de faits dont les causes et les racines sont en réalité profondément sociales.

En effet, plusieurs études sociologiques démontrent que, loin d’être des cas individuels comme cela est souvent présenté par les pouvoirs publics, les accidents routiers sont des phénomènes sociaux et le résultat de déterminations collectives. Comme le démontre Mathieu Grossetête, chercheur en sociologie à l’Ehess, dans un article du Monde Diplomatique intitulé « Des accidents de la route pas si accidentels » ; lorsque l’on analyse les taux de mortalité routières, on observe rapidement des régularités statistiques témoignant du fait que les personnes principalement touchées sont les classes populaires et ouvrières : « Nul ne se risque à penser qu’un acte aussi personnel que la conduite d’un véhicule puisse être influencé par les inégalités sociales et que la hausse du nombre de morts puisse découler de la précarisation des classes populaires ».

Alors que les pouvoirs publics mettent en avant les conduites individuelles comme cause des accidents de la route, l’étude de Mathieu Grossetête démontre que nous ne sommes pas tous égaux devant les accidents de la route. Plus long trajets pour aller travailler du fait de la ségrégation sociale et de l’embourgeoisement des centres villes qui relèguent les classes populaires toujours plus loin des offres d’emplois, corrélé à la destruction des services publics – réforme ferroviaire passée l’année dernière, avec en ligne de mire suppression des petites lignes régionales - ; inégale sécurisation des véhicules ; relégation sociale qui engendre davantage de conduites autodestructrices ; les ouvriers et classes populaires sont largement plus touchés par les accidents de la route, dont les causes sont à chercher dans « l’inégale exposition aux dangers de la vie, qui rend les démunis particulièrement vulnérables », comme le démontre le sociologue.

Pour ces populations, les radars toujours plus nombreux constituent une double peine. Non seulement ils sont plus nombreux à mourir sur les routes mais ils doivent s’acquitter d’une redevance toujours plus lourde pour l’obligation de prendre leur voiture. D’autant plus que l’argent collecté sert surtout à renflouer les caisses de l’Etat (par exemple pour financer les infrastructures routières ou même le désendettement de l’Etat) plus qu’à chercher à endiguer le phénomène de la mortalité routière. Et pendant ce temps, le gouvernement continue les cadeaux aux plus riches. Pas étonnant que la colère se focalise sur ces radars, et pas seulement des Gilets Jaunes.

Ainsi, la prévention routière peut jouer un rôle de régulation, mais les causes profondes des accidents de la routes sont sociales et à chercher du côté des inégalités sociales, des inégalités devant la vie et de la hausse de la précarité, que le gouvernement actuel et les précédents organisent. Et non du côté des Gilets jaunes comme aimerait à le faire croire ce dernier.




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