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La police tue une fillette de 8 ans à Rio

Agatha Félix n’avait que huit ans. Elle a été assassinée d’un tir dans le dos par une policière. Le Brésil est en état de choc face à ce crime, fruit d'un régime où la vie des Noirs et des travailleurs ne vaut rien.

lundi 23 septembre

Agatha Félix n’avait que huit ans, toute une vie encore à vivre. Elle a été assassinée d’un tir dans le dos par une policière. Alors que vendredi dernier elle rentrait d’une ballade avec sa mère, elle a été atteinte par une balle qu’une policière avait tiré contre un motard qui ne s’est pas arrêté. C’était dans la zone nord de Rio dans « Fazendinha » dans l’une des favelas les plus connues de Rio.

La policière appartient aux dénommées « Unité de Police Pacificatrice », triste appellation pour l’une des divisions les plus corrompues, racistes et assassines de Rio de Janeiro. Cette police a déclaré qu’elle était en train d’enquêter sur l’affaire mais que ses policiers avaient été attaqués par des trafiquants et qu’ils n’ont fait que riposter. Un mensonge que plusieurs témoins ont démenti : « il n’y a eu qu’un seul tir, celui de la police », a déclaré l’oncle de la fillette.

Le pays est en état de choc. Sur les réseaux sociaux, les internautes ont lancé une campagne massive pointant la responsabilité directe du gouverneur de l’État de Rio, Wilson Witzel, avec le hashtag #ACulpaÉDoWitzel (« Witzel est responsable »). Des artistes comme le célèbre chanteur Caetano Veloso se sont aussi exprimés sur les réseaux sociaux pour dénoncer ce crime.

En effet, le gouverneur Witzel, ancien juge, a été élu gouverneur en octobre 2018 surfant sur la vague réactionnaire qui a porté Jair Bolsonaro au pouvoir. Depuis qu’il a été élu, il défend une politique sécuritaire dure, prônant l’assassinat des délinquants, l’utilisation de snipers et tireurs d’élite dans les quartiers populaires. C’est ainsi qu’en mai dernier il s’est filmé à bord d’un hélicoptère de la police où l’on voit un policier soi-disant tirer sur des « caches de délinquants » qui se sont avérées être... une église évangélique. En août dernier, après qu’un sniper ait abattu un homme qui avait pris en otage plusieurs personnes à bord d’un bus, on voit Witzel fêter l’assassinat de cet homme comme s’il s’agissait d’un but de finale de Coupe du Monde. Ainsi, de janvier à août de cette année, la police de Rio a tué 1249 personnes (+16,2% par rapport à 2018). Un vrai permis de tuer !

C’est dans ce contexte que l’assassinat d’Agatha a eu lieu. Et c’est pour cette raison que l’indignation gagne tout le pays. Comme l’explique le grand-père de la fillette : « ils ont tué une innocente, une petite fille intelligente, travailleuse, obéissante, avec un grand futur. Ils sont où les policiers qui l’ont fait ? Leurs voix ce sont les armes. Ce n’est pas la famille du gouverneur ou celle du maire ou celle des policiers qui est en train de pleurer, c’est la mienne. Ils vont s’excuser, mais cela ne va pas me ramener ma petite-fille. C’était la fille d’un travailleur (…). Encore une dans la statistique. Ils vont venir et dire qu’un enfant est mort lors d’un affrontement. Quel affrontement ? Ma petite-fille était par hasard armée pour recevoir un tir ? ».

Ce crime en effet est une nouvelle expression non seulement de la politique réactionnaire d’un gouvernement en particulier, mais celle de tout un régime bâti sur le sang des esclaves et des populations indigènes ; un régime raciste qui considère que la vie des Noirs et des travailleurs ne vaut rien et donne le droit de tuer à ses laquais des forces de répression. L’assassinat d’Agatha ne restera pas impuni ; il ne fera qu’alimenter la haine des pauvres, des travailleurs contre la classe capitaliste raciste, contre ce système pourrissant qu’il faudra renverser d’une fois pour toutes.

Crédit photo : Réseaux sociaux/Archives personnelles de la famille




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