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Monde

Crise aux États-Unis

La procédure de destitution contre Trump ouvre des scénarios incertains

Le Parti Démocrate lance un impeachment contre Donald Trump en pleine campagne pour les présidentielles de 2020. Cependant, beaucoup craignent que cette situation se retourne contre les démocrates.

jeudi 26 septembre

Cette semaine, Nancy Pelosi, présidente démocrate de la chambre des représentants, a ouvert une procédure de destitution à l’encontre de du président Donald Trump. Trump est accusé d’avoir sollicité et fait pression sur le président ukrainien récemment élu, Volodymyr Zelensky, pour qu’il enquête sur le fils du principal concurrent à la présidentielle de l’année prochaine, l’ex vice-président de Barak Obama, Joe Biden.

Lors d’un appel entre les deux présidents le 25 juillet dernier, dont un compte-rendu a été publié par la Maison-Blanche mercredi, Trump a demandé à son homologue de lui « rendre un service » en enquêtant sur le fils de son principal rival du Parti Démocrate. En échange, le gouvernement des États-Unis débloqueraient l’aide militaire destinée à l’Ukraine. Dans le compte-rendu ce « chantage » ne transparaît pas clairement mais ce qui semble indiquer cela c’est le fait que l’aide militaire pour l’Ukraine avait été mystérieusement gelée peu de temps avant cet appel.

En effet, l’un des fils de Joe Biden, Hunter Biden, travaillait dans une entreprise ukrainienne du secteur de l’énergie, Burisma, qui a fait l’objet d’une enquête pour corruption. Celle-ci finalement aurait été abandonnée suite à des pressions de Joe Biden. Trump a donc demandé au président Zelensky de rouvrir cette enquête pour essayer de trouver quelque chose pour entacher le candidat démocrate qui aujourd’hui a le plus de chances d’emporter les primaires de son parti pour l’élection présidentielle.

L’annonce de l’ouverture de la procédure d’impeachment contre Trump soulève cependant beaucoup d’interrogations. Une première question se pose sur sa temporalité, pourquoi maintenant ? En effet, tout au long du mandat de Trump ses déclarations racistes contre des députées d’opposition, les camps de détention pour les sans-papiers, le népotisme, entre autres auraient pu constituer un « prétexte » pour le lancement d’un impeachment à son encontre.

Nous pourrions évoquer une première raison : la nécessité de répondre à une attaque directe contre le candidat choisi par l’establishment, combinée à la faiblesse du Parti Démocrate traversé par des luttes internes. Comme l’expliqué le d’information nord-américain Left Voice, qui fait partie du même réseau international que Révolution Permanente : « Le Parti Démocrate traverse une crise avec son aile gauche – représentée par Bernie Sanders, Alexendria Occasio-Cortez et leurs alliés – qui est en train de percer. L’aile de l’establishment […] a choisi Joe Biden pour 2020. Même si Biden trébuche dans les débats et baisse dans les sondages, la plus grande partie de l’establishment est toujours alignée derrière lui. Ce n’est donc pas un hasard si cette escalade contre Trump est liée aux attaques contre Biden ».

Cependant, pour certains analystes, il n’est pas sûr que cette offensive contre Trump favorise Biden ; c’est peut-être d’autres candidats à la primaire démocrate qui pourraient en tirer profit. Car cette affaire met sur le devant de la scène Joe Biden dans une posture qui pourrait être rejetée par les électeurs, comme celle d’un représentant d’une sorte de « népotisme soft ». Ainsi un analyste du Financial Times écrit : « il cest difficile de croire que le jeune Biden se serait vu offrir un siège au conseil d’administration de la plus grande société gazière d’Ukraine si son père et n’avait pas été le vice-président américain. Il est également difficile d’accepter que Biden Junior serait devenu vice-président exécutif de la banque MBNA, basée dans le Delaware, si son père n’avait pas été sénateur du même État. […] C’est comme ainsi que marchent les affaires dans la capitale américaine. Le népotisme soft est la façon dont les choses fonctionnent ».

Mais le risque de cette manœuvre du Parti Démocrate n’est pas seulement que ce ne soit pas le candidat de l’establishment qui en sorte vainqueur, mais que ce soit Trump lui-même qui en tire profit. Ce n’est pas un hasard que plusieurs éditorialistes expriment leur crainte là-dessus. Ainsi, dans le New York Times on lit : « tous les scénarios sont possibles, y compris celui où l’impeachment profite à Trump et augmente les chances de sa réélection, en se présentant comme un martyr, échappant à la condamnation au Sénat, arborant cela comme une absolution et profitant de la mobilisation de ses soutiens, qui lui permettrait de se relever comme jamais ».

Ce risque est d’autant fort que les enquêtes révèlent que pour le moment 57% de la population est contre l’impeachment. Autrement dit, même si les situations politiques et les pays sont très différents, contrairement au Brésil où le coup d’État institutionnel contre Dilma Rousseff avait une base sociale importante, cela ne semble pas être le cas du processus d’impeachment des démocrates. Un autre élément très important est le fait qu’aucun candidat démocrate n’apparaît comme capable de rassembler derrière lui une partie des électeurs de Trump ou du moins de gagner leur bienveillance et créer une base sociale plus stable pour un éventuel gouvernement. Au contraire, un secteur de la bourgeoisie craint un scénario de polarisation du pays.

En réalité cette nouvelle crise est une expression supplémentaire de la difficulté de l’establishment nord-américain à imposer ses « candidats naturels » pour diriger la principale puissance impérialiste mondiale. Le Parti Démocrate, ou tout du moins son aile pro-establishment, qui est fortement impacté par cette crise et se déchire entre différents ailes, utilise cet instrument complètement anti-démocratique qu’est la procédure d’impeachment pour positionner son « favori » comme principal opposant de Trump, et seul capable de le faire partir de la Maison-Blanche. Mais aucune confiance ne peut être faite à ce parti qui gère, en alternance avec le Parti Républicain, les intérêts de l’impérialisme nord-américain depuis des années.

Pour les travailleurs, la jeunesse, les classes populaires, les femmes et les mouvements pour les droits des minorités raciales et LGBT, l’alternative qui reste pour se débarrasser de Trump et sa politique c’est la lutte et la mobilisation. Ce serait une illusion de penser que les démocrates mèneraient une politique moins réactionnaire et répressive que Trump. Le capitalisme en crise ne laisse plus d’espace pour l’illusion du « néolibéralisme heureux » des années 1990-2000.

Crédit photo : REUTERS




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