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La renaissance des baleines bleues, 40 ans après l’interdiction de la chasse commerciale

Depuis des décennies, le nombre de baleines bleues, la plus grande espèce de la planète, ne cesse de croître. Ce n'est pas un hasard et ce n'est pas encore gagné : Milko Schvartzman, défenseur de la nature marine, expose les nouveaux risques auxquels les cétacés sont confrontés.

mercredi 6 janvier

Crédit : Photo : Pixabey - La baleine bleue

Cet article a été publié initialement sur La Izquierda Diario, et traduit pour Révolution Permanente par Leonava Whale.

Qui se bat n’est pas mort et la nature se démène pour survivre. Cette maxime semble juste pour les baleines bleues, qui étaient au bord de l’extinction dans les années 1960-1970 et dont la population, quarante ans après la suspension de la chasse commerciale, montre maintenant des signes encourageants de rétablissement, car leur nombre augmente notamment près des îles de Géorgie du Sud (terres australes au large de l’Argentine).

Nous avons pu compter 41 naissances de baleineaux au cours des neuf dernières années (les femelles donnent généralement naissance à un baleineau une fois tous les deux à trois ans au début de l’hiver, après une gestation allant de dix à douze mois). Une lueur d’espoir lorsque l’on sait qu’au plus fort de la chasse au début du XXe siècle, plus de 3 000 baleines étaient tuées chaque année.

Selon Lauren McWhinnie, professeure de géographie marine à l’université Heriot-Watt, plus de 1,3 million de baleines ont été tuées du début du XXe siècle aux années 1970 dans le seul Antarctique ce qui a amené cette population à seulement 0,15 % de son nombre d’individu initial.

Les baleines bleues ne sont pas les seules dont la population croît : à l’ouest de la péninsule Antarctique, les baleines à bosse se rétablissent, tandis que dans le grand nord, en Arctique, les baleines du Groenland semblent atteindre des effectifs pré-massifs, et que des rorquals de Minke et des rorquals communs sont à nouveau observés près de l’Alaska, dans la mer de Tchoukotka.

Cette bonne nouvelle n’est pas un miracle : la suspension de la chasse commerciale à la baleine en 1984 a empêché leur extinction et a permis le retour de ces espèces dans les mers polaires, qui sont de véritables réservoirs de krill et d’autres denrées alimentaires.

Pourquoi ont-elles arrêté d’être chassées ?

"Il y avait une douzaine de pays qui chassaient les baleines", explique Milko Schvartzman, spécialiste de la conservation marine au sein du cercle de politique environnementale de Buenos Aires. Cette activité a rencontré une résistance importante depuis le milieu des années 1970, avec par exemple des expéditions pionnières contre les baleiniers aux débuts de Greenpeace. Cependant, si les mobilisations environnementales ont eu une grande responsabilité dans la fin de cette pratique, selon Schvartzman, c’est aussi grâce aux intérêts économiques contradictoires de plusieurs États, comme l’Argentine, pionnière du tourisme d’observation des baleines dans les années 1970, et d’autres qui "sont passés de la chasse au tourisme d’observation des baleines". Les États-Unis qui étaient l’un des plus grands chasseurs sont aujourd’hui devenus un leader mondial du tourisme d’observation des baleines.

Après le moratoire, qui est entré en vigueur en 1986, le nombre de pays qui chassent la baleine est tombé à trois, et le nombre de baleines capturées est tombé à un peu plus de 1 000 par an. Bien que la Norvège, l’Islande et le Japon pratiquent encore la chasse commerciale à la baleine dans leurs zones économiques exclusives "ces chiffres sont marginaux par rapport aux centaines de milliers de baleines qui ont été chassées au milieu du XXe siècle. Et le Japon a cessé de chasser la baleine en Antarctique il y a quelques années.

En plus de cela, il y a ce qu’on appelle la chasse aborigène de subsistance, qui est pratiquée par les populations autochtones Yupiks en Sibérie et Inuits aux États-Unis, "bien qu’il s’agisse d’une chasse traditionnelle, elle se fait avec des armes automatiques et des bateaux modernes à moteur", explique l’expert.

La baleine franche un spécimen caractéristique de la mer d’Argentine. Photo : Reuters

Cette suspension de la chasse commerciale, estime M. Schvartzman, a permis à certaines espèces de se rétablir. L’exemple le plus proche est la baleine australe, que l’on peut voir à l’œil nu près de la côte argentine et qui a été "sévèrement chassée" des côtes du Brésil et de l’Uruguay. "On estime que la population dépasse désormais les dix mille spécimens. Certains l’estiment à plus de dix-huit mille. Cela représente environ 10 à 12 % de la population d’origine, qui est estimée à plus de cent mille baleines franches australes dans l’hémisphère sud", détaille-t-il. Le taux de reconstitution de cette espèce se situe entre 3 et 7 % par an. Le chemin est donc encore long.

Sont-elles en sécurité ?

Les baleines sont de vieilles connaissances pour Schvartzman qui, pendant plus d’une décennie, a participé avec Greenpeace International à des actions contre les expéditions de chasse commerciale, de pêche et les rejets volontaires d’hydrocarbures en Antarctique, en mer du Nord, dans le Pacifique Sud et dans l’Atlantique Sud.

Outre les plus connues en Argentine les baleines franches australes, de nombreuses autres espèces de cétacés habitent les océans, comme les baleines bleues. "C’est le plus grand animal qui ait jamais existé sur notre planète" déclare M. Schvartzman avec une certaine fierté.

Photo : Sciences et vie

Mais les cachalots aussi, "les espèces comme Moby Dick", une baleine à dents, et le Minke, la plus petite (bien qu’elle puisse mesurer jusqu’à 12 mètres). "Cette baleine était chassée par le Japon en Antarctique jusqu’à il y a quelques années", explique le défenseur de la mer. Une autre espèce qui navigue dans la mer d’Argentine est la baleine à bosse, qui impressionne généralement les touristes par ses sauts spectaculaires hors de l’eau et qui a également subi les conséquences de la chasse massive.

La baleine boréale est pratiquement éteinte. Photo : Anipedia

Mais toutes les espèces ne se portent pas aussi bien comme la baleine boréale de l’Atlantique Nord et du Pacifique. Elle est toujours menacée d’extinction parce que ses populations ne peuvent pas se reconstituer, même avec les décennies de protection en place. "Il reste environ 300 animaux de l’Atlantique Nord dans le monde entier", dit le spécialiste. "On dit que cette espèce est pratiquement éteinte."

Actuellement, il existe quatre risques pour la survie des cétacés, selon Schvartzman : la crise climatique, qui modifie les régions d’alimentation, de migration et les zones où il y a de la glace ; la surpêche, qui prive les baleines et les dauphins de leur nourriture ; les collisions avec les bateaux (qui touchent essentiellement la baleine franche du Nord) et, plus grave de son point de vue, les différents degrés de pollution générés par l’activité humaine.

Outre l’accumulation de filets et d’engins de pêche abandonnés dans lesquels des centaines, voire des milliers de baleines et de dauphins s’empêtrent chaque année, la pollution sonore due à la grande quantité de bruit produit par les énormes navires et qui peuvent parcourir de longues distances, empêche les baleines de communiquer et d’utiliser leurs capacités d’écholocation pour trouver de la nourriture, constitue un grave préjudice pour la vie marine.

"C’est comme essayer de parler à un ami dans un restaurant bondé", dit McWhinnie, qui propose de surveiller ces sons avec des hydrophones, des appareils d’enregistrement sous-marins. Les rorquals boréaux souffrent également de la pollution chimique dans leur habitat, qui compromet leur système immunitaire et les rend malades.

Maintenant que les mers polaires ont moins de glace, surtout en été, les industries qui ont déjà pillé d’autres régions plus accueillantes de la planète s’installent dans les océans Arctique et Antarctique, ce qui augmente le trafic maritime. McWhinnie, qui fait partie d’un projet de recherche financé par la Commission européenne, explique que lui et ses collègues tentent de réduire l’impact de l’augmentation du transport maritime sur des zones auparavant isolées et recouvertes de glace en permanence.

Une baleine bleue emboutie par un navire dans l’océan Indien. Photo : Barcroft

"Nous savons que la réduction de la vitesse des bateaux réduit la probabilité de collisions mortelles avec les baleines et a l’avantage supplémentaire de réduire la quantité de bruit que les bateaux produisent", écrit-il dans The conversation. Il ajoute que l’une des idées est de mettre en place une sorte de feu de circulation océanique créant des zones de ralentissement pour les bateaux dans les endroits où les baleines sont en transit.

Le bien-être des baleines est un indicateur de la santé des océans. Il est urgent de protéger ces créatures intelligentes dont la survie devient de plus en plus difficile à cause de l’augmentation de la température des océans et en premier lieu de des mers polaires. "Le fait que de nombreuses populations de baleines, notamment les bélugas, les baleines boréales et certains rorquals à bosse, soient toujours en difficulté suggère que nous avons encore du chemin à parcourir", conclut M. McWhinnie.

Prendre soin de leur habitat apporte également des avantages substantiels à l’humanité : les océans du monde absorbent plus de 90 % de la chaleur dégagée par la combustion de combustibles fossiles et un tiers de l’excès de CO2, selon les scientifiques des institutions néo-zélandaises les scientifiques des institutions néo-zélandaises. Parmi eux, l’océan Antarctique est le plus important : il est le principal réservoir de chaleur et de carbone de la planète, absorbant 75% de la chaleur excédentaire et environ 35% du carbone supplémentaire dans l’atmosphère. Sans la préservation de ces océans, l’atténuation du réchauffement climatique est impensable.

L’étude sur laquelle Lauren McWhinnie s’est basée : South Georgia blue whales five decades after the end of whaling




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