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L’EUROPE FORTERESSE

La répression migratoire s’intensifie en Grèce : le projet d’un « mur flottant » sur la mer

Fin janvier, le nouveau ministère de la Défense grec a lancé un appel d’offre pour la construction d’un mur anti-migrants flottant en Mer d’Egée, pour empêcher l’arrivée de migrants en provenance de la Turquie. Ce projet s’inscrit dans la politique anti-migratoire menée en Grèce mais aussi dans les autres pays européens, qui ne proposent aucune solution mise à part la répression.

samedi 15 février

Fin janvier, le nouveau ministère de la Défense grec a lancé un appel d’offre pour la construction d’un mur anti-migrants flottant en Mer d’Egée, pour empêcher l’arrivée de migrants en provenance de la Turquie.

Le gouvernement grec a déjà réfléchi aux détails du projet, qu’il présente comme un « système de protection flottant [...] visant « à gérer […] en cas d’urgence […] le flux de réfugiés et de migrants qui augmente sans cesse ».. Long de 2,7 kilomètres, ce mur serait installé entre la péninsule Turque et les côtes grecques de l’île de Lesbos, principale entrée européenne pour les réfugiés arrivant par la mer.

En effet, la Grèce fait face à une importante vague migratoire. Les îles grecques de Lesbos, Samos, Chios, Kos et Leros, à elles 5, comptent seulement 6000 places d’hébergement pour 42,000 demandeurs d’asiles présents sur l’île, et les camps de fortune dans lesquels ils s’entassent sont submergés par le nombre, laissant place à des conditions de vie inhumaines, sans accès aux conditions sanitaires minimales, et où les agressions sont devenues monnaie courante.

Cette situation n’est que la conséquence des politiques répressives de l’Europe, qui laissent les demandeurs d’asile livrés à eux-même, coincés dans ces camps, parfois pour des années, faisant d’un transit une situation durable, dans laquelle la précarité et l’insalubrité règnent.

L’arrivée de la droite au pouvoir cet été n’a fait que renforcer la répression en terme de migration. Le Parlement grec a adopté le 1er novembre une loi qui durcit la procédure pour les demandes d’asiles, limite les recours en appel, et qui facilite l’expulsion des migrants. Le 03 février, ce sont 2,000 migrants vivant à Lesbos qui ont manifesté pour protester contre cette loi, et la seule réponse obtenue a été celle de la police anti-émeute, à savoir la répression.

Ce projet de « mur flottant » s’inscrit donc la continuité de la politique anti-migratoire menée par le gouvernement grec, qui choisit d’investir 500,000 € dans un mur pouvant mener à la mort les migrants, alors qu’il se trouve dans une situation économique très fragile et hautement surveillée. Interrogé sur le projet le ministre de la Défense grec, Nikos Panagiotopoulos, se justifie en s’appuyant sur les résultats obtenus avec la clôture construite le long de la frontière entre la Grèce et la Turquie en 2012, qui aurait obtenu « des résultats relatifs à contenir les flux ».

Mais ce n’est pas seulement le gouvernement grec qu’il faut dénoncer, mais bien la gouvernance européenne. La construction de ce mur s’inscrit dans la politique mortifère des Etats européens, qui depuis la crise de l’accueil des migrants en 2015, n’a fait que réaffirmer son racisme et sa xénophobie. Alors que c’est l’intervention des puissances européennes impérialistes au Moyen-Orient et en Afrique Subsaharienne qui est la principale responsable des migrations, celles-ci, plutôt que d’en assumer les conséquences, s’en détournent et ferment les yeux sur la mortalité qu’elles engendrent. Depuis début 2014, l’Organisation Internationale des Migrations (OIM) a enregistré 35 381 décès sur les trajets migratoires internationaux, dont 187 en date du 6 février 2020. Un chiffre qui risque d’augmenter toujours plus au vue des politiques européennes, et du continent-forteresse qu’elles cherchent à construire.

Crédits photo : ARIS MESSINIS / AFP




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