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Société

L’Europe Hivernale, l’Europe Infernale

La vague de froid en Europe fait 65 morts depuis novembre

L’Europe s’habille d’un épais manteau blanc et glacé. Des masses d’air polaire, descendues de Scandinavie, ont provoqué un épisode glacial sur l'Europe Centrale. L’image bucolique des innocents paysages enneigés, qu’on pourrait admirer de cette Europe hivernale, n’est pas si innocente et cache en réalité une Europe infernale et mortelle. Par Leire Izargorri

lundi 16 janvier 2017

À Moscou, les températures sont tombées à -30 degrés. En Pologne, elles sont descendues en dessous de -20 degrés. Une tempête de neige a paralysé la ville, les autoroutes et l’aéroport d’Istanbul en Turquie. Dans les Balkans les températures atteignent -27°C dans des régions montagneuses en Bosnie et dans le sud-est de la Serbie. Il a même neigé à Athènes, où ont eu lieu des coupures d’électricité et la fermeture de grands axes routiers.

Cette vague de froid a causé la mort de 65 personnes depuis novembre, dont une majorité en Europe de l’Est, essentiellement des personnes âgées, des migrants et des sans-abris.

Fuir pour échapper à la guerre et la misère… puis mourir de froid !

Au cours de ces derniers jours seulement, deux Irakiens et une Somalienne ont été trouvés morts de froid et d’épuisement en Bulgarie après leur arrivée de Turquie. À la frontière gréco-turque, c’est un jeune Afghan de 20 ans qui est décédé après avoir traversé la rivière Evros, de nuit, par des températures atteignant -10°C.

Malheureusement, cela révèle seulement une fois de plus la gravité de la barbarie capitaliste. Les images montrant des dizaines de milliers de personnes cherchant à traverser les frontières européennes depuis les Balkans, la Grèce, ou la Méditerranée, entraînant des milliers de morts, ne sont pas nouvelles.

Dix mois après la fermeture des frontières européennes, plus de 60000 personnes restent bloquées en Grèce, où nombre d’entre elles vivent dans des tentes non chauffées, des entrepôts ou des bâtiments insalubres. Les conditions sont tout aussi désastreuses dans les centres d’accueil surpeuplés installés sur les îles.

Sur les 6000 réfugiés que la Serbie s’était engagée à accueillir avec l’Union européenne, seulement 3140 vivent dans des installations adaptées pour l’hiver. À Belgrade 2000 migrants originaires d’Asie et du Moyen-Orient s’entassent dans des entrepôts abandonnés, sans eau, ni électricité, et souvent sans fenêtres.

« Médecins Sans Frontières a proposé d’installer des camps d’hiver, mais le gouvernement ne leur a jamais répondu et il ne fait rien par lui-même. C’est juste une question de temps avant que des gens commencent à mourir », s’alarme Lydia Gall, directrice de l’ONG Human Rights Watch.

À Belgrade pour survivre, les réfugiés improvisent des feux de camp, alimentés par des traverses de chemin de fer. Médecins Sans Frontières négocie avec le gouvernement pour que 1000 nouvelles places soient créés dans les centres d’accueil, sans succès pour l’instant. S’il n’y a pas eu de décès à Belgrade, 7 migrants sont morts à la frontière.

« Ces gens ont fui des pays déchirés par la guerre, comme la Syrie et l’Afghanistan. Il est insupportable de savoir qu’ils risquent maintenant de mourir de froid sur le continent européen », déplore Sumka Bucan, directrice du bureau régional de l’ONG Care dans les Balkans.

La réponse de la part des gouvernements européens à cette crise a été, dans le meilleur des cas, l’installation de camps de réfugiés qui fonctionnent comme des vrais camps de détention. Alors que ce sont ces mêmes pays impérialistes qui sèment la guerre et la misère, obligeant des milliers de personnes à fuir leurs pays d’origine, à se heurter aux murailles de l’Europe-forteresse, et maintenant, également, à mourir de froid dans l’indifférence générale.




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