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Lafarge change de nom... pour faire oublier ses liens avec Daesh ?

Entaché par la révélation des financements de groupes terroristes, comme l'État Islamique ou Front Al-Nosra, affilié à Al-Qaida, par la filiale syrienne de Lafarge, le géant du ciment et du béton LafargeHolcim cherche à enterrer le scandale. Faisant peau neuve, la multinationale retire le nom de Lafarge, se renommant ainsi Holcim.

mercredi 5 mai

Crédits photo : AFP/FRANCK FIFE

Ce mardi 4 mai, les actionnaires de LafargeHolcim (groupe né de la fusion en 2015 du français Lafarge et du suisse Holcim) votaient en assemblée générale le changement de nom de la raison sociale de la multinationale. Faisant disparaître le patronyme Lafarge, le géant des matériaux de construction s’appelle désormais Holcim. Si le groupe dit vouloir la simplification de son nom par « souci d’efficacité et d’impact » et pour « se [transformer] pour devenir le leader mondial des solutions de construction innovantes et durables », au fond il s’agit de se distancier d’une image fortement entaché par des scandales successifs. En septembre dernier, le parquet de Paris avait ouvert une enquête sur Lafarge pour « déversement, jet ou abandon de substances nuisibles » dans la Seine et « utilisation de produits phytosanitaires sans respecter les conditions d’utilisation ». Un scandale environemental qui venait s’ajouter à l’affaire du financement de Daesh par Lafarge en Syrie.

En juin 2016, Le Monde publiait une enquête dévoilant les transactions financières de la cimenterie Lafarge Cement Syria (LCS), installée à Jalabiya dans le Nord de la Syrie, pour des groupes djihadistes, dont l’État Islamique (EI) et Front Al-Nosra, affilié à Al-Qaida. Pour maintenir son activité en pleine guerre et garder la main sur l’affaire juteux de la reconstruction du pays après la guerre, la filiale syrienne de Lafarge avait ainsi versé près de 13 millions d’euros à des organisations terroristes, selon l’enquête interne de Lafarge de 2017. Financer les crimes de Daesh a ainsi permis à LCS de conserver son usine à Jalabiya mais aussi de préserver le transit de ses marchandises sur le territoire, interdit par l’embargo édicté par l’Union Européenne en 2011. Suite à ces révélations, Lafarge avait été mis en examen pour « financement d’une entreprise terroriste », « mise en danger de la vie d’autrui » - LCS mettait en risque la vie de ses travailleurs - « violation d’un embargo » et « complicité de crimes contre l’humanité ». Cette dernière poursuite avait été annulée en novembre 2019, la Cour d’appel de Paris invoquant des preuves insuffisantes. Une décision de la Justice qui n’est pas sans rappeler le rôle qu’a joué l’État lui-même dans cette affaire.

En effet, parmi les trois cadres de Lafarge mis en examen en juin 2017 pour « financement du terrorisme », « mise en danger d’autrui » et « violation du règlement européen », Jean-Claude Veillard, ancien directeur de la sûreté de LCS et par ailleurs candidat du RN, expliquait, lors de son interrogatoire avec la juge d’instruction, avoir été tout du long en contact direct et régulier avec les services secrets français. Ainsi pleinement informés, ces derniers ont illustré la politique impérialiste de l’État français à l’étranger, prêt à tout pour maintenir ses intérêts économiques. Comme développait Christian Herrault, ancien directeur général adjoint opérationnel, lors de son audition dans le cadre de l’enquête ouverte par le parquet de Paris : « On allait voir, tous les six mois, l’ambassadeur de France pour la Syrie et personne ne nous a dit : Maintenant il faut que vous partiez (…) Le gouvernement français nous incite fortement à rester, c’est quand même le plus gros investissement français en Syrie et c’est le drapeau français ».

En pleine déferlante islamophobe, les affaires du patronat et de l’Etat français avec Daesh que LafargeHolcim veut faire oublier en changeant de nom, montrent tout le cynisme du gouvernement et de l’extrême droite. Si hier en Syrie ils finançaient Daesh pour protéger les intérêts de Lafarge et de l’impérialisme français dans la région, aujourd’hui, en France, ils agitent le fantôme de l’islamo-gauchisme pour impulser le tournant sécuritaire et se préparer aux explosions de colère pouvant menacer les intérêts de ceux qui se sont gavés pendant la crise.




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