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Lancement de la convention démocrate : l’illusion du Parti démocrate comme barrage à Trump

A 76 jours des élections présidentielles, les Démocrates ont lancé lundi 17 août la convention qui intronise Joe Biden comme le candidat de son parti pour les élections présidentielles. Dans un contexte de mouvement social historique, les Démocrates ont souhaité ouvrir leur convention le plus largement possible pour contrer Trump et tenter de capitaliser sur la colère exprimée dans la rue, en la canalisant dans les urnes

mardi 18 août

Un rassemblement le plus large possible pour faire barrage contre Trump

La première soirée de la « Convention démocrate » a rassemblé un tableau assez large de l’échiquier politique américain, du sénateur du Vermont Bernie Sanders, figure de l’aile gauche du Parti démocrate, à John Kasich, ancien gouverneur républicain de l’Ohio qui, l’un comme l’autre, ont appelé à voter pour l’ancien colistier de Barack Obama. Cette alliance large a été renforcée par le soutien depuis lundi d’autres républicains en rupture avec leur parti et Trump, dont Christie Whitman, l’ancienne gouverneure du New Jersey. Une alliance pas si inattendue, tant Joe Biden a démontré en 36 ans passés au Sénat que la quête du compromis faisait parti de son ADN politique.
Il s’agissait pour le Parti démocrate de relancer une campagne mise en veille par la pandémie, en mettant en avant leur principal argument : le refus d’un nouveau mandat de Trump. Un sondage du Pew Research Center publié le 13 août dernier dévoilait ainsi que plus de 50% des sondés ayant déclaré vouloir voter pour Biden le feraient parce qu’« il n’est pas Donald Trump » tandis que moins de 10% justifiaient cette intention de vote pour ses « positions politiques » propres.

Trump affaibli par sa gestion criminelle de la pandémie et par un mouvement historique contre les violences policières

Le bilan du Covid-19 est dramatique aux Etats-Unis, un des pays parmi les plus touchés au monde, avec plus de 170 000 morts et plus de 5,4 millions de cas recensés. Le virus y est toujours en pleine expansion. Trump n’a cessé de propager des « fake news » depuis le début de la pandémie. Pendant des semaines, il a nié la dangerosité de la pandémie et la nécessité du port du masque, avant de multiplier les sorties hasardeuses, allant jusqu’à préconiser l’injection de javel dans les poumons pour lutter contre le virus. A Tulsa, lors de son premier meeting de campagne, il affirmait avoir demandé à ses équipes de faire le moins de tests possibles, car sinon « on trouve plus de cas ». Il expliquait également, contre l’avis de l’ensemble de la communauté scientifique, que le virus était en train de « s’estomper ». Le président a mis en œuvre une véritable obstination à minimiser la réalité de la pandémie afin de limiter l’impact du Covid-19 sur les grandes entreprises et leur activité économique. Aujourd’hui, alors qu’il n’a jamais été aussi bas dans les sondages, il semblerait que de nombreux électeurs américains contestent cette politique.

L’épidémie de Covid-19 et sa gestion ont donc fragilisé Donald Trump. La mobilisation historique contre les violences policières est venue s’ajouter à cette situation politique tendue. L’assassinat de George Floyd a réveillé la colère de très nombreux américains contre les violences policières et le racisme. Derrière les slogans « I can’t breathe » [Je ne peux pas respirer] ou « Black Lives Matter » [Les vies noires comptent], ce sont des centaines de milliers de manifestants qui se sont rassemblés dans de nombreuses villes du pays pour marquer leur colère. Un mouvement auquel Trump a répondu par une gestion coercitive qui a choqué une frange importante de la population, comme en témoigne l’exemple de Portland, où l’envoi des forces fédérales a ravivé davantage encore la colère et participé à la radicalisation du mouvement.

Face à Donald Trump, l’illusion du parti Démocrate

Il n’est pas anodin que dans le contexte du plus grand soulèvement contre les violences racistes et policières de l’histoire des Etats-Unis, alors que dans la rue, les manifestants revendiquent la suppression du financement et l’abolition de la police, les Démocrates se soient succédés pour rendre hommage aux « bons policiers », se soient montrés réticents à aller au-delà de la rhétorique habituelle de la « réforme de la police » et de ses « brebis galeuses ». Des positions en contradiction directe avec la façon dont ils ont tenté de se présenter comme les alliés du mouvement, en invitant la famille de George Floyd, en multipliant les hommages aux victimes. En même temps qu’ils essayent de coopter le mouvement, ils offrent à la droite de nombreuses garanties quant au maintien du système actuel et répressif de la police.

La présence de Sanders à cette soirée de lancement de campagne est assez révélatrice de l’échec de sa stratégie de pousser les démocrates vers la gauche. S’il s’est félicité que l’augmentation du salaire minimum, une mesure qu’il défendait pendant les primaires démocrates, soit soutenue par Biden, ce dernier a pris soin d’éviter ce qu’il considère comme des lignes rouges en vue de l’élection. Il s’oppose notamment à une sécurité sociale universelle, à un impôt sur la fortune, ou encore à l’abolition de la police des frontières.

La première soirée de la convention démocrate aura eu le mérite de révéler l’illusion du parti Démocrate comme véritable solution alternative à Trump. La nécessité de dégager Trump est bien évidemment une urgence, mais le parti Démocrate ne peut nullement être une solution favorable aux travailleurs. Il est d’ailleurs le parti de plusieurs grands patrons, dont le PDG de Hewlett-Packard, qui a pris la parole lors de la Convention. Joe Biden, comme Donald Trump, veut forcer la classe ouvrière à payer la crise, s’oppose à un projet de sécurité sociale universelle, soutient l’impérialisme américain et la police ; et s’oppose à l’immigration. Le parti démocrate comme Joe Biden sont du côté du capital, contre la classe ouvrière et les plus exploités.

La dynamique émeutière du mouvement BLM est donc une réponse de taille face au gouvernement. Et si Biden semble bénéficier de la dégringolade de Trump dans les sondages, le regain de mobilisation ces derniers mois doit être un appui pour ouvrir des perspectives plus ambitieuses et solides qu’une issue électorale au profit d’un candidat pro-patronal. Ainsi, ce dont les travailleurs, les classes populaires et les opprimés états-uniens ont besoin, ce n’est pas d’un parti pro-police et pro-patronat comme le Parti démocrate, mais d’un parti qui prendrait ses racines dans les luttes et dans la rue, et qui aurait pour but de renforcer ces mouvements et de mettre à bas le capitalisme, comme le portent nos camarades de Left Voice aux États-Unis.




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