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Aéronautique

Latécoère : l’actionnaire majoritaire exige des aides publiques en pleine délocalisation

SearchLight, actionnaire majoritaire de Latécoère, demande à l’État Français de supprimer les dettes des Prêts Garantis par l’État pendant la crise COVID. Une requête qui tourne au chantage à l’investissement au moment où l'entreprise opère de nouvelles suppressions d’emplois.

Benoit Barnett

2 mai 2023

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Latécoère : l'actionnaire majoritaire exige des aides publiques en pleine délocalisation

Crédits photo : Révolution Permanente Toulouse

Alors que Latécoère est en train de mener un plan de délocalisation à Toulouse, menaçant ainsi 150 emplois, son actionnaire majoritaire SearchLight Capital Partners, rentré au capital de Latécoère en 2019, a annoncé être prêt à « injecter à nouveau 100 millions d’euros, en plus des 420 millions déjà investis » à condition que « les banques qui ont accordé les PGE, et donc l’État qui les couvre à 90%, acceptent d’effacer la dette ».

Alors même que le secteur aéronautique connait un regain important d’activité avec plus 7000 avions en commande chez Airbus d’ici 2027, le groupe SearchLight Capital Partners opère donc un véritable chantage aux subventions publiques.

Un chantage qui se fait non seulement dans un contexte de plan de délocalisation qui va entrainer des suppressions d’emplois et qui intervient après que Latécoère ait été arrosé d’argent public ces dernières années. Pour exemple, l’usine automatisée « 4.0 » de Montredon, aujourd’hui menacée de délocalisation a été accompagnée d’une aide de 5,4 millions d’euros de l’État, d’un appui de 55 millions d’euros par la Banque européenne d’investissement et de 786.000 euros d’aide européenne accordée par la région Occitanie. Aussi, en 2016, le site de construction de l’usine a été bradé par la métropole de Toulouse (à 35€ le m²), ce dont Latécoère a profité pour réaliser une opération foncière juteuse en revendant le terrain au prix fort à un consortium bancaire.

Un chantage aux aides publiques combiné à la casse sociale

Avec ces suppressions d’emplois et maintenant, ce chantage à la suppression de la dette, Latécoère continue dans sa lancée de 2019 où le groupe avait licencié 35% de ses effectifs à l’étranger, 1105 emplois sur les quelques 5200 présent dans 13 pays. Deux usines avaient été fermées, en Tunisie et en Inde, et tout ça alors que la crise COVID n’avait pas eu lieu. Ainsi, la suppression du Prêt Garanti par l’Etat (PGE) de 60 millions d’euros serait un véritable cadeau à une entreprise qui déclarait déjà « n’avoir aucun problème de trésorerie en 2020 » et dont le PDG, Pierre Gadonnaix, se rémunère grassement à hauteur de 200 000 euros de salaire annuel.

En 2022, le groupe a dépassé son niveau d’activité de 2020 avec un chiffre d’affaires à hauteur de 468 millions contre 336 millions en 2021, ce qui montre une reprise de la bonne santé de l’entreprise. En plus de cela, Latécoère a pu bénéficier de la reprise des cadences du secteurs avec notamment les programmes de l’A320 de Airbus ainsi que celui d’Embraer. Ce n’est pas tout, le groupe a aussi réalisé plusieurs acquisitions, diversifiant donc son activité en Belgique, au Mexique, en Espagne ou encore au Canada.

Ces « économies » que cherche à réaliser le sous-traitant aéronautique serviraient donc à colmater les craquelures causées par l’expansion rapide de ses activités, causant un approfondissement de sa dette. Un argumentaire qui a été mis en avant pour justifier la revente des activités d’interconnexion de câblage électrique au Canadien Bombardier, acheté précédemment en 2020. La délocalisation actuelle de Toulouse-Montredon vers le Mexique et la République Tchèque fait aussi partie de cette équation.

Ces achats, délocalisations et la concentration de l’activité toulousaine sur les sites de Colomiers et Labège font parties des projets de restructuration voulue par le patronat de Latécoère qui souhaite « améliorer la structure capitalistique du groupe par rapport à ses prêts et PGE (prêts garantis par l’État) actuels, afin de mieux se positionner pour l’avenir ».

Une situation qui illustre parfaitement la dynamique des aides publiques aux entreprises de l’État : les grandes entreprises qui réalisent des centaines de millions de chiffres d’affaire sont arrosées de millions d’aides publiques par l’État tout en continuant de licencier des travailleurs et dégrader les conditions de travail afin d’améliorer toujours plus leurs marges et faire toujours plus de profits. Et aujourd’hui ces entreprises comme Latécoère en redemandent !

Face au chantage de Searchlight, revendiquons la nationalisation sous contrôle ouvrier et sans rachat de Latécoère

La demande de SearchLight est donc une politique financière qui n’a pas pour but de redresser les conditions de travail des salariés de l’entreprise mais bien d’augmenter le capital du groupe tout en minimisant les risques liées à la dette qu’ils continuent de creuser. Ce chantage aux aides ou à la suppression de la dette est un ultimatum lancé par le patronat de l’aéronautique : si nous ne sommes pas arrosés d’argent public, nous partirons. Ainsi s’explique les dépenses en argent public dans les caisses du privé, les exonérations d’impôts, la baisse des salaires, ou encore l’actuelle réforme des retraites obligeant les travailleurs à pousser jusqu’à leur 64 ans minimum et qui ne constitue rien d’autre que l’exécution par le gouvernement de ce qu’a toujours demandé le patronat.
Derrière cette politique qui impacte en premier lieu les travailleurs, il y a la cupidité des capitalistes qui cherche toujours à augmenter leurs profits. En témoigne un rapport rendu public par la Plymouth County Retirement Association, qui révèle que Searchlight chercherait à augmenter son capital financier actuellement perché à 3,4 milliards de dollars avec un objectif à court-terme de 4 milliards. Un projet que SearchLight aurait refusé de commenter et pour lequel les PGE constituent une épine dans le pied.
Plus largement, dans un contexte de crise économique du capitalisme, les successions des fermetures d’entreprises, de délocalisation et de plans licenciements vont s’accélérer dans les prochaines semaines, mois et années. Face à cela, il y a urgence à imposer l’interdiction des licenciements, seule solution pour enrayer cette machine infernale qui va laisser sur le carreau des milliers de travailleurs.

Le chantage des capitalistes qui marchent main dans la main avec l’État et les responsables locaux doit être combattu à tout prix et nous devons répondre aux menaces des licenciements en revendiquant aussi la nationalisation sans rachat et le contrôle ouvrier de l’entreprise ! Au vu de la crise économique et écologique, la seule solution reste le contrôle de la production par les travailleurs, qui sont les plus à même de décider comment et quoi produire, dans l’intérêt de la majorité de la population, et non du profit de quelques-uns.


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