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Politique

Béquille du gouvernement

Laurent Berger appelle le gouvernement à "sortir du bois" pour défendre sa réforme des retraites

Laurent Berger, secrétaire confédéral de la CFDT, joue son rôle de béquille du gouvernement en appelant celui-ci à mieux défendre sa réforme des retraites, à l'appliquer le plus vite possible et à surtout de pas montrer de « peur ».

vendredi 8 novembre

Crédit photo : Reuters 

Dans un entretien sur RTL, le secrétaire confédéral de la CFDT a une nouvelle fois joué son rôle de soutien objectif au gouvernement. La réforme doit s’appliquer « à tout le monde » ; le gouvernement ne doit surtout pas laisser penser qu’ils « auraient peur » de cette réforme ni « [donner] à penser que cette réforme serait une punition ». Voilà, en substance, le contenu de l’intervention de Laurent Berger, en plein exercice de conseiller de communication gouvernementale.

Laurent Berger appelle le gouvernement à « sortir du bois » et à appliquer la réforme rapidement

Le patron de la CFDT n’en est pas à son coup d’essai en ce qui concerne les conseils au gouvernement pour mieux faire passer la réforme des retraites. Après avoir participé aux concertations sur le projet de réforme pendant 18 mois alors que le mouvement des Gilets Jaunes battait son plein, Laurent Berger prend sa place dans les discussions entre membres du gouvernement au sujet de la « clause du grand père », qui consisterait à n’appliquer la réforme qu’aux nouveaux entrants sur le marché du travail.

Le gouvernement, qui fait face à une rentrée sociale très agitée et à la perspective d’un mouvement de grève interprofessionnelle reconductible à partir du 5 décembre, envisage la jeunesse comme dernière carte pour tenter de passer sa réforme. Il compte pour cela sur le peu d’activité du mouvement étudiant dans les dernières grandes mobilisations sur le terrain de la lutte des classes. Mais cette tactique fait débat parmi les classes dirigeantes qui voient l’urgence – de leur point de vue – d’appliquer cette réforme qui, comme le disait Fillon, n’a pour but que de faire des économies sur le dos des travailleurs. Ainsi Delevoye, la haut commissaire chargé du dossier des retraites, s’est fait recadrer par l’Élysée et Matignon après avoir déclaré que la clause du grand-père reviendrait à « renoncer à la réforme ».

En bonne béquille du gouvernement, Laurent Berger a pris part à ce débat. Il a demandé au gouvernement de « sortir du bois » pour « éclaircir sa position sur la pénibilité, sur les carrières des femmes, sur les régimes particuliers ». S’opposant à la « clause du grand père », il estime que « la réforme s’applique à tout le monde », même si, prudent au vu du contexte explosif à la SNCF, il envisage une exception pour les cheminots.

Une réforme « punitive » dont le gouvernement a « peur »

Lucide, Laurent Berger déclare : « Aujourd’hui, le gouvernement, par ses atermoiements, donne à penser que cette réforme, ils en auraient peur parce qu’elle serait punitive ». Il a raison sur deux points : d’une part, cette réforme est « punitive » ; encore plus, il s’agit d’une attaque de très grande ampleur contre les travailleuses et les travailleurs. D’autre part, le gouvernement a peur de cette réforme, ou plutôt de la contre-attaque qu’elle provoque de la part de notre camp social. Entre les appels à la grève à partir du 5 décembre qui se multiplient, le mouvement des Gilets jaunes qui a ravivé le « spectre de la révolution », les multiples foyers de lutte – dont celui de la SNCF – et le retour de la la lutte des classes à l’international, Macron et ses ministres marchent sur des braises, ce qui explique les multiples hésitations dans l’application de cette réforme.

C’est là que Laurent Berger vient jouer son rôle de béquille du gouvernement, tentant de donner des conseils de communication au gouvernement pour convaincre du bien-fondé de la réforme, mais surtout tentant de contenir le mouvement ouvrier. Il joue explicitement son rôle de collaboration ouverte avec la classe dirigeante. Cette prise de position honteuse et cette collaboration avec le gouvernement doivent être dénoncées.




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