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Bataille des retraites

Laurent Berger veut un 7 mars de pression sur le Sénat : c’est la grève reconductible qu’il faut construire !

Lors de la cinquième date de mobilisation contre la réforme des retraites, Laurent Berger a affirmé vouloir utiliser la date du 7 mars pour faire pression sur le Sénat, qui s’est pourtant déjà positionné en faveur des 64 ans. Une stratégie qui place la mobilisation dans une impasse, alors même que la nécessité de la reconductible se fait de plus en plus claire pour de nombreux secteurs.

Seb Nanzhel

17 février 2023

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Crédits photo : Dorian M

Réunis ce jeudi pour une manifestation à Albi, les dirigeants de l’intersyndicale ont réaffirmé leurs perspectives pour la mobilisation contre la réforme des retraites, et notamment leur objectif de faire de la journée du 7 mars une démonstration importante. Laurent Berger en a profité pour préciser que si l’intersyndicale menace de « mettre la France à l’arrêt » pour cette date, cette « mise à l’arrêt » s’inscrit strictement dans une stratégie de pression sur le gouvernement, les députés … et maintenant les sénateurs.

Interrogé au micro de BFM TV lors de la manifestation albigeoise, Laurent Berger a ainsi affirmé que « Le parlement c’est pas que l’Assemblée Nationale c’est aussi le Sénat. », avant d’ajouter : « il y a un débat au Sénat dans lequel l’intersyndicale a décidé d’être entièrement présente et c’est notamment les raisons de la mobilisations le 7 mars. » Une logique que le dirigeant de la CFDT avait déjà assumée quelques jours plus tôt sur RTL, affirmant que « Vous ne pouvez pas rester sourd à ce qui s’exprime dans la rue et l’opinion. Il faut remettre l’ouvrage sur le métier. Et à défaut, parce que ce sera le moment où le texte sera au Sénat, le 7 mars, on fera à nouveau une démonstration »

Des déclarations qui ont le mérite de la franchise. Une des raisons d’être de cette date serait donc, selon le dirigeant de la CFDT, de faire pression sur les discussions autour du projet de loi au Sénat. Un discours assumé clairement par Berger, qui témoigne que le durcissement de ton affiché le 11 février dernier par l’intersyndicale est loin de signifier un changement de stratégie. Alors que depuis le 19 janvier, l’intersyndicale revendique une stratégie de pression sur le Parlement par des journées isolées, au détriment de la construction d’un rapport de forces par la grève, elle entend poursuivre dans cette voie.

Or si cette stratégie est perdante, et explique le refus de l’intersyndicale d’appeler clairement à la grève reconductible, appliquée au Sénat elle apparaît encore plus décalée. Cette institution est en effet une chambre profondément réactionnaire, acquise à la droite et aux pires politiques anti-ouvrières. Une situation qui ne décourage pas l’intersyndicale.

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Le 14 février dernier, dans un courrier transmis individuellement à l’intégralité des sénateurs, l’intersyndicale interpellait ainsi les sénateurs « de façon très solennelle et grave sur la crise politique et sociale que traverse actuellement notre pays en raison de l’entêtement incompréhensible du gouvernement » avant de conclure : « mesdames, Messieurs les sénatrices et les sénateurs, l’intersyndicale se tourne vers vous, la représentation nationale. Nous sommes persuadés que jamais vous n’aurez une occasion plus belle de prouver que votre travail consiste à relayer dans l’Hémicycle les aspirations des citoyennes et citoyens, qu’en vous opposant à cette réforme » et de leur demander « de voter le rejet de ce projet de loi, et plus particulièrement de son article 7 ».

Une main tendue scandaleuse, qui alimente l’illusion qu’il serait possible de négocier avec la droite au Sénat, alors que le président des sénateurs LR Bruno Retailleau affirmait encore récemment son soutien inconditionnel (et celui des sénateurs LR) au projet de loi, et que l’UDI fait régulièrement part de son accord avec le projet. Un soutien large qui assure aux sénateurs macronistes un examen plus que tranquille du projet de loi, d’autant plus que ce même Sénat avait envoyé un signal fort en novembre 2022 en votant un amendement (non retenu par la suite) prévoyant le recul de l’âge de départ à 64 ans. « Le Sénat, c’est le moment de la réassurance », confiait ainsi un ministre à France Info.

Un constat auquel il faut ajouter le fait que le Sénat fait régulièrement preuve qu’il est une institution profondément réactionnaire et anti-ouvrière, servant au cours des navettes parlementaires à la surenchère dans les attaques multiples déployées par la classe politique et le patronat. Censure de la ridicule indemnité promise par le gouvernement en 2021 pour calmer la colère contre l’inflation, attaque contre l’inscription à l’IVG dans la constitution, suppression de l’allocation chômage en cas de refus d’un CDI … Tant qu’il est possible d’attaquer les travailleurs, les classes populaires et les personnes opprimées, le Sénat répond présent.

De plus, même si le Sénat souhaitait rejeter la loi, le gouvernement dispose de multiples mécanisme anti-démocratiques pour s’assurer que sa réforme sera adoptée. Dans ce cadre, la stratégie de pression, qui a déjà démontré toutes ses limites dans la séquence des débats à l’Assemblée Nationale, montre à nouveau son impuissance totale.

Alors que l’intersyndicale annonce vouloir « mettre la France à l’arrêt » le 7 mars, et que 58% de la population la soutient dans cette démarche, la perspective défendue par Berger et l’intersyndicale enferme le mouvement dans une logique de marchandage avec le Parlement. Une impasse, face à laquelle de nombreux secteurs ont compris que c’est entre leurs mains et par la grève que la possibilité de la victoire se trouve.

C’est ainsi que des secteurs de la pétrochimie, des cheminots, ou encore de l’éducation ont prévu de profiter de cet appel au blocage du 7 pour se lancer dans une grève reconductible. Une perspective qu’il faut s’atteler à construire et à généraliser, et dans laquelle l’intersyndicale, si elle veut vraiment « mettre la France à l’arrêt », doit mettre toutes ses forces.


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