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Conseil constitutionnel

Laurent Fabius, qui a validé la retraite à 64 ans, a pris la sienne à 50 ans

D’après Mediapart, Laurent Fabius, président du Conseil Constitutionnel qui vient de rejeter la deuxième demande de référendum sur le retrait de la réforme et a donc validé le fait que tout le monde travaille jusqu’à 64 ans, a touché sa retraite... à 50 ans.

Gabriella Manouchki

3 mai 2023

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Laurent Fabius, qui a validé la retraite à 64 ans, a pris la sienne à 50 ans

Crédit Photo : Philippe Grangeaud CC BY-NC-ND 2.0

Ce mercredi, le Conseil Constitutionnel doit rendre sa décision concernant la deuxième demande de référendum d’initiative partagée (RIP) sur la limitation de l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans. Cette procédure, visant à faire annuler la réforme promulguée par Macron le 15 avril, fait suite au rejet par ce même Conseil d’une première demande, au motif que cette dernière ne relevait pas d’un « changement de l’état de droit » au titre de l’article 11 de la Constitution. Une position qui, sur le fond, n’a aucune raison d’avoir évolué et laisse présager un nouvel échec.

Ironie du sort : dans le même temps, on apprend dans les colonnes de Mediapart que, parmi les « neufs sages » du Conseil constitutionnel censés décider à huit clos pour l’avenir de millions de personnes, son président Laurent Fabius touche une pension de retraite depuis qu’il a… 50 ans et un jour.

Si on ne connaît pas le montant de cette pension, touchée depuis 1996 au titre de sa fonction de maître des requêtes au Conseil d’État, on sait qu’elle se cumule avec son salaire de président du Conseil constitutionnel, qui s’élève déjà à 15 000 euros bruts par mois. Dans le même registre, Alain Juppé se distingue au sein du Conseil constitutionnel avec une retraite touchée depuis ses 57 ans, étant alors d’un montant de 3 654 euros par mois d’après Libération, qui se cumule également avec ses indemnités.

Le salaire des membres du Conseil constitutionnel (hors président) s’élève à 13 700 euros bruts par mois, et se cumule avec les retraites des différentes fonctions publiques qu’ils ont occupées. Or, comme le rappelle Mediapart, Laurent Fabius a été ministre pendant 11 ans, député durant 27 ans, député européen pendant 3 ans, maire pendant 5 ans, président d’agglomération pendant 4 ans, et conseiller régional et départemental pendant 13 ans. Alain Juppé a été ministre pendant 7 ans, député pendant 12 ans, maire de Bordeaux pendant 22 ans, président d’agglomération pendant 14 ans, député européen pendant près de 2 ans et adjoint au maire de Paris durant deux mandats.

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Alors que Macron passe en force pour nous faire travailler jusqu’à 64 ans et bien au-delà, ces révélations viennent nous rappeler quelle est l’institution à laquelle devraient s’en remettre les millions de travailleurs et de jeunes qui se sont mobilisés depuis plus de trois mois : « un modèle réduit de l’État bourgeois : un concentré de hauts fonctionnaires, de politiciens plus ou moins ouvertement fraudeurs, de magistrats, de capitalistes, qui ont tous fait les mêmes écoles, fréquenté les mêmes partis, travaillé dans les mêmes institutions » et dont la « carrière est faite autour de la défense de la classe dominante ».

De fait, si le Conseil se cache derrière des arguments formels pour rejeter la deuxième demande de RIP comme il l’a fait pour la première, sa décision ne peut que refléter la détermination de la classe dominante à nous faire travailler toujours plus pour nous faire payer la crise. De ce point de vue, comme nous l’écrivons, le RIP « n’a de référendum que le nom et ne constitue en aucun cas une issue pour la mobilisation ».

Pourtant, malgré les multiples démonstrations du caractère profondément anti-démocratique de la Vè République dans la dernière séquence, l’intersyndicale et de la gauche politique continuent de faire miroiter la possibilité d’une victoire par une stratégie de pression sur les institutions en appelant à se tourner de nouveau vers la décision du Conseil, puis vers l’Assemblée le 8 juin.

À rebours de cette logique, il faut tirer les bilans de la séquence : depuis l’utilisation du 49-3 ayant court-circuité la décision de l’assemblée nationale jusqu’au double rejet du RIP par le Conseil constitutionnel, en passant par l’expérience de la répression à échelle de masse, la colère se dirige non plus seulement contre la réforme des retraites, mais contre l’ensemble du régime et de ses représentants.

Pour l’emporter face à Macron, il n’y a rien à attendre du Conseil constitutionnel : il faut exiger son abolition tout comme celle du Sénat et, bien sûr, de la présidence de la République, institutions taillées par et pour la bourgeoisie contre les intérêts de la majorité de la population.

Tout ce que nous obtiendrons, nous l’arracherons par la lutte. Après l’enchaînement d’une dizaine de journées isolées qui ont montré l’étendue de la colère, et parce que l’intersyndicale nous condamne à nous lier au calendrier institutionnel, il faut s’organiser à la base dès maintenant. Pour mettre tous les Macron, Juppé et Fabius définitivement à la retraite !

Lire aussi : 6 juin : l’intersyndicale tente d’enterrer le mouvement sur fond de reprise du « dialogue social »


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