^

Politique

« Au boulot les feignasses ! »

Le 22 juin, retour à l’anormal dans l’éducation nationale

C'est l'une des principales annonces faites par Emmanuel Macron lors de son discours ce dimanche : les écoles et collèges réouvriront de manière « obligatoire » pour tous à partir du 22 juin. Une décision qui interroge à seulement deux semaines des vacances scolaires, et qui met encore davantage de pression sur des enseignants loin d'être épargnés par la Macronie depuis le début de la crise.

lundi 15 juin

« Dès demain en Hexagone comme en outre-mer, les crèches, les écoles, les collèges se préparent à accueillir à partir du 22 juin tous les élèves de manière obligatoire et selon les règles de présence normales. » Emmanuel Macron s’est montré clair lors de son allocution de dimanche soir : il a bien l’intention de renvoyer tout le monde en classe, alors que ces retours se faisaient sur la base du volontariat depuis le 11 mai.

Une reprise qui va donc nécessiter des aménagements au protocole sanitaire strict mis en place depuis un mois par les enseignants sur le terrain. Invité d’Europe 1 ce lundi matin, Jean-Michel Blanquer a livré des premières précisions : « L’allègement fondamental sera celui de la distanciation physique qui sera désormais moins contraignante. » La distance sera ainsi réduite à « un mètre latéral entre chaque élève », contre 4m2 par élève depuis un mois. Par ailleurs, la limitation à 15 élèves par classe, mise en vigueur par ce même protocole sanitaire, sera levée pour permettre à tous les élèves de revenir et de retrouver leurs classes bondées habituelles.

Pour les enseignants, ils vont devoir une nouvelle fois se débrouiller avec une ligne de conduite toujours aussi floue et face à la pression de leur hiérarchie. Toujours sur Europe 1, le ministre de l’Education s’est bien gardé de répondre à la question de la validité d’être une personne à risque pour justifier de l’absentéisme d’un professeur, affirmant simplement que ce seraient « les règles ordinaires » qui s’appliqueraient. Avant d’évoquer les besoins variables de chaque établissement en termes d’enseignement à distance, laissant imaginer que si besoin il y a, les professeurs à risque seront bien obligés de reprendre le chemin de la classe, au détriment de leur santé.

Un ministre à l’offensive contre les professeurs « décrocheurs »

L’annonce de cette reprise intervient après que Jean-Michel Blanquer ait fustigé les enseignants « décrocheurs ». Voilà bientôt deux semaines que les médias et le gouvernement se déchaînent sur les professeurs, tentant de leur recoller l’étiquette de feignasses. Ils appellent ainsi « décrocheurs » ceux qui à leurs yeux n’auraient pas assuré la continuité du service public et la sacro-sainte continuité pédagogique pendant la période de confinement. L’audace est grande de la part du ministre de l’éducation qui n’a pas équipé, formé ou assuré quoi que ce soit pour ladite continuité pédagogique et qui aujourd’hui tente de scinder le corps éducatif et plus largement l’opinion publique en grinchant et en construisant l’image du prof décrocheur.

« Comme dans chaque métier, vous avez une immense majorité de la corporation qui est remarquable, mais il y a bien sûr des personnes qui n’ont pas été à la hauteur », s’était exclamé le ministre, avant de menacer ces derniers de sanctions. Face à ces nouvelles attaques en règle, il apparaît toujours plus important pour les enseignants de se mobiliser ce mardi 16 juin aux côtés des soignants pour la défense d’un service public de qualité, que ce soit dans le domaine de la santé ou de l’éducation.




Mots-clés

Education nationale    /    « Sois prof et tais-toi »   /    Ecoles   /    Jean-Michel Blanquer   /    Collèges   /    Education   /    Politique