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Politique

Extrême-droite

Le FN au centre d’un nouveau groupe au parlement européen

Romain Baron Lors des dernières élections européennes, mises à part les exceptions grecque et espagnole, c’est l’extrême-droite qui avait été l’un des plus grands gagnants. Le soir du 25 mai 2014, Marine Le Pen avait ainsi clamé que le FN était devenu le « premier parti de France », arrivé en tête avec presque 25 % devant l’UMP et largement devant le PS. Mais, malgré ses tentatives, jusqu’ici la leader frontiste n’avait pas su convaincre au-delà de ses quatre alliés (Ligue du Nord italienne, le PVV aux Pays-Bas, le FPÖ autrichien et le Vlaams Belang belge) et réussir à créer un groupe europhobe autour d’elle au parlement européen de Bruxelles. C’est dorénavant chose faite.

mercredi 17 juin 2015

Des tribunes, des postes d’influence et un joli pactole à la clé

Le 16 juin 2015, Marine Le Pen a annoncé en conférence de presse avoir pu déposer une demande de constitution de groupe auprès de la présidence du Parlement européen. Comme elle l’a dévoilé, elle a finalement su recruter d’une part deux élus du parti polonais KNP. Le KNP est une coalition de la nouvelle droite polonaise, très proche du FN dès 2014, et devenu plus « légitime » depuis que Korwin-Mikke, qui s’était notamment illustré en 2013 en déclarant « très probable » que « l’Holocauste ait été organisé par Himmler sans qu’Hitler ne le sache », ait été évincé de sa présidence en début d’année). D’autre part, c’est l’élue britannique, Janice Atkinson, exclue du UKIP (Parti du Royaume Uni Indépendant) pour une affaire de corruption sévissant dans son équipe rapprochée, qui rejoint ce beau monde. L’UKIP, et son leader Nigel Farage, pourtant violemment nationalistes, anti-UE et xénophobes, avaient refusé de s’allier avec le FN en raison de son antisémitisme et de la figure de Jean-Marie Le Pen.

Avec ces trois eurodéputés supplémentaires, le FN dispose maintenant à la fois du nombre d’élus et des sept nationalités nécessaires. Ce groupe est baptisé « Europe des nations et des libertés », et compte 38 membres dont une majorité de Français étiquetés FN ou Rassemblement Bleu Marine. Marine Le Pen, qui sera donc la principale dirigeante du groupe, en assurera la présidence avec Marcel de Graaff, issu du Parti de la liberté (PVV) de son allié hollandais Geert Wilders ; lequel a déclaré champagne à la main que ce nouveau groupe était un « moment historique » au service de la « résistance européenne ». Ce qu’ils viennent de conquérir, c’est en effet la possibilité de présider des commissions, de déposer des amendements, d’avoir plus temps de parole lors des débats dans l’hémicycle, et surtout, de faire tomber dans l’escarcelle plusieurs dizaines de millions d’euros sous forme de subventions, indemnisations, salaires notamment pour les assistants parlementaires. Bref, toutes les conditions requises pour tisser un peu plus une toile dans la bureaucratie bruxelloise, diffuser plus haut et plus fort leurs idées racistes et antisociales, et peser sur les mécanismes « démocratiques » du parlement.

Côté hexagone, de l’eau supplémentaire au moulin de Valls et Hollande

L’absence d’ores et déjà annoncée de Jean-Marie Le Pen et de Bruno Gollnish dans le groupe consomme, d’autre part, la récente mise sur la touche de l’ex-président d’honneur, élément-clé de la stratégie de dédiabolisation que Marine Le Pen s’efforce de déployer dans l’hexagone depuis plusieurs années. Atkinson, ancienne de l’UKIP, a ainsi dit clairement rejoindre le groupe car Le Pen père n’en faisait pas partie. A n’en pas douter, c’est donc conjointement à l’échelle de l’UE et au sein de l’hexagone que de la constitution de ce groupe représente un véritable pas en avant du FN dans son enracinement institutionnel et sa légitimation.

Mais, à n’en pas douter non plus, le tandem Hollande-Valls ne manquera sûrement pas l’occasion de s’appuyer sur ce cap franchi pour poursuivre sa politique du pire. Tout en agitant encore plus fort le spectre de la menace lepéniste dans la perspective d’une énième version du « vote utile » en 2017 auprès de son électorat de 2012, il continuera à mener une politique antisociale et raciste légitimant chaque jour un peu plus les idées frontistes, en racolant sans état d’âme auprès de l’électorat de toute la droite, comme il l’a fait ces derniers jours en traitant les migrants, de Vintimille à la Chapelle, comme des sous-hommes tout en réprimant ceux qui luttent à leurs côtés

Ne confondons donc pas les effets et les causes : par-delà le combat vital des idées nauséabondes du parti frontiste, c’est lutter contre cette politique de Hollande et Valls marquée par une lepénisation accelérée qui seul permettra de faire obstacle en profondeur à l’avancée de l’extrême-droite en France, et contribuera à l’affaiblir et la stopper au plan européen.

17/06/15




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