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Politique

Une affaire et un lapsus ?

Le FN devant les tribunaux pour 9 millions. « Tout a été pris en main par l’Etat russe »

Alors que Marine Le Pen cherche des financements pour ses campagnes présidentielles et législatives de 2017, c'est une nouvelle qui tombe mal. En effet l’Agence d’assurance des dépôts bancaires russes réclame 9 millions d'euros au FN, pour rembourser sa créance contractée auprès de la First Czech-Russian Bank (FCRB), mise en faillite en 2016. Alors que la présidente du FN tente de décoller l'étiquette d'un parti asujetti au Kremlin, le trésorier du FN a fait un lapsus lourd de conséquence : « Tout a été pris en main par l’Etat russe, et il n’y a aucune raison que le contrat bouge. » Julian Vadis

jeudi 5 janvier 2017

Faillite et mise sous tutelle à l’origine de la procédure judiciaire

L’affaire avait fait grand bruit en novembre 2014. A l’époque, Médiapart avait révélé que la Russie avait été solicitée par le Front National afin de financer la campagne présidentielle de Marine Le Pen en 2012. Un prêt à 6% de taux d’intérêt justifié par les pontes frontistes par les refus « d’un grand nombre de banques françaises et de banques européennes ». Sauf qu’en avril 2015, la révélation de conversations de responsables du Kremlin donnait une toute autre version des faits. En effet, la validation de ces prêts bancaires relève du remerciement de la Russie envers Marine Le Pen, qui avait soutenu l’annexion de la Crimée par les forces militaires de Vladimir Poutine.

Un soutien politique donc, mais qui ne résiste visiblement pas aux affres de la crise. En effet, la First Czech-Russian Bank (FCRB), l’établissement qui a octroyé son prêt au FN, a fait faillite à la mi-2016. Dès lors, l’Agence d’assurance des dépôts bancaires russes (ASV) a récupéré la gestion de cette créance. C’est ainsi que le 26 décembre, cette dernière a lancé une procédure judiciaire pour obtenir le remboursement des 9 millions d’euros prêtés au Front National. En un mot, le parti d’extrême droite devra rembourser sa dette d’un seul bloc en septembre 2019. Une affaire qui tombe mal pour Marine Le Pen, remettant sur le devant de la scène cette affaire de gros sous en forme de soutien politique et qui est, actuellement, en quête de financements pour les élections présidentielles et législatives de 2017. En réponse au Canard Enchainé, le FN avait d’ailleurs récemment démenti chercher en Russie de nouveaux financements à hauteur de 27 millions d’euros, craignant de relancer les accusations d’assujettissement envers le Kremlin. Ce mardi sur RMC, Marine Le Pen a reconnu qu’il manquait 6 millions d’euros à son budget de campagne (qui s’éléverait au total à 12 millions d’euros). Dans ce cadre, n’importe quelle banque fera l’affaire. Ou quand le FN révèle son internationalisme financier.

« Tout a été pris en main par l’État russe ». Lapsus révélateur ?


Intérogé par Le Monde ce mercredi, et affirmant ne pas avoir eu vent de cette procédure judiciaire, Wallerand de Saint Just, trésorier du FN, a déclaré : « il y a des problèmes juridiques là-bas, c’est de la cuisine. Mais tout a été pris en main par l’Etat russe, et il n’y a aucune raison que le contrat bouge. » Une déclaration en forme de bourde qui non seulement invalide les justifications du Front National sur le financement de la campagne de 2012, mais confirme l’hypothèse du remerciement du Kremlin suite aux positions de Marine Le Pen sur la question de la Crimée. Alors que cette dernière veut marquer son indépendance envers la Russie, ce lapsus tombe mal. Il est d’ailleurs mentionné sur Le Monde qu’à la suite de la publication de l’article, « M. de Saint Just a précisé […] qu’il ne voulait pas parler de « l’État russe », mais de la « Banque centrale de Russie » ». Une modification qui renforce l’idée d’un lapsus révélateur.

A quelques mois des présidentielles, cette affaire dénote avec l’image « anti-système » que cultive Marine Le Pen à grands coups de déclarations populistes alors que les magouilles financières sont légion au sein du parti d’extrême droite. Et pour cause, le FN n’est qu’une variante nationaliste et patriote de la défense des intérêts des classes dominantes françaises. Loin de remettre en cause ce système. Loin des intérêts des travailleurs.




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