^

Politique

Trêve de bavardage

Le Grand Débat, l’enfumage qui ne convainc pas les gilets jaunes

Annoncé depuis décembre pour tenter de canaliser la crise historique qu’a ouvert l’entrée en masse sur le devant de la scène des gilets jaunes, le Grand Débat semble bien loin de convaincre les gilets jaunes.

mardi 22 janvier

Photo de Serge D’Ignazio

Le Grand débat ou l’impasse du gouvernement

De samedi en samedi, la mobilisation des Gilets Jaunes bat des records de participation, mettant le président des patrons en déroute, l’acte X en témoigne. C’est par le Grand Débat que ce dernier faisait le pari de reprendre la main, quand l’escalade répressive n’a pas eu l’effet escompté et que c’est, au contraire, à une radicalisation du mouvement qu’il doit faire face. Un tour de passe-passe d’autant plus difficile que la plupart des gilets jaunes sont intransigeants quant au fait de ne pas envoyer de représentants négocier avec le gouvernement : « sans tête, pas de risque qu’on nous la coupe ».

Cette tentative d’institutionnalisation de la colère qui gronde dans tout le pays est à la fois un moyen d’essayer de diviser le mouvement entre ceux qui accepteraient une nouvelle forme du « dialogue social », unilatérale, et ceux qui ne croient plus aux négociations, mais c’est aussi une manière de faire passer les gilets jaunes comme réfractaires à cette récupération par Macron pour une minorité, exclue de ce cadre de débat.

La tentative même de récupérer le mouvement et de le recadrer sur ces institutions – avec la tentative de réhabiliter les corps intermédiaires locaux – n’a pas eu l’effet escompté. La préparation tout à fait opaque et le contenu même du grand débat n’a cessé de révolter les gilets jaunes. Débats orientés, questionnaires à sens unique, maires désignés par en haut… Autant de facteurs qui ne font que démasquer cette supercherie.

Un débat sans les intéressés ?

Si le grand débat s’achève en mars, il semble bien mal parti. Au-delà des réactions sur les réseaux de gilets jaunes, où ils sont nombreux à prôner un boycott pur et simple du cadre, des sondages – à prendre pour ce qu’ils sont – révèlent le peu d’enthousiasme autour de ce débat. si BFM titrait le 15 janvier que « 40 % des Français veulent participer au grand débat » d’un côté, de l’autre 45 % ne comptent pas y prendre part, une estimation qui atteignait les 52 % selon un sondage Opinion Way le 14.

S’il n’est pas possible d’avoir une vision précise des participants, il semble en tout cas que les gilets jaunes aient choisi en très grande partie de ne pas participer à ces débats. Dans un article, Libération se focalise sur 4 villes différentes, où il n’y a parmi les participants que très peu de gilets jaunes, mais où des macronistes sont par exemple de la partie. Dans d’autres régions, ce sont des contre-grands débats qui sont organisés via des plateformes gérées par des gilets jaunes.

Avec le grand débat, le gouvernement cherche clairement à mettre le mouvement en minorité vis-à-vis de ses soutiens pour poser celui-ci comme illégitime, espérant que la pression à la « légitimité » devienne réel pour pousser le mouvement à participer à cette mascarade.

Au contraire, il faut réaffirmer toute la légitimité des cadres des gilets jaunes eux-mêmes, et de leurs propres revendications. C’est bien en organisant notre propre débat que nous pourrons faire plier le gouvernement, en construisant des cadres où ce sont les personnes concernées, qui veulent se faire entendre, qui réfléchissent et décident de leur propre programme et de leurs propres modes d’action. Faisons bien comprendre à Macron que le grand patronat et autres politiciens ne sont en rien légitimes à participer aux débats de « ceux d’en bas », qui luttent.




Mots-clés

Grand Débat   /    Gilets jaunes   /    Emmanuel Macron   /    Politique