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Du Pain et des Roses

Lutte contre l'homophobie

Le Paris Foot Gay n’est plus

Le Paris Foot Gay s’arrête après 12 ans d’existence. Le manque de résultats et de soutien, surtout sous les gouvernements de la présidence d’Hollande, ont démoralisé les militants, dont beaucoup ont démissionné en 2013, qui ont décidé ne plus continuer à faire vivre l’association qui lutte contre l’homophobie dans le football. Et pour cause : selon une étude qu’ils ont menée en 2013, 41 % des footballeurs sont hostiles à l’homosexualité, et les paroles homophobes de certains présidents de club, comme Louis Nicollin, ainsi que certains slogans homophobes scandés en tribune, même très récemment, prouvent que ce n’est pas prêt de changer.

jeudi 1er octobre 2015

John Strempe

Une association anti-homophobie dans le football

Le Paris Football Gay, créé en 2003 pour lutter principalement contre l’homophobie dans le football, mais aussi contre le racisme et le sexisme, était un club de football loisir de la région parisienne. Les militants ont tenté plusieurs actions afin de faire prendre conscience de la réalité de l’homophobie dans le football. Ils ont rédigé une charte qu’ils ont soumis à Rama Yade en 2010 mais qui n’a été que très peu relayée, avec seulement 9 signataires sur les 40 clubs de football professionnel en France. Cette charte en six points préconisait notamment de «  Prendre en compte et reconnaître de manière explicite l’homophobie en tant que discrimination  », de « Dénoncer et prendre les sanctions adéquates contre toute attitude homophobe  » et de « Recenser les actes d’homophobie et en référer régulièrement au ministère chargé des sports […] afin de constater l’évolution des comportements dans le sport et d’ajuster les actions à entreprendre. »

Ils ont aussi commandé une enquête auprès des footballeurs professionnels en 2012 dont les résultats sont édifiants mais guère étonnants : 70 % des footballeurs estiment que c’est un sujet tabou, « 41 % des pros expriment des opinions hostiles aux personnes homosexuelles », et pire, 15 % souhaitent, s’il y a un homosexuel dans le club, qu’il quitte le club. Autre action notable, une résolution pour lutter contre l’homophobie a été votée au parlement par le gouvernement socialiste mais aucune action concrète n’a suivi le vote, reflet de l’indifférence criante des institutions sur la question qui est à l’origine de la fin de l’association. Le PFG avait lancé cette résolution suite à la trop grande inertie qui règne autour de cette question dans le football français. « Nous attendons, entre autres, des dirigeants des instances sportives qu’ils prennent publiquement position, comme cela s’est fait ailleurs en Europe, pour marquer leur soutien à tout sportif qui déciderait de faire son coming-out en France.  »

Une stratégie centrée sur l’interpellation des institutions qui prouve ses limites dans la lutte contre les oppressions

Dans les instances du football, les soutiens ont été peu nombreux. D’après le communiqué de l’arrêt du Paris Football Gay, seul le Paris-Saint-Germain a œuvré, depuis 2004, aux côtés du club amateur, suite à des banderoles homophobes visant deux joueurs du PSG partis rejoindre l’OM. De même, peu de réactions des clubs face aux dérives homophobes du milieu footballistique, professionnel ou amateur, de la part des dirigeants autant que des supporters. On a l’exemple de l’OGC Nice qui n’a pas réagi outre mesure aux slogans homophobes de la tribune, peu de temps après avoir signé la charte contre l’homophobie, alors que cette charte engageait les clubs à avoir une véritable politique (comme des sanctions) envers ce genre de comportement dans leur stade. Le club lui-même s’était vu refuser, en 2009, un match par le club de Créteil Bebel, le Président du club prétextant la religion qui ne reconnaît pas l’homosexualité. Récemment, lors du match OM-OL, des chants homophobes ont été lancés par une partie des supporters marseillais contre Mathieu Valbuena, qui a quitté le premier club en juin 2014 pour rejoindre le second club en août 2015, une saison plus tard. Sans aucune réaction, encore, de la part du club ou des institutions, ce qui attriste le PFG qui déclare que « C’est au moment où nous nous mettons hors jeu qu’une énième affaire “d’homophobie ordinaire marseillaise” éclate. Toute une tribune éructe des chants homophobes à l’encontre de Mathieu Valbuena, comme cela existe depuis des années sans que vous, qui en avez pourtant le pouvoir, n’en “Thiriez” les conséquences », avec une référence à Frédéric Thiriez, Président de la Ligue de Football Professionnelle. Louis Nicollin, président du club de football de Montpellier, c’était quant à lui illustré en traitant un joueur de « petite tarlouze ». Il avait par la suite participé à une vidéo de l’association tournant ce même terme en dérision. Un peu douteux.

C’est ce manque d’investissement qui sera à l’origine de la crise interne du PFG en 2013. Beaucoup de membres partiront car le fonctionnement et la gestion de l’association ne conviennent plus, et créeront les « Panamboyz United » qui se lanceront dans des actions plus consensuelles, comme le port de lacet arc-en-ciel lors d’une journée de championnat d’octobre 2014, en lien avec la LFP. La réaction de Pascal Brethes, fondateur du PFG, n’attendra pas : «  Les lacets arc-en-ciel ne suffisent bien entendu pas à lutter contre l’homophobie. Et puis la Ligue a bien pris soin de préciser qu’il s’agissait d’une action contre toutes les discriminations et pas spécifique à la lutte contre l’homophobie. À mon sens, il s’agit d’une vaste fumisterie. Nous avions réalisé des choses bien plus solides. »

À partir de là le PFG ne comptera plus que 5 membres vraiment impliqués, et son arrêt deux ans plus tard n’est donc finalement pas une surprise, alors que ses efforts n’ont pas réussi à changer les mentalités.

En réalité, le football n’est qu’un reflet et un vecteur de l’idéologie dominante de cette société. La compétition qui s’y joue, revendiquée dans le sport en général, participe à une pression viriliste pour devenir « le plus fort », incarnée par des insultes homophobes et sexistes qui cherchent à imposer les normes de genre de cette société. Il est donc illusoire de penser que les grands clubs, qui vivent de la marchandisation du sport et de la compétition à outrance, puissent chercher à transformer cet état de fait.

Les membres du PFG entendent aujourd’hui se battre de manière différente et ainsi « retrouver [leur] entière liberté de parole sans être obligés de composer en permanence avec les désirs de soi-disant partenaires ». Ils comptent désormais se servir plutôt des « moyens de communication actuels afin de faire entendre [leurs] humeurs ». Leur tentative de batailler au travers des institutions est donc un échec, et ce n’est pas une surprise. Comment croire que le gouvernement de Hollande allait écouter leur demande, alors que celui-ci n’a fait que plier devant l’extrême droite, reculant sur la question de la PMA, niant les droits des trans ? L’expérience de PFG s’arrête donc là, mais le combat n’est pas terminé : espérons que les prochaines fois, c’est en nos propres forces, et non dans l’interpellation aux gouvernants prétendument progressistes, que le football ira puiser les moyens pour en finir avec les oppressions. Il y a quelque temps, il l’a prouvé lorsque des supporters ont soutenu l’accueil des migrant-e-s en Allemagne : c’est de cette tradition-là qu’il va falloir s’inspirer !