^

Politique

Université d’été du PG à Toulouse

Le Parti de Gauche à l’heure grecque. L’impossible justification

Quand on a soutenu de façon inconditionnelle Tsipras jusqu'à l'accord du 13 juillet et qu'on a véhiculé tant d'illusions autour de Syriza, il semble difficile de justifier la ligne qu'on a tenue en regardant la situation grecque aujourd'hui. Et pourtant, au cours de son Université d'été qui s’est tenue le week-end dernier à Toulouse, le Parti de Gauche a réussi, non sans quelques contorsions, à ne tirer aucun bilan critique de l’expérience du gouvernement Syriza. Mieux encore, changeant de cheval comme d’autres changent de chemise, la direction du PG est passée à l’éloge d’Unité Populaire, la nouvelle formation issue de l’ancienne Plateforme de Gauche, avec Stathis Kouvélakis en invité spécial. Plusieurs ateliers-débats, laissant en réalité peu de place aux débats, ont été organisés au cours de cette Université d’été marquée par une fréquentation assez faible, avec environ 350 inscrits. Avis Cunningham et Gaëtan Gorritxo, correspondance de Toulouse

lundi 31 août 2015

Rompre avec l’euro. L’accord Coquerel-Kouvélakis

Un premier atelier, centré sur la perspective d’un « Sommet international du plan B », rassemblait à la tribune Eric Coquerel, coordinateur général du PG, Stathis Kouvelakis, ex-membre de la Plateforme de Gauche de Syriza et actuellement à la direction d’Unité Populaire, ainsi que Luka Mesec, de la Gauche Unie slovène. C’est Coquerel qui a introduit, ratifiant ses positions déjà exprimées cet été, après l’accord avec la Troïka. Pour lui, Tsipras a réalisé un « sans faute » jusqu’à son « échec » du 13 juillet. En effet, c’est le rapport de force à l’échelle européenne qui aurait fait défaut au premier ministre grec, ne permettant pas une meilleure résistance. Il faudrait donc se réjouir de l’expérience Tsipras, du moins dans sa première phase, que Coquerel a définie comme un « temps long pédagogique ». Grâce à Tsipras, les masses ont pu faire l’expérience du caractère réactionnaire de l’UE.

Kouvelakis, lui, a parlé en des termes plus durs du premier ministre grec. Le premier recul stratégique daterait de l’accord du 20 février, qui « portait en germe la capitulation du 13 juillet ». Malgré ces différences, les deux intervenants étaient néanmoins d’accord sur l’essentiel : l’expérience grecque prouverait que l’euro est irréformable. Le Plan A, à savoir négocier dans le cadre des institutions face à la Troïka, a conduit à un échec. Pour Eric Coquerel comme pour Kouvelakis, Tsipras aurait dû avoir un plan B, incluant des mesures unilatérales ainsi qu’une « sortie ordonnée » (à la différence d’une sortie imposée par Berlin, par exemple) de l’eurozone. Ce plan B est au cœur du projet de « Contre-sommet internationaliste du Plan B ».

Pour Coquerel, l’internationalisme en question serait une alliance entre les différents pays européens qui refusent « l’ordo-libéralisme imposé par l’Allemagne », quitte à sortir de la zone euro. C’est ce qui permettrait de mettre fin à l’austérité en Europe. L’échec de Syriza serait donc avant tout imputable à son isolement géopolitique. Une réflexion autour d’un Plan B pour les forces de « l’autre gauche » devrait permettre de créer un rapport de force favorable. D’où l’absence de critique à l’égard de Tsipras.

Tout aurait changé, selon Coquerel, si, en France, le Front de Gauche avait été au pouvoir, ou Podemos dans l’Etat espagnol. Comment rompre, alors, cet isolement ? En tissant des alliances avec la Russie, la Chine, la Turquie, les BRICS ? Bien que Luka Mesec l’ait interrogé à ce sujet, Kouvélakis est resté flou sur ces questions pourtant centrales, de même que dans sa dernière interview à L’Humanité.

En fin d’atelier, Coquerel s’est vu contraint d’être un peu plus critique à l’égard de Tsipras devant un auditoire applaudissant Kouvélakis à tout rompre. Ce dernier a, par ailleurs, annoncé que Zoé Kostantopoulou, l’ancienne présidente de la Vouli, le parlement grec, opposée à Tsipras sur la question du Troisième mémorandum, s’apprêtait à rejoindre Unité Populaire. Compenser une certaine faiblesse d’implantation dans le monde du travail et la jeunesse par l’arrivée dans la nouvelle formation de personnalités connues de la vie politique grecque, mais qui n’ont jamais défendu que des positions réformistes, voilà qui en dit long sur les objectifs et la stratégie d’Unité Populaire.

Au niveau stratégique, le « Plan B » a été résumé par Kouvélakis. Dans le cadre de l’euro, point de « marge de manœuvre ». D’où la nécessité de rompre avec le « diktat » de l’Eurogroupe, pour réassurer le contrôle d’une politique monétaire et fiscale. De gauche un tel positionnement ? Oui, selon Kouvélakis, car le consensus pro-euro au sein de la bourgeoisie grecque serait tellement développé que la revendication de la sortie de la zone euro donnerait automatiquement un contenu anticapitaliste à la mesure.

En Argentine, en 2001-2002, qui sert de modèle, tant à Kouvélakis qu’à l’économiste en chef du Plan B, Costas Lapavitsas, la rupture avec le modèle de parité dollar-peso (qui sert d’analogie pour évoquer la rupture avec l’eurozone) a tout donné sauf une rupture anticapitaliste : retour des investissements, hausse des exportations, pour le plus grand bénéfice d’une fraction de la bourgeoisie, et ce dans le cadre d’une reconstruction des principaux paradigmes de gouvernabilité, sous la houlette de Kirchner, après la crise sociale et politique sans précédent de décembre 2001. Pour les travailleurs et la jeunesse en revanche ? La dévaluation, des salaires réduits de moitié et, après le « rebond » économique, la précarité et le travail au noir.

Durand-Kouvélakis. A nouveau sur l’Argentine

L’atelier suivant abordait, précisément, la question de la sortie de l’euro. Il présentait, en quelque sorte, les fondements économiques de la première discussion, notamment à travers les interventions de Cédric Durand, l’économiste du PG, et, encore une fois, de Kouvélakis. La discussion a été principalement technique, sur les mesures à prendre. La sortie de l’euro ? Une manière d’exploser le cadre austéritaire de l’UE et de reconstruire une économie nationale, le PG insistant sur la question de la « souveraineté monétaire ». Pour ce qui est de la dévaluation, Durand revendiquait, lui aussi, l’exemple argentin de 2001. Comme pour Kouvélakis, la sortie de l’euro serait une « condition nécessaire » pour poursuivre la lutte.

Cette vision d’un processus de rupture par étapes successives qui serait une « révolution », Kouvélakis a tenté de la justifier en polémiquant avec l’idée de « révolution mondiale, partout en même temps », attribuée à l’auteur d’Empire, Toni Negri, un temps référence phare du mouvement altermondialiste.

A y regarder de plus près, la théorie étapiste de Kouvélakis est présentée comme une « sortie de gauche » de l’euro, un « Lexit » « ordonné », opposé au « Grexit » forcé, pour reprendre le terme de Frédéric Lordon, cité à plusieurs reprises. Mais pourquoi des fractions de la bourgeoisie grecque ou nationale n’y trouveraient pas leur compte ? Encore une fois, l’exemple argentin est parlant. Choisir entre l’austérité ou une dévaluation assortie d’une sortie de la zone euro n’est pas une alternative pour le monde du travail, la jeunesse et les classes populaires en général.

De ce point de vue, d’ailleurs, dans ces ateliers où les « perspectives » et les « solutions » étaient présentées avant tout comme des « leviers technico-institutionnels », la force sociale capable de battre réellement en brèche, par sa mobilisation et son auto-organisation, l’austérité, était somme toute invisibilisée. Quelques références aux « travailleurs » et à la « classe ouvrière », mais rien d’autre.

Le PG n’a eu aucun problème à soutenir un gouvernement de conciliation de classes avec la droite xénophobe Syriza-Anel. Il s’agissait, déjà, de « Realpolitik ». Par « Realpolitik », Tsipras a fait le bon choix jusqu’au 13 juillet selon Coquerel. C’est encore par « Realpolitik » que le PG réitère sa confiance dans un Syriza bis, à savoir Unité Populaire. Une université d’été du parti de Jean-Luc Mélenchon à l’heure grecque, donc. Mais sans en tirer aucune leçon.




Mots-clés

Politique