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Politique

Populisme hypocrite

Le Pen : fausse défense des retraités, vraie attaque contre les migrants

Depuis le début de sa séquence « migrants contre retraités » lancée en février dernier, Marine Le Pen cultive son axe populiste : jouer la carte de la pseudo défense des retraités et défoncer chaque jour un peu plus les migrants. Les attaques de Macron / Delevoye contre les retraites sont autant d’eau apportée à son moulin…sur fond de colère sociale.

jeudi 19 septembre

Un discours qui fait mine de soutenir les revendications

Les travailleurs sont vent-debout contre la réforme des retraites concoctée par Macron/Delevoye. La récente grève de la RATP qui bat des records de mobilisation, les manifestations qui se préparent dans de multiples secteurs publics et privés, sont autant de raisons qui poussent Marine Le Pen à surenchérir pour faire « peuple » et préparer les futures élections, municipales d’abord, puis présidentielles. Le tout dans un contexte où depuis les élections européennes et l’acte II du quinquennat, Macron et Le Pen font tout pour rester dans un duel exclusif, aidés par l’incapacité de la gauche et de La France Insoumise à offrir des débouchés politiques à la colère sociale.

Face à Bourdin sur BFMTV, mardi 17 octobre, elle a attaqué le projet de Macron en dénonçant le fait que « cette réforme des retraites va entraîner une baisse massive des pensions de retraite. » et en proclamant que la retraite à 60 ans et 40 annuités c’est « défendable ». Elle s’est toutefois empressée de préciser que ça ne serait possible qu’à condition de relancer l’emploi, la natalité et de faire la guerre à un certaines nombre de dépenses…

Il faut rappeler qu’en 2017, lors de sa campagne pour les présidentielles, elle avait déjà mis en avant, dans ses « 10 mesures immédiates » l’âge légal de départ à 60 ans avec 40 annuités de cotisations. Mais à la question d’un journaliste qui lui demandait : « La retraite à 60 ans sera-t-elle effective en 2018 si vous êtes élue ? », elle avait botté en touche et reporté la probabilité de mise en place à la fin du quinquennat en la subordonnant à un recul du chômage de 3 points.

En janvier 2015, elle avait déjà joué le même scénario. Sur Europe 1 elle avait déclaré « moi je pense que la retraite à 60 ans est viable sur le plan économique, lorsque nous aurons fait toutes les économies nécessaires sur les gabegies de l’Etat ».

Retour à la stratégie retraités contre migrants

A propos de ces dépenses superflues qu’il faudrait éliminer si on voulait protéger les pensions des retraités français, elle n’a pas honte de choisir l’exemple qu’elle juge le plus illustratif : ces « milliards » que l’on consacre de manière exorbitante aux « soi-disant mineurs isolés ».

La haine raciste anti-migrants ressurgit, et sa défense des retraités apparaît pour ce qu’elle est, la couverture démagogique d’un programme d’extrême-droite. La patronne du RN qui vise à supplanter Macron et LREM dans les prochaines échéances électorales, saisit toutes les occasions de mettre en avant ses deux tactiques clés, alternant ou conjuguant démagogie populiste et incitation à la xénophobie.

L’entretien avec Bourdin est un nouvel avatar de la séquence entreprise dans le nord, en février dernier, où elle avait affirmé « qu’un retraité modeste est moins bien traité qu’un migrant fraîchement débarqué ». Face au tollé général, et prise en flagrant délit de mensonge démagogique, elle avait persisté et signé.
Aujourd’hui, face à Bourdin, elle saisit à nouveau l’occasion de tenter de retourner la légitime colère des travailleurs dont les retraites sont menacées, contre les migrants.

Mais au fait c’est quoi la position du RN en matière de retraites ?

Sur le fond, la position du RN en matière de retraites, malgré les effets d’annonce de sa présidente en période pré-électorale, est un savant cocktail dont le dosage n’est pas toujours aisé à maintenir. C’est l’un des exemples les plus sensibles de la nécessité qu’il y a, pour un parti populiste d’extrême-droite, de préserver les intérêts capitalistes tout en pratiquant la démagogie. Position désormais d’autant plus délicate que le capitalisme ultra libéral laisse de moins en moins de marges de manœuvre.

Sur la question des retraites, les positions du FN-RN n’ont pratiquement pas varié durant la dernière décennie. Si, par exemple, Marine le Pen fait, dans son interview, allusion à la croissance de la natalité, c’est en relation avec un axe politique traditionnel de son parti qui vise à ce que les femmes restent le plus possible à la maison, donc sans retraite. En ce qui concerne l’âge de la retraite, jusqu’à présent le FN-RN s’était gardé de parler de l’âge de la retraite lui préférant le chiffre de 40 annuités. Le Pen, dans son entretien avec Bourdin ne s’insurge d’ailleurs que contre un possible départ à 66, 67 ou plus … compatible avec le rapport Delevoye qui ne préconisait qu’un recul de l’âge pivot à 64 ans. Par ailleurs, Marine Le Pen défend régulièrement le système de retraite par capitalisation plutôt que par répartition. Quant aux régimes spéciaux, le FN-RN a toujours été pour leur disparition.

C’est donc le minimum démagogique requis que Marine Le Pen met en avant en déclarant « défendables » les 60 ans et 40 annuités de cotisations, avec toutes les réserves qui accompagnent sa déclaration ; elle tente surtout de surfer sur la colère populaire légitime contre le projet de réforme des retraites pour déballer sa rhétorique xénophobe.

Crédit photo : Gonzalo Fuentes / Reuters.




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