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Politique

B comme François Barouin ?

Le Plan Juppé tombe à l’eau. Vers un ticket Fillon-Baroin ?

Comme un coup de force. C'est ainsi qu'on pourrait qualifier la manifestation de dimanche organisée par Fillon au Trocadéro pour imposer dans son propre camp le maintien de sa candidature. En mobilisant le peuple de droite le plus radicalisé, les ultras, l'ex-premier ministre de Sarkozy entendait durcir le rapport de force à l'intérieur des Républicains, face aux désistements de nombreux pontes du parti suite à l’annonce de sa future mise en examen. Malgré l'abandon définitif lundi dernier de l'alternative Juppé, François Fillon n'est pas encore tout à fait de nouveau maître à bord. Pour gérer la situation de crise au sein du parti, il va devoir faire des concessions pour « rassembler » en l’absence de plan B, et notamment pour satisfaire Sarkozy. Un ticket Fillon-Baroin est en train de se dessiner, ce dernier occuperait le poste de premier ministre. Boris Lefebvre

mardi 7 mars 2017

Déjà en difficulté dans la période post-primaire de la droite, les affaires de Fillon, à commencer par le Penelopegate, ont mis à mal les promesses de probité sur lesquelles il s’est forgé un profil. La mise en examen a été le coup de trop. Les nombreuses défections qui ont eu lieu dans son équipe de campagne depuis l’annonce de sa mise en examen en témoignent : entre le départ de Patrick Stefanini, directeur de campagne de François Fillon, de son mouvement de jeunesse "les jeunes avec Fillon", et de plusieurs ténors des Républicains, le candidat plébiscité lors des primaires de novembre a approfondi la crise majeure qui couvait déjà dans le camp de la droite. Le départ, la semaine dernière, de l’UDI en témoigne aussi. L’alliance de la droite et du centre ne pouvait continuer.

Début d’incendie à l’UDI

Pourtant, la manifestation de dimanche dernier, organisée en 4 jours au Trocadéro à Paris, et une apparition au JT de France 2 ont partiellement remis en selle François Fillon. Après le troisième abandon d’un recours à Alain Juppé comme sauveur de la campagne à droite, le centre lui aussi entre dans la tourmente. Entre ceux qui se déchirent et ceux qui, soutenant Juppé, se désolidarisent de Fillon, d’autres voudraient recomposer une alliance de circonstance avec le candidat désormais assuré des Républicains. Une partie des centristes, à commencer par Jean-Louis Borloo, plaident pour un désengagement de la campagne Fillon dans la lignée des déclarations de Jean-Christophe Lagarde, qui suspendait la participation de la formation du centre à la campagne de la droite. Mais une autre tendance dans le centre, rassemblée autour de Hervé Morin, entend apporter son soutien à Fillon en échange du maintien de l’accord sur les législatives qui concéderait « 68 circonscriptions gagnables » aux centristes. Les tensions sont donc vives au centre, et les inquiétudes d’explosion de l’UDI sont palpables.

Fillon doit recoller les morceaux

Toutefois, la crise n’est pas limitée au centre. L’incendie a, certes, cessé de se propager depuis dimanche mais les braises sont encore fumantes. Fillon doit lui aussi recomposer ses forces et retrouver une légitimité en interne chez les Républicains. Après une réunion du Comité Politique des Républicains qui lui a cette fois-ci accordé son soutien unanime, Fillon doit refaire l’unité mise à mal par toutes les droites. Dans cette optique, Sarkozy joue un rôle majeur dans le maintien de l’unité du parti : une alliance Fillon-Sarkozy est l’unique planche de salut pour le candidat vainqueur des primaires. Un tel rapprochement est d’ailleurs en train de se concrétiser, avec la mise sur le devant de la scène du sénateur maire de Troyes, ex-ministre à Bercy et président de l’Association des maires de France, François Baroin.

Le Plan B comme Baroin

Fidèle sarkozyste et figure reconnue de la droite, François Baroin apparaît comme un élément clé des tractations mises en œuvre ces derniers jours pour trouver une issue favorable aux turbulences que connaît la campagne de François Fillon. Avec ses importantes fonctions passées et présentes, et la confiance que lui accordent les sarkozystes, Baroin apparaît comme la moins pire des solutions pour circonscrire l’incendie. Présent au rassemblement de dimanche dernier, proche de Fillon dans les meetings, le sénateur-maire de Troyes est pressenti pour former un ticket avec Fillon et être premier ministre en cas de victoire au second tour. Ce rapprochement entérine une recomposition à droite qui table sur la figure consensuelle de Baroin pour allier fillonistes et sarkozystes et enterrer définitivement l’option incarnée par Juppé. La fuite des électeurs de droite vers le FN, comme menace affichée par Fillon au travers de la radicalisation de son électorat, est donc pour l’instant contenue. Cette alliance a aussi pour fonction de redorer le blason du candidat qui arrive désormais en troisième position dans les intentions de vote et qui apparaît comme fragilisé par ses affaires et sa mise en examen. De nombreuses rumeurs présentent également Baroin comme potentiel chef de l’équipe de combat chargée de relancer la campagne moribonde de Fillon.

Ces recompositions et alliances traduisent surtout la situation de crise profonde chez les Républicains. L’incendie est stoppé mais le retour de flamme pourrait bien être rapide, le FN étant clairement en embuscade pour profiter de la situation.




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