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Notre classe

Offensive anti droit de grève

Le Sénat adopte une proposition de loi pour réquisitionner des grévistes des transports

L’offensive anti droit de grève est en marche… L’Assemblée Nationale doit encore se prononcer sur la proposition de loi de Bruno Retailleau (LR) imposant un « service minimum » dans les transports en cas de grève, mais le Sénat vient de l’adopter.

jeudi 6 février

En novembre, avant même le début du mouvement de grève contre la réforme des retraites, le sénateur Bruno Retailleau (LR) annonçait fièrement au JDD son intention de déposer un projet de loi prévoyant de réquisitionner le personnel gréviste dans le cas où un mouvement social serait trop massif et perturberait trop les rotations de transports. Avançant l’argument classique de la “prise d’otage” des usagers par les grévistes, il veut purement et simplement limiter le droit de grève.

Et bien ce texte vient d’être adopté par le Sénat. Si rien n’est joué, car il doit encore être soumis au vote à l’Assemblée Nationale, cette offensive anti droit de grève est significative : après la mobilisation historique dans les transports, rien ne fait plus peur aux classes dominantes qu’une grève massive dans un secteur clé, véritable uppercut porté à leurs profits. L’offensive n’est pas nouvelle ; la loi de 2007, votée sous Sarkozy, impose déjà aux salariés des transports d’indiquer leur intention de faire grève 48h à l’avance, au motif d’assurer “la continuité du service public”. En réalité elle permet avant tout aux collectivités locales et à l’entreprise de réorganiser les modes de transports afin que la grève ait le moins d’impact possible.

Ainsi, à l’heure actuelle, ces préavis servent à la RATP à négocier et proposer aux voyageurs des solutions auprès de ses partenaires privés, comme des codes promotionnels pour différents services de VTC ou de vélos, afin de casser la grève. Elle laisse également la possibilité aux autorités organisatrices des transports de faire pression sur les syndicats afin d’assurer un service minimum aux heures de pointe.

Mais ce n’est pas assez pour eux ! Le projet de loi adopté mardi prévoit non seulement de fixer un “service minimum”, mais aussi de réquisitionner les grévistes si ce minimum n’est pas atteint. De plus, les entreprises de transports pourraient imposer aux grévistes de faire grève du début à la fin de leur service, évitant ainsi les grèves de 59 minutes, qui permet aux grévistes de perturber le trafic sans perdre autant de salaire.

Et bien que cette proposition émane des Républicains, elle arrange bien le gouvernement. Jean-Baptiste Djebbari, le secrétaire d’État aux transports, s’est empressé d’annoncer le lancement d’une “mission” sur le sujet. L’occasion est trop belle…

L’idée par essence de la grève étant bien de générer des perturbations majeures pour mettre en place un rapport de force à même de faire reculer le gouvernement sur sa contre-réforme. Or limiter ces perturbations par la réquisition du personnel roulant signerait tout bonnement une attaque centrale au droit de grève. Aujourd’hui les transports ; mais demain, quel secteur sera considéré comme trop “essentiel” pour mériter un droit de grève ? Priver les travailleurs du droit de grève, c’est les priver de tout moyen de pression économique, la seule arme dont ils disposent dans un système capitaliste contrôlé par la bourgeoisie.

Derrière les arguments devenus lassants du droit de travailler et de prétendus avantages aux usagers, voilà ce qui se cache derrière cette idée de “service minimum” imposé dans les transport : la répression des travailleurs et la casse du droit de grève. Une attaque de plus contre les travailleurs et leurs modes d’actions, campagne incarnée aujourd’hui par LR, mais également menée main dans la main par le gouvernement et la direction de la RATP qui, après avoir réprimé violemment les piquets en décembre, cherche tous les moyens possible pour casser le mouvement qui a soudé les grévistes et étouffer toute contestation future.




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