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Politique

Islamophobie d'État

Le Sénat vote la loi séparatisme : organisons la riposte dans la rue !

Ce lundi, le Sénat votait le projet de loi islamophobe sur les « séparatismes », comprenant de nombreux amendements attaquant explicitement les musulmans ou présumés comme tels, en particulier les femmes voilées. Une attaque islamophobe d'ampleur, dans un contexte où les actes d'islamophobie se multiplient, encouragés par le climat délétère installé par le gouvernement.

lundi 12 avril

Crédits photo : DANIEL PIER / NURPHOTO / AFP

Ce lundi, le Sénat votait en première lecture le projet de loi « confortant les principes républicains », dit « séparatisme ». Ce dernier, déjà largement islamophobe dans la mesure où il prévoyait de renforcer les discriminations contre les musulmans au travail, d’encadrer les associations jugées subversives et de renforcer la surveillance à l’école, a été garni de nombreux autres amendements islamophobes par les sénateurs de droite.

Surenchère islamophobe de la droite

Le 1er avril au soir, le Sénat votait ainsi la dissolution des associations organisant des réunions non mixtes, au terme d’une polémique attaquant l’UNEF pour son organisation de réunions non mixtes, un outil pourtant traditionnel dans l’extrême-gauche permettant aux opprimés de pouvoir s’exprimer librement. Une attaque non seulement contre l’ensemble du mouvement antiraciste, mais également contre toutes les organisations étudiantes se revendiquant de la lutte contre le racisme d’État et cherchant à combattre le gouvernement.

Toujours dans l’optique de criminaliser le mouvement étudiant, et à l’instar de la volonté de criminaliser les occupations étudiantes, le Sénat a également voté la dissolution des organisations étudiantes dites « communautaristes » ayant enfreint la « laïcité » ou porté atteinte à la « souveraineté nationale », une rhétorique traditionnelle de la droite et de l’extrême-droite visant à empêcher le mouvement étudiant de s’organiser.

Enfin, toujours en ce qui concerne l’université, les sénateurs ont voté l’interdiction des prières dans l’enceinte des universités. Cette attaque contre tous les musulmans et musulmanes font écho à la chasse aux musulmans entamée l’année dernière par le gouvernement, à l’image de la « fiche de détection » enjoignant les personnels de l’université de Cergy à repérer et signaler les « signes de radicalisation » des étudiants et travailleurs qui fréquentent la fac.

Parmi les amendements islamophobes proposés par la droite figure également l’interdiction du port du voile pour les personnes accompagnant les sorties scolaires, la restriction du port du voile dans l’espace public, l’interdiction du burkini dans les piscines et l’interdiction du voile pour les filles mineures. Tout autant de propositions ouvertement islamophobes, les amendements visant bien évidemment les femmes voilées.

Après le vote au Sénat, le projet de loi doit maintenant passer en seconde lecture à l’Assemblée nationale. S’il venait à être voté, certaines mesures pourraient cependant être retoquées par le Conseil constitutionnel. Marlène Schiappa, sans toutefois le rejeter, a ainsi émis des « réserves » sur la constitutionnalité de l’amendement visant à interdire le renouvellement de titres de séjour aux étrangers qui rejetteraient « manifestement les principes de la République ». L’amendement visant à suspendre les allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire pourrait lui aussi être retoqué par le Conseil constitutionnel.

Climat islamophobe : construire la riposte !

En réalité, que le projet de loi soit adopté ou non, il a déjà généré une vague d’attaques islamophobes. « Non à l’islamisation », « Mahomet prophète pédophile », « les croisades reprendront », « Charles Martel sauve nous », « France éternelle » : ces tags islamophobes ont été découverts ce dimanche sur les murs du centre culturel Avicenne de Rennes. Deux jours plus tôt, dans la nuit de jeudi à vendredi, une mosquée à Nantes était incendiée. Dans le même temps, la journaliste Nadiya Lazzouni a été victime de menaces de mort : dans une lettre, elle est ouvertement insultée de « pute islamiste », menacée d’expulsion « au bulldozer » et de « balles dans la nuque ».

Si Gérald Darmanin et Marlène Schiappa se sont hyporcritement émus de ces affaires, en réalité, ce sont bien le projet de loi séparatisme du gouvernement et le climat islamophobe que ce dernier a délibérément installé ces derniers mois qui ont favorisé ces actes haineux et criminels. Alors que le gouvernement a distillé la haine à l’encontre des musulmans, la droite a surenchéri au Sénat en faisant passer des amendements toujours plus islamophobes, pendant que l’extrême-droite passait à l’action. Le projet de loi séparatisme, au-delà des attaques immédiates envers les musulmans, a bien pour objectif profond de normaliser et libérer la parole réactionnaire, objectif qui semble avoir été atteint.

Jusqu’à maintenant, la gauche politique et syndicale s’est caractérisée par une passivité face aux attaques islamophobes, à l’instar du silence face à la dissolution du CCIF, de l’absence d’opposition au Sénat face à l’« amendement UNEF » et notamment du côté du PCF et du PS, ou encore des députés insoumis qui ont voté 40% des articles du projet de loi, avec 40% de ses articles. Il s’agirait aujourd’hui de briser cette passivité, voire ce soutien au projet islamophobe du gouvernement, et de construire une réponse dans la rue avec l’ensemble de la gauche politique et syndicale contre ces attaques à l’encontre du mouvement antiraciste et de nos droits démocratiques, dans laquelle le mouvement ouvrier devrait jouer un rôle central.




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