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Du Pain et des Roses

Le Vatican contre les homosexuels et Bergoglio contre les gauchistes : la fin de la « fièvre papale » ?

Celeste Murillo La politique de l'Eglise pour restaurer sa crédibilité se maintient sur un équilibre instable, entre l'image d’un pape « progressiste » et le caractère réactionnaire de l'institution.

mercredi 7 octobre 2015

Le Synode sur la famille, instance consultative et décisionnelle autour du pape, a débuté dimanche 4 octobre au Vatican. Les débats avaient pourtant commencé le jour précédent, quand le théologien et prêtre Krzysztof Charamsa avait révélé son homosexualité et déclaré qu’il vivait avec son compagnon.
Le prêtre, fonctionnaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et secrétaire adjoint de la commission théologique internationale, avait alors annoncé qu’il aimerait « que l’Eglise et [sa] communauté sachent qui [il est] : un prêtre homosexuel, heureux et fier de son identité ».
Le Vatican n’a pas tardé à réagir : « Malgré le respect dû à sa situation personnelle et à ses réflexions la concernant, le choix de monseigneur Charamsa de déclarer son homosexualité de manière retentissante à la veille de l’ouverture du Synode est quelque chose de très grave et d’irresponsable. » Le communiqué officiel précisait aussi que « Charamsa ne pourrait continuer à être employé aux tâches qui lui revenaient dans la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et dans les universités pontificales ».
Les déclarations de Charamsa ne pouvaient arriver à un aussi mauvais moment. Begoglio venait en effet tout juste de dissiper les critiques concernant sa rencontre avec la fonctionnaire Kim Davis, violente opposante au mariage pour tou-te-s aux Etats Unis, qu’il avait déclaré considérer comme « une tragique erreur ». Dans une posture digne de Salomon, le Vatican avait ensuite mis en avant la rencontre de Bergoglio avec un de ses anciens élèves et neveu comme un geste fait en direction de la communauté homosexuelle, afin de calmer les inimitiés suscitées par sa rencontre avec Davis.
Dans la conférence de presse de Philadelphie, qui clôturait la visite du pape, le porte-parole du Vatican, Federico Lombardi déclarait que la réunion avec la fonctionnaire ne signifiait pas un soutien quelconque à sa position contre le mariage pour tou-te-s, et que « le Pape préférait se concentrer sur un message pastoral positif ». Une déclaration hypocrite de Lombardi quand on sait que le pape avait lui même invité les députés français à abolir la loi sur le sur le mariage homosexuel.
Contre toutes les expectatives, le Synode sur la Famille a commencé avec une messe de Bergoglio dans laquelle il a expliqué que : « l’amour durable, fidèle, droit, stable, fertile, est toujours un peu plus l’objet de moqueries et considéré comme quelque chose appartenant au passé. Il semblerait que les sociétés les plus avancées soient précisément celles qui aient le pourcentage le plus bas de natalité, et la plus forte moyenne d’avortements, de divorces, de suicides et de contamination environnementale et sociale. » De cette manière, Bergoglio a envoyé un message clair aux secteurs les plus conservateurs, préoccupés par les possibles changements dans la doctrine de l’Eglise. La rhétorique est malléable et sera toujours le terrain de la politique du Pape, mais la doctrine est maintenue intacte.

François sur les traces de Bergoglio
Le porte-parole du Global Network of Rainbow Catholics a déclaré qu’ « en 2014, [ils avaient] nourri de nombreux espoirs sur le fait que les documents du Synode se réfèrent de manière claire à l’homosexualité. Le Pape parle sans tabous des homosexuels, ce qui est un geste révolutionnaire. Mais cette révolution se limite à la sémantique. Il ne s’est rien passé depuis. » Cette coalition est arrivé à Rome avec d’autres organisations pour faire entendre ses critiques à ce sujet.
Mais la question n’est pas seulement qu’ « il ne s’est rien passé » depuis 2014, car en de nombreuses opportunités, le Vatican et le pape ont confirmé qu’il n’y aurait pas de changements. L’ouverture du Synode ne laisse place à aucun doute : « Le rêve de Dieu est l’union de l’amour entre un homme et une femme ». Au-delà de la rhétorique, l’Eglise poursuit sa croisade contre les femmes, les homosexuels et les trans. Bergoglio reste le même depuis 2010, lorsqu’il affirmait au sujet de la loi instaurant le mariage entre les personnes de même sexe : « Nous ne sommes pas naïfs : il ne s’agit pas d’une simple lutte politique ; c’est la prétention à la destruction du plan de Dieu ».

Bergoglio n’aime pas les gauchistes
Au cours de ce même week-end, le Vatican a soutenu Juan Barros, évêque d’Osorno au Chili, nommé en janvier par le Pape, face aux protestations contre son élection. Barros est accusé d’avoir couvert les abus sexuels commis par l’ex-prêtre Fernando Karadima, pourtant condamné par le « Saint siège ». L’élection de Barros a été rejetée par les sept maires, sénateurs et députés de la région d’Osorno, et a généré un large mouvement de contestation.
Inutile de dire que l’attitude de Bergoglio n’a pas été bien accueillie par les associations de familles de victimes d’abus sexuels. L’organisation catholique états-unienne National Catholic Reporter, à l’origine de la commission sur ces abus, a annoncé qu’elle voyagerait jusqu’à Rome elle-même pour discuter avec le Pape à ce sujet.
Mais les protestations et les critiques sont loin d’avoir été bien reçues par Bergoglio : « L’Eglise a perdu sa liberté en laissant aux politiques le fait de juger un évêque sans aucune preuve, après 20 années d’épiscopat ». Il a ajouté « penser avec la tête, et non pas se laisser emballer par les accusations infondées des gauchistes ». Même si certains seront surpris de ces paroles, il faut se souvenir du passé de Bergoglio dans l’organisation de la droite péroniste la Garde de Fer, de forte tradition maccartiste. Nostalgie ?
La violente réponse du Vatican aux déclarations du prêtre homosexuel Krzysztof Charamsa et la réaction de Bergoglio face aux critiques concernant l’élection de Barros font redescendre de quelques degrés « la fièvre papale ». Avec les résultats du Synode sur la Famille, le Vatican sera face à un nouveau défi pour restaurer son image et celle de l’Eglise catholique.