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Le béton coute trop cher, Trump veut investir 5,7 milliards pour un mur en acier

Lors de sa première allocution de l'année 2019, le président américain a réitéré son exigence de construction d'un mur en acier à la frontière mexicaine. Pour justifier le financement de son mur de la honte, le président a déclamé son discours sur un ton alarmiste et sécuritaire.

mercredi 9 janvier

Photo : Sandy Huffaker, AFP

Depuis sa campagne électorale puis son élection, Trump cherche tous les moyens pour financer son mur de la honte : au début par le Mexique, il cherche aujourd’hui à l’intégrer dans le budget américain de 2019. Or, les Démocrates majoritaires à la chambre des représentants depuis les élections mi-mandats font barrage aux crédits alloués à la construction du mur.

Seulement, depuis trois semaines, faute d’accord sur le budget entre les Républicains et les Démocrates, près de 800000 fonctionnaires sont au chômage technique.

Alors que les démocrates essayent de proposer une sortie de crise en séparant le vote sur la question de la sécurité aux frontières du reste du budget alloué aux administrations, Trump poursuit son chantage dans son discours. Il menace de bloquer le vote du budget durant « plusieurs mois et années ». Les fonctionnaires eux ne sont toujours pas rémunérés.

Les Démocrates, champions de la déportation puis opposants au mur

Nancy Pelosi, leader de la nouvelle majorité démocrate à la Chambre des représentants juge que le projet de loi sur le mur est immoral. En réponse au discours de Trump, Nancy Pelosi déclare que "le fait est que le président Trump a choisi de prendre en otage des services essentiels tels que la santé, la sécurité et le bien-être des Américains et de conserver les salaires de 800 000 travailleurs innocents. Il veut forcer le contribuable à financer un mur coûteux et inefficace dont il a toujours dit qu’il ferait payer le Mexique ».

Le rejet actuel du projet de mur par les démocrates est davantage dû à un froid calcul politique et économique qu’à l’humanisme. Il s’agit d’une part de reconquérir la base sociale parmi la population latino-américaine croissante, et d’autre part, d’assurer aux entreprises américaines la disponibilité de main-d’œuvre migrante vulnérable aux menaces afin de maintenir la surexploitation de cette partie de la population américaine.

En effet, rappelons que sous les gouvernements de Barack Obama le record des déportations a été battu et l’essor d’une véritable industrie de la déportation a été réalisé. Bien qu’ils s’opposent à la construction du mur de Trump, ils ne sont pas pour autant contre la rénovation des portions de murs et de barrières hérités des administrations précédentes.

Trump poursuit sa croisade anti-migrants

Trump a adressé un discours de haine et de racisme contre les migrants à la population américaine. Le président évoquait dans son message télévisé « une crise humanitaire et sécuritaire grandissante, une crise de cœur et une crise de l’âme » à la frontière sud de son pays tout en signalant que les migrants illégaux « font couler le sang américain ». C’est pourquoi il demande urgemment plus de 5 milliards de dollars au congrès américain pour construire son mur « fait d’acier et non de béton, comme le veulent les démocrates » signale-t-il.

Parmi les arguments, Trump fait référence à l’entrée présumée de criminels et de trafiquants de drogue à la frontière américano-mexicaine. Le président a insisté sur des histoires d’Américains tués par des immigrants illégaux : « J’ai tenu les mains de mères éplorées et étreint des pères terrassés par la douleur. Si triste. Si terrible ». Or des analystes américains ont rappelé que le taux de criminalité des immigrés aux Etats-Unis est inférieur à celui des Américains.

Il soutient également que les 300 décès d’Américains par semaine dus à l’héroïne sont directement liés à l’immigration clandestine venue par la frontière sud. Il s’agit d’un discours mensonger au regard de diverses sources qui stipulent qu’une grande partie des opiacés entrent en provenance de Chine par la poste ou par le Canada, ou encore en voiture par les frontières avec le Mexique.

Il a également annoncé qu’il se rendra jeudi à la frontière sud, dans la ville de McAllen (Texas), « pour rencontrer ceux qui sont en première ligne » de ce qu’il appelle une « crise de sécurité nationale ».

L’administration Trump soutient que la situation à la frontière est une situation de crise totale, au niveau sécuritaire et humanitaire, et menace d’émettre une déclaration d’"urgence nationale" pour construire le mur. Mais cette sortie peut conduire Trump à un conflit judiciaire car il s’agit d’une utilisation peu orthodoxe des pouvoirs de l’exécutif américain.

La crise humanitaire est réelle et a été provoquée par les attaques successives contre les migrants : la répression par les gaz lacrymogènes, les caravanes bloquées, la mort de migrants, la séparation des familles, la détention compulsive des demandeurs d’asile et leur surpopulation dans des centres rappelant les camps de concentration sont parmi les mesures les plus brutales de l’administration Trump.

La Maison-Blanche compte sur l’obéissance des gouvernements d’Amérique centrale et celle du président mexicain López Obrador pour déployer des plans « d’investissement » visant à stopper la migration sur la base de « projets de développement dans la région ». En clair, ces plans n’offrent que du travail précaire, alors que les mesures de harcèlement contre les migrants s’intensifient.
Par ailleurs, Trump menace de couper les aides aux gouvernements d’Amérique Centrale s’ils n’arrivent pas à stopper en amont les migrations.

Cette menace est chargée d’un grand cynisme, car derrière la misère et la violence que fuient les familles de travailleurs d’Amérique centrale, se cachent l’ingérence et la domination impérialiste historique des États-Unis dans la région.




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