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Terreur policière

Le calvaire des enfants arrêtés, humiliés et traumatisés par la police après le meurtre de Samuel Paty

L'assassinat de Samuel Paty avait ouvert une séquence islamophobe et sécuritaire dont nous ne sommes jamais sortis. Mediapart revient sur l'ignoble répression subie par les enfants accusés à l'époque de complicité de terrorisme.

mercredi 31 mars

Source photo : AFP

C’était il y a près de six mois, à la suite de l’atroce assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty. De nombreux signalements avaient été réalisés et la police et la justice avaient alors procédé à de nombreuses arrestations de mineurs. Des arrestations honteuses et violentes, qui s’inscrivaient dans le cadre du renforcement autoritaire et islamophobe du gouvernement, sous couvert de lutte contre le terrorisme.

Le lundi 2 novembre 2020 avait lieu l’hommage national à Samuel Paty, pour lequel Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation Nationale, avait alors annoncé que tout manquement ou perturbation lors de la minute de silence devait être « signalé à la cellule du Rectorat ». Cette déclaration, prononcée dans un contexte de forte tension, alors que le pays était toujours sous le choc de la mort de Samuel Paty, témoignait déjà du tournant pris par le gouvernement Macron. Mais à la suite de cette journée, ce sont plus d’une centaine d’enfants qui ont été signalés aux différents rectorats de France, notamment pour « apologie du terrorisme », qui les ont eux mêmes signalés ensuite au procureur de la République. Seulement, ces désignations ont entraîné pour des dizaines d’enfants des perquisitions à domicile, des gardes à vues et ce parfois pour des mineurs de moins de 13 ans, des mises en rétention…les confrontant eux et leurs familles à une violence inouïe.

Pourtant, près de cinq mois après le début de ces enquêtes, les dossiers sont vides. Au-delà du coup médiatique immédiat, il ne reste désormais que la souffrance des familles et la violence psychologique encore bien présente chez les enfants mis en cause. Dans un article publié hier, Mediapart revient sur plusieurs de ces cas.

A Albertville, le 5 novembre, quatre écoliers d’une classe de CM2 de l’école Louis-Pasteur ont vu des policiers cagoulés et armés de fusils enfoncer la porte de leurs appartements, à 7h du matin. Perquisitionnés et interpellés pour « apologie du terrorisme et menace de mort », ils ont passés la journée en « retenue légale », c’est à dire une garde à vue pour mineurs. Aujourd’hui, deux d’entre eux ont été mis hors de cause, et pour les deux autres, le parquet de Chambéry aurait demandé des « mesures de réparation », dont les parents attendent toujours des nouvelles ! Depuis, si les enfants ont eu peur de retourner à l’école, les familles elles, sont sidérées. L’un des parents, Omar Polat, explique que « dans cette affaire, personne ne s’est excusé, il aurait pu tout de même ».

Dans le Var, à Hyères, une jeune fille de 14 ans a été mise en garde à vue pour avoir défendue son camarade musulman, qui subissait les remarques d’autres élèves après la minute de silence, en disant que le professeur l’aurait « un peu cherché ». Sa mère, convoquée le lendemain par la directrice de l’établissement, se fait expliquer que sa fille « va être expulsée », qu’elle est « convertie à l’islam et qu’elle fait l’apologie du terrorisme ». Sa mère assiste impuissante à la violence que subie sa fille de 14 ans, et le schéma se répète : des policier armés débarquent à son domicile à 7h45 et l’embarque au commissariat. Sur place, elle sera mise à nue et subira une fouille corporelle appuyée. Un membre de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) raconte qu’« elle a même été palpée à l’anus » ! L’enquête ne donnera rien, si ce n’est un traumatisme pour la jeune fille. Aujourd’hui, malgré que la directrice de l’établissement se soit ravisée sur son exclusion, elle est scolarisée à distance. Sa mère explique que « C’était impensable qu’elle retourne dans ce collège (...) Elle était en plein décrochage scolaire, complètement chamboulée. Un psychiatre a dû l’arrêter trois semaines. ».

Mediapart révèle également des cas à Marseille, où un élève de 6ème et ses parents ont été interrogé six heures par la police pour ne pas avoir respecté la minute de silence. Le journal relate aussi l’histoire d’une lycéenne dans les Yvelines, qui s’est faite réprimée par la police devant le blocus de son lycée, et qui pour avoir prononcé le mot « Allah », s’est faite interpellée pour « rébellion » et « apologie du terrorisme », passant 72 heures en garde à vue.

L’horreur dont témoignent ces enfants et les traumatismes qui vont les suivre pour certains pendant des années ne pourront jamais trouver de justification. Faire subir à des mineurs des intimidations, des interpellations, des fouilles corporelles qui peuvent être qualifiées d’agressions sexuelles, voilà le visage de la politique du gouvernement suite à l’assassinat de Samuel Paty. Le tournant islamophobe et répressif de Macron et de sa clique est venu attaquer une centaines d’enfants et leurs familles, réprimés pour le simple fait d’être musulman ou d’avoir dit une phrase maladroite au mauvais moment. Les violences que ces mineurs ont subis doivent être fermement combattues, tout comme la politique islamophobe du gouvernement qu’elles incarnent.




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