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Du Pain et des Roses

Université d’été de Révolution Permanente

Le collectif international Du Pain et des Roses et la nouvelle vague féministe

En ce début de juillet, plus de 350 personnes étaient réunies dans l’Aveyron pour l’université d’été internationaliste et révolutionnaire organisée par Révolution Permanente et les autres groupes européens du réseau La Izquierda Diario. L’occasion pour les militantes du collectif du Pain et des Roses de discuter de la nouvelle vague féministe et du rôle que les révolutionnaires doivent y jouer.

mercredi 10 juillet

Ces dernières années ont été marquées par l’émergence à échelle mondiale d’une nouvelle vague de lutte des femmes pour leur émancipation, contre les violences de genre et le droit à disposer de leur corps. Depuis la « marea verde » pour le droit à l’avortement en Argentine aux mobilisations massives contre Trump et Bolsonaro ; en passant par les grèves de femmes très suivies dans l’État espagnol et en Suisse et le rôle des femmes dans les mobilisations en France ou des processus révolutionnaires en Algérie et au Soudan ; les femmes sont en première ligne des luttes à l’international. Dans ce contexte, la question du féminisme a été au cœur des discussions qui ont parcouru l’université d’été organisée par Révolution Permanente et les autres groupes européens du réseau La Izquierda Diario.

Cet événement a permis une rencontre et des débats centraux entre les différents groupes Du Pain et des Roses venus d’Italie, de l’État espagnol, de l’Allemagne et de France. « Féminisme et intersectionnalité », « Ni abolitionnistes ni régulationnistes. Une 3e position dans le débat sur la prostitution », « Débat avec le féminisme des 99 % », table-ronde avec les femmes travailleuses de Du Pain et des Roses, présentation du livre Un féminisme décolonial avec son auteure Françoise Vergès… autant d’ateliers et de débats qui ont rythmé cette université d’été, qui s’ouvrait avec un meeting sur la nouvelle vague féministe à l’échelle internationale.

Andrea d’Atri, figure féministe argentine reconnue et auteure du livre Du Pain et des Roses, appartenance de genre et antagonisme de classe, fondatrice de l’organisation de femmes Pan y Rosas en Argentine, était l’une des invitées et a animé, entre autres, une discussion autour du Manifeste « Féminisme pour les 99 % ». Cet atelier a permis de caractériser cette nouvelle vague féministe, dont le Manifeste cristallise plusieurs débats. Car à l’échelle internationale, l’intégration massive des femmes au marché du travail ces dernières années, majoritairement dans les postes les plus précaires, aboutit après des années de cooptation du mouvement féministe à une vague de lutte massive qui établit un lien étroit entre exploitation capitaliste et oppression de genre. En témoigne notamment l’appropriation par le mouvement de femmes de la méthode de la grève.

Dans ces discussions autour du Manifeste, et du développement d’une tendance anticapitaliste qu’il exprime au sein de la nouvelle vague féministe, ont également été pointés certaines limites stratégiques. En effet, le « Féminisme pour les 99 % » n’explicite pas les moyens à mettre en œuvre pour abattre l’exploitation et l’oppression, et entretient un flou autour du sujet social qui sera en capacité d’être en première ligne de cette bataille.

C’est précisément à ces questions que les différentes sections européennes du collectif Du Pain et des Roses cherchent à répondre par la pratique, en intervenant pleinement au sein de ce phénomène de lutte féministe. Dès le premier soir, un meeting féministe réunissait Andrea d’Atri et des militantes de Pan y Rosas dans l’État espagnol, de Il Pane e le Rose en Italie, Brot und Rosen en Allemagne et Du Pain et des Roses en France. Et le lendemain, une rencontre entre les différentes sections de cette organisation internationale de femmes a permis d’échanger en profondeur sur les différentes expériences politiques menées dans chacun de ces pays.

Ont notamment participé à ces échanges des cheminotes de France, mais aussi des travailleuses précaires de l’État espagnol, des travailleuses en lutte de l’hôpital en Allemagne, et les combattantes de la grève d’Onet. Le film documentaire réalisé par Révolution Permanente, qui retrace leur combat contre la précarité et pour la dignité, a été projeté devant un large public, en présence des grévistes. Une lutte exemplaire qui montre qu’il est possible, les femmes travailleuses en première ligne, de relever la tête face à la précarité.

Dans l’État espagnol, face aux attaques menées contre le droit des femmes à disposer de leur corps, et en particulier le droit à l’IVG, on a vu au cours de ces dernières années émerger des mobilisations d’ampleurs, notamment autour de la grève du 8 mars qui se construit tout au long de l’année dans des rencontres nationales de femmes et au sein de commissions. Les militantes de Pan y Rosas y défendent une indépendance totale vis-à-vis des institutions, et cherchent à unifier les revendications du mouvement ouvrier et des femmes travailleuses, dans une perspective de remise en cause globale du système.

En Italie, Il Pane e le Rose, fondé cette année, cherche à défendre les droits fondamentaux des femmes (droit à l’avortement, au divorce…) dans un contexte de polarisation à droite croissante et face aux attaques répétées du gouvernement de Salvini et de l’Église. Les militantes du collectif lient étroitement la lutte féministe à la lutte anti-raciste et contre l’impérialisme qui instrumentalise le féminisme à des fins racistes, en faisant peser la responsabilité des violences faites aux femmes sur les migrants et les personnes racisées.

L’impérialisme allemand utilise la même rhétorique, en essayant de se donner une image sociale et féministe, tout en précarisant sans cesse plus les femmes, et en stigmatisant les personnes immigrées, au travers d’un discours démagogue et profondément islamophobe. Les camarades de Brot und Rosen sont à l’avant-garde du combat qui vise à démonter ce double discours et l’hypocrisie du gouvernement, tout en se liant aux secteurs les plus précaires, les plus exploités et opprimés, de la classe travailleuse en Allemagne.

En France, s’il n’existe pas encore de mobilisations massives de femmes comme dans l’État espagnol, les femmes travailleuses subissent de plein fouet les conséquences des attaques néolibérales du gouvernement. Mais si la précarité a le visage des femmes, la lutte aussi, et c’est ce qu’a mis en lumière le mouvement des Gilets jaunes, au cours duquel les femmes ont fait irruption sur le devant de la scène politique. Mouvement dans lequel sont pleinement intervenues les militantes de Du Pain et des Roses.

Aujourd’hui, dans ces pays, si les situations sont évidemment différentes, les féministes de Du Pain et des Roses militent dans l’objectif de développer les tendances révolutionnaires de cette nouvelle vague, en unissant la lutte contre le patriarcat à la lutte contre le système capitaliste et en se liant aux secteurs de femmes les plus précaires, mais qui sont également les plus déterminées à en finir l’exploitation et l’oppression et en luttant pour unir les luttes de femmes au mouvement ouvrier, contre les directions réformistes et bureaucratiques qui veulent éviter à tout prix cette jonction.

Car comme l’a dit Françoise Vergès dans un atelier qu’elle animait au cours de l’université d’été, « sans les femmes qui le nettoient, le monde arrêterait de tourner ». C’est pour construire un féminisme lutte des classes, résolument internationaliste, anti-impérialiste et révolutionnaire, que nous, militantes des collectifs Du Pain et des Roses en Europe, appelons les femmes du monde entier à rejoindre notre combat.