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Le dernier Juma est mort. La pandémie conclut la disparition de ce peuple autochtone

Mi-février, le dernier représentant masculin de la terre du Juma au Brésil est décédé du Covid-19, menaçant gravement la survie future de son peuple. Cependant la disparition des Juma est loin d’être seulement due au coronavirus, l'État brésilien et les prospections permanentes sont responsables.

mardi 2 mars

Crédit photo : AFP

À la mi-février Aruka Juma, dernier représentant masculin de la terre indigène Juma est décédé à 86 ans (âge présumé) des suites du Covid-19 dans un hôpital situé au nord de l’Amazonie. Son décès n’a cependant été annoncé dans les médias internationaux que très récemment. Aruká était la mémoire vivante de savoirs ancestraux et le survivant d’un massacre qui a exterminé pratiquement tout son peuple. Ses trois filles sont les dernières d’un peuple autochtone qui, au 18ème siècle, comptait entre 12 000 et 15 000 membres.

Dans sa jeunesse, ils furent une soixantaine de Juma à être exterminés dans un bain de sang commandé par des marchands. Les membres du groupe d’extermination ont rapporté avoir tiré sur les Juma "comme s’ils tiraient sur des singes" selon le journal brésilien El Pais. En 1964, Aruka et six autres membres de la tribu furent les seuls à échapper à une chasse à l’homme lancée par des commerçants avides d’exploiter de nouvelles parcelles de la forêt amazonienne, notamment celles recelant du caoutchouc et des noix. A la fin des années 90, les derniers Juma étaient expulsés de leurs terres par les autorités. Aruká, ses trois filles, un beau-frère et sa femme ont été transférés contre leur gré dans des domaines imposés. Bien des années plus tard, sous Lula en 2004, Aruka parvint à délimiter les terres autochtones. Une victoire inespérée et négociée durement au cours des années.

Le cas d’Aruká illustre la façon dont la pandémie affecte les populations autochtones des terres brésiliennes. Le Brésil est, par ailleurs, le deuxième pays où le coronavirus a causé le plus de morts. Concernant seulement les peuples autochtones vivant dans les villages, 567 personnes sont décédées du Covid 19 (chiffre datant de mi-février et relayés par El pais. Ces contaminations relèvent de la responsabilité des personnes qui profitent des activités liées à l’exploitation de la forêt, ces derniers étant facteurs de transmission du virus chez ces peuples qui y sont plus sensibles.

La vie de ce Juma offre également un regard sur l’histoire de ces communautés décimées depuis la colonisation portugaise. Les politiques d’envahissement permanentes des écosystèmes de la forêt amazonienne ont décimé la population et fragilisé à grande échelle la forêt.
Par ailleurs, comme développé dans le journal Le Devoir, de nombreux nouveaux projets d’exploitation minière, pétrolière et agro-industrielle ont été autorisés par le gouvernement brésilien cette dernière année. 

Pour Glauber Sezerino, sociologue et coprésident de l’association Autres Brésils, il y a une « politique voulue d’extermination » : « Même quand il était député, le président, Jair Bolsonaro, était toujours opposé aux droits des populations autochtones. Pour lui, ces peuples ne produisent rien, donc il ne faut pas leur donner un centimètre carré de territoire. » Cette exploitation économique est vue comme une « invasion » dangereuse par Glauber Sezerino : « Il faut empêcher Jair Bolsonaro de mener sa politique anti-indigéniste, sinon toutes les populations autochtones risquent de disparaître. »

C’est pour cela que les principales associations autochtones brésiliennes accusent directement le gouvernement de la mort de Aruka : « Une fois de plus, le gouvernement brésilien s’est comporté avec un certain degré d’omission criminelle et de manière incompétente. Le gouvernement l’a assassiné ». En effet, fidèle à lui-même, Jair Bolsonaro a paralysé tous les processus en cours visant à l’extension des terres autochtones.

Le décès de Aruká Juma, et le risque de l’extinction de tout son peuple qui en découle, n’est donc pas simplement dû au coronavirus mais bien à des politiques de destruction permanente de la forêt amazonienne, depuis plusieurs siècles. Poumon de la terre, cette forêt est exploitée pour des intérêts économiques, sans la moindre considération pour les populations autochtones.
L’histoire de la vie d’Aruká était et reste un symbole de l’immense lutte que le peuple Juma a mené contre la domination capitaliste. 




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