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Du Pain et des Roses

Parti des Travailleurs Socialistes

« Le droit à l’IVG sera gagné par la lutte ! » Nicolas Del Caño, député révolutionnaire argentin

En ce moment même, le projet de loi pour la légalisation de l'IVG est débattu à la Chambre des députés argentine. L’exécutif a complètement ignoré les demandes du mouvement des femmes et a inscrit dans son projet une clause de conscience qui empêche la garanti du droit à l'avortement.

vendredi 11 décembre 2020

Le projet de loi défendu par l’exécutif argentin contient une clause de conscience qui autorise des institutions entières à ne pas garantir le droit à l’avortement, méprisant ainsi le combat des femmes en Argentine pour le droit à l’avortement. Le député du Parti des travailleurs socialistes (PTS) Nicolás del Caño intervient dans le débat et promet que son siège de député sera une tranchée pour continuer la lutte. Nous reproduisons ci-dessous son discours. Le PTS est l’organisation sœur du courant qui anime Révolution Permanente en France

Dans cette société capitaliste patriarcale, pour les femmes, tout est plus difficile. C’est pourquoi, en plein XXIe siècle, nous débattons encore pour savoir si ce Congrès va reconnaître que les femmes sont des sujets de plein droit, en capacité de décider de leurs grossesses et de leurs projets de vie, si elles veulent être mères ou non, et de choisir quand et comment.

Dans cette société également, les efforts des femmes sont invisibilisés au quotidien, avec la lourde charge des travaux domestiques et de soins [care] non rémunérée qui repose sur leurs épaules. Combien de fois leurs mérites et leurs réussites sont passés sous silence ? Ou, pire encore, expropriés par d’autres, dont les noms apparaissent dans l’histoire, et dans l’ombre desquels les femmes sont enterrées dans l’anonymat ?

C’est pourquoi nous espérons que ce Congrès reconnaîtra que, si nous sommes à nouveau ici, c’est grâce à l’effort et à la persistance d’un mouvement de lutte des femmes qui a trouvé un nouvel élan, avec de nouvelles générations qui l’ont transformé en marée verte [en référence aux foulards verts portés par les femmes luttant pour le droit à l’avortement, NDT]. Si nous sommes ici à nouveau, c’est grâce à celles qui se sont non seulement mobilisées, mais qui ont aussi construit collectivement un projet de loi et n’ont pas cessé de le présenter pendant plus d’une décennie au cours de laquelle ce Congrès a décidé de le laisser dormir dans un tiroir.

Pour les femmes qui sont mortes suite à des avortements clandestins et pour celles qui ont subi des séquelles sur leur corps et leur santé, pour les pionnières qui n’ont pas réussi à vivre ce moment qui leur appartient sans aucun doute, pour celles qui se battent chaque jour pour leurs droits, je veux dire qu’elles auront, du côté du Front de gauche [front d’organisations socialistes et révolutionnaires, auquel appartient le PTS, parti de Nicolas Del Cano, NDT], une fois de plus, une tranchée pour se battre pour que cette fois-ci, l’IVG fasse loi.

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Aujourd’hui, les mêmes personnes qui, il y a plus d’un siècle, disaient que l’instauration du mariage civil était la fin de la famille, et qui le répétaient encore au milieu des années 80 lorsque le divorce a été légalisé et, plus récemment, lorsque le mariage pour tous a été approuvé... les mêmes personnes qui disaient que le vote féminin ou le partage de l’autorité parentale détruisait la hiérarchie "naturelle" qui devrait exister entre les hommes et les femmes... Ces mêmes personnes répètent encore une fois que l’avortement devrait continuer à être pénalisé.

Mais tant d’années de pénalisation de l’avortement ont-elles empêché sa pratique ? Non. On estime que l’Argentine, où la majorité de la population se reconnaît catholique, est l’un des pays où les chiffres des avortements clandestins et dangereux sont les plus élevés. Et la pénalisation n’a fait qu’entraîner la mort de nombreuses femmes jeunes et pauvres, laissant même leurs filles et leurs fils orphelins, pour ne pas leur avoir permis d’éviter une grossesse qui a affecté leur santé. C’est par exemple le cas d’Ana María Acevedo, dont la mère accompagne la revendication du droit à l’IVG en sa mémoire.

La loi, qui élargit les droits, n’interdit à personne de vivre selon ses croyances et ses valeurs. C’est pourquoi il est inexplicable que, même en plein XXIe siècle, des secteurs fondamentalistes interviennent dans ce débat dans le but d’imposer leurs croyances à l’ensemble de la population, à travers le code pénal, alors que les femmes, les personnes, qui ont besoin de cette loi, professent des religions différentes, ont des croyances différentes ou pas de croyances du tout et défendent des valeurs et des principes différents.

Ceux qui s’opposent à ce que l’avortement soit un droit ne défendent pas la vie : ils défendent l’avortement clandestin. Et ils continuent à imposer des principes patriarcaux qui considèrent que la sexualité des femmes n’est qu’au service de la reproduction, car la jouissance du corps et du désir ne devrait appartenir qu’aux hommes. C’est pourquoi ils s’opposent non seulement à l’avortement légal, chirurgical et médicamenteux, à l’utilisation de contraceptifs et à une éducation sexuelle intégrale.

Parce que nous défendons la vie des femmes et parce que c’est une question de santé publique, nous luttons pour que l’IVG devienne loi. Mais aussi, parce que nous défendons l’autonomie des personnes à choisir librement leurs projets de vie et à jouir de leur sexualité. 

Et de cette manière, le Front de gauche souligne également la nécessité de rendre effective la séparation de l’Église et de l’État, comme on le demande aussi dans la rue.

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Nous ne devons pas perdre de vue le fait que cela ne s’arrête pas aujourd’hui. Même si le projet de loi est adopté, il doit être discuté à nouveau au sein du même Sénat qui, en 2018, a tourné le dos à des centaines de milliers de personnes qui espéraient la légalisation de l’IVG. Le même Sénat qui, en ce moment et sur ordre du FMI, vote une nouvelle formule de mobilité pour continuer à précariser les millions de femmes retraitées qui ont travaillé toute leur vie et celles qui reçoivent les allocations familiales qui, comme nous le savons, sont les femmes des foyers les plus pauvres du pays qui dépendent de ces aides pour survivre.

Les blocs majoritaires ont à la fois des partisans de ce projet et des défenseurs acharnés de l’avortement clandestin. Pendant de nombreuses années, alors que les législateurs "verts" (pro avortement) de ces blocs politiques, d’une part, ont signé le projet de loi de la « Campagne nationale pour le droit à l’avortement », d’autre part, ils se sont subordonnés à la discipline de bloc et, par décision du pouvoir exécutif, ont évité que le projet de loi soit examiné. Mais encore aujourd’hui, il y a des législateurs anti-droits qui ne vont pas donner leur approbation à ce projet, peu importe de qui il vient. Et il y en a d’autres qui vont la donner, en échange de ce qu’ils ont déjà obtenu, c’est-à-dire introduire dans le projet la modification de l’article sur la clause de conscience, permettant que des institutions entières ne garantissent pas le droit à l’avortement au motif que tout leur personnel médical est objecteur. Encore une fois, une autre concession aux anti-droits, qui limite le projet pour lequel des centaines de milliers de personnes se mobilisent depuis des années.

En revanche, le Front de Gauche soutient la lutte pour le droit à un avortement sûr et libre, nous luttons pour ce projet dans la rue, dans notre militantisme quotidien, dans les campagnes électorales et également au sein du Congrès, de manière cohérente et unanime. Notre tradition socialiste se revendique de la révolution ouvrière qui, au début du XXe siècle, a fait de la Russie le premier pays au monde où l’avortement a été légalisé et accessible aux femmes du peuple travailleur, dans les hôpitaux publics. 

Nous savons que ce seront les député.es qui légiféreront à nouveau, mais que ce droit sera gagné grâce à la lutte menée depuis des décennies par le mouvement des femmes et avec la force que, depuis ce siège au Congrès aussi, nous encourageons à exprimer, aujourd’hui et lorsqu’il sera examiné au Sénat, pour qu’il ait enfin force de loi.




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