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Politique

Droit de grève

Le droit de grève dans le viseur de la Commission Européenne ?

Jeudi, la Commission Européenne doit publier une proposition de règlement visant à adapter le marché aux futures crises notamment en maintenant le fonctionnement des chaînes d’approvisionnement et la circulation de marchandises. La Confédération Européenne des Syndicats craint un affaiblissement de la protection du droit de grève au niveau européen.

mardi 13 septembre

Crédits photo : Reuters

En réponse à la crise du Covid et à présent à la guerre en Ukraine qui ont largement perturbé le fonctionnement de l’économie, en prévision de crises futures qui ne manqueront pas de se produire, la Commission Européenne va proposer ce jeudi un projet de règlement pour assurer la production et la circulation de certains biens essentiels même dans des circonstances exceptionnelles.

Le projet, intitulé « Instrument du marché unique pour les situations d’urgence » a été étudié par la Confédération des Syndicats Européens. Cette dernière alerte sur un risque d’affaiblissement de la protection du droit de grève au niveau communautaire, ce dernier disparaissant tout simplement du texte selon la confédération. Ainsi, les entreprises pourraient s’appuyer sur des limitations du droit de grève voire interdire des grèves au motif de mesures d’urgence pour maintenir les chaînes d’approvisionnement.

C’est déjà avec cet angle que les bourgeoises anglaise et allemande ont attaqué les travailleurs portuaires de Felixstowe ou de Hambourg, en lutte pour des augmentations de salaire cet été, leur reprochant de désorganiser des chaînes d’approvisionnement déjà saturées.

Ce potentiel "oubli" de la mention du droit à faire grève n’est pas anodin. La bourgeoisie européenne, face à la vague de grèves sur les salaires, affirm déjà sa volonté de restreindre fortement ce droit. Les dominants se préparent à des crises économiques mais aussi à des conflits sociaux importants.

Une disposition, qui au delà de ce seul règlement, est lourde d’attaques à venir contre les travailleurs. Si les confédérations syndicales européennes ont beau jeu de dénoncer cette atteinte au droit de grève, le syndicalisme de collaboration de classe largement représenté dans la CES contribue largement à vider les grèves de leur pouvoir pour les subordonner au dialogue social, quand les procédures de limitation ne sont pas directement acceptées.

C’est par un accord avec le syndicat Ver.Di (syndicat des services, membres de la confédération allemande DGB, elle même membre de la CES) que les patrons ont obtenu un "accord de paix" jusqu’à la fin août dans les ports allemands : autrement dit l’interdiction de faire grève le temps des négociations salariales !

De la même manière que les directions syndicales trouvent toutes les bonnes occasions de convaincre les travailleurs de renoncer à leurs grèves. On se souvient de la trêve des confiseurs appelée par les syndicats français pour la période de Noël 2019 en pleine grève des retraites. Aujourd’hui ce sont les syndicats britanniques qui appellent à renoncer à la grève pour rendre hommage à Elizabeth II.

La bourgeoisie se prépare à de grands affrontements de classe comme l’Europe n’en a plus connu depuis plusieurs décennies. Notre classe doit s’y préparer de la même manière : la vague de lutte sur les salaires sera un premier affrontement pour permettre de regrouper des forces, de coordonner les luttes et pour que les travailleurs reprennent en main leurs syndicats pour en faire de véritables outils de combat contre la bourgeoise.



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