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Notre classe

L’ambiance se jaunisse à l’APHP

Le fond de l’air est jaune. Les urgentistes parisien.e.s partent en grève illimitée

Dépassés par le manque d’effectifs, les personnels des urgences de l’APHP partent en grève illimitée. Ils dénoncent des conditions de travail qui les poussent jusqu’à la maltraitance et au born-out. Un ras-le-bol qui peut faire tache d’huile, dans ce fond d’air jaune.

lundi 15 avril

Le mouvement a démarré en région parisienne à l’hôpital Saint-Antoine, mi-mars, suite à des agressions de personnels soignants. Une violence qui s’amplifie de plus en plus dans les services des urgences du fait de délais d’attente à rallonge, qu’augmentent la douleur et l’angoisse, et par le profil de certains patients (alcoolisations massives, troubles psychiatriques), qui montrent, comme dans un miroir grossissant, le mal être engendré par ce modèle de société basé sur des inégalités structurelles et son corolaire de souffrances et exclusions.

Dimanche soir, le mouvement s’est étendu à plusieurs établissements parisiens, comme Lariboisière, la Pitié Salpêtrière, Saint-Louis et Tenon. Ils devraient être suivis le 19 avril par les hôpitaux Bicêtre, Cochin, Robert-Debré et l’HEGP (Hôpital Européen Georges-Pompidou), selon l’appel à la grève lancé par huit organisations syndicales de l’AP-HP pour l’ensemble des 72.000 agents des 37 hôpitaux.

Le président de l’ Association des médecins urgentistes de France (Amuf) a affirmé que les médecins vont « réfléchir cette semaine à rejoindre le mouvement lors d’une assemblée générale ».

Les grévistes demandent la création de postes d’infirmiers et d’aide-soignants, le remplacement systématique des congés maladie et de maternité, une augmentation de salaire à hauteur de 300 euros nets mensuels et l’amélioration de conditions de travail, y compris l’internalisation par l’AP-HP d’un personnel de sécurité que soit formé spécialement à l’intervention dans un milieu hospitalier avec une population fragilisé et en souffrance.

Trop de patients et pas assez d’effectifs

Le ras-le-bol des urgentistes n’est pas nouveau. Avec une hausse constante de la fréquentation des services d’urgence de 3 % par an, et une baisse des effectifs, il y a largement de quoi être en colère. Cette situation intenable dans laquelle les gouvernements successifs ont mis la santé publique à coups de réductions de budgets, a été mise en évidence tragiquement le 17 décembre dernier, lorsqu’une femme de 55 ans a été retrouvé morte sur un brancard près de 12 heures après son admission, aux urgences de l’hôpital parisien Lariboisière. La CGT dénonce dans un communiqué « partout, la situation est tendue. Aux urgences, porte d’entrée de l’hôpital, mais aussi dans les services qui ne peuvent plus accueillir les patients, faute de lits.".

Le directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch, dans une tentative de désamorcer la fronde a promis, le 9 avril, la création de 45 postes supplémentaires "pour tenir compte d’une augmentation de 3,4 % de l’activité au cours des trois derniers mois". “Mais il manque 700 postes pour assurer la sécurité des patients”, réplique l’urgentiste Cgt Christophe Prudhomme. L’an dernier, 405 emplois équivalents à temps plein ont été supprimés. Cette année, une nouvelle vague de 779 suppressions a été annoncée.

Si les urgences parisiennes ont été plus que jamais sollicités ces derniers mois, comme le reconnais Martin Hirsch, c’est à cause de la forte répression exercé sur les gilets jaunes qui a fait des centaines de blessés, dont certains avec des séquelles d’handicaps à vie. Blessés qui, de plus, ont été fichés lors de leur entrée aux urgences.

La lutte entamée dans le secteur de la santé, où de nombreux.ses infirmier.e.s et aides-soignant.e.s se trouvent parmi les gilets jaunes, est en capacité de susciter un large soutien de la population. Si elle s’élargie nationalement et s’articule au mouvement contre la réforme Blanquer et au mouvement de gilets jaunes, ça pourrait donner un cocktail explosif capable de faire évoluer à faveur de notre classe la situation d’impasse stratégique actuelle.

Crédit photo : BFMTV




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