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Crise sanitaire et transports

Le fret ferroviaire : solution pour désengorger la route même en temps de Coronavirus ?

En pleine crise sanitaire, le personnel routier peine à transporter les biens nécessaires à la population et travaille aujourd’hui dans des conditions plus que difficiles. Mais il existe une solution pour résoudre le problème : le fret ferroviaire, abandonné depuis des années par dirigeants et gouvernements successifs.

jeudi 26 mars

Les routiers, exposés au virus et fatigués

Depuis le début de la crise sanitaire un secteur tourne toujours plein pot, celui des routiers, toujours présent pour assurer le maintien des denrées vitales dans les magasins, ou encore pour alimenter les hôpitaux. Mais avec les mesures de confinement prises par le gouvernement, ces derniers se retrouvent avec des conditions de travail dégradées au point de ne plus pouvoir se reposer. En effet avec les aires d’autoroutes qui sont fermées les routiers sont obligés de rouler plusieurs centaines de kilomètres par jour, sans pause ou bien même parfois sans avoir de lieu où se laver, où se restaurer ou aller aux toilettes. Cela n’arriverait pas avec des trains de marchandises qui passent forcément dans des gares ouvertes ou avec des postes d’aiguillages ouverts (puisqu’il faut bien faire passer les trains) permettant aux conducteurs d’assurer leurs besoins vitaux.

Le secteur routier est un secteur composé d’une myriade de microentreprises, d’autoentrepreneurs, de sous-traitants, etc. La SNCF, d’ailleurs premier transporteur routier de France (à la demande des différents gouvernements), s’est bien gardée d’embaucher de nombreux chauffeurs de poids-lourds sur ses plateformes GEODIS (plateformes de fret routier filiale de droit privé de la SNCF). Elle n’a pas fait cette erreur qui aurait certainement conduit les salariés de la même entreprise à s’organiser collectivement pour se battre pour leurs droits. A Gennevilliers, par exemple, la plateforme la plus rentable de GEODIS, sur 150 chauffeurs nécessaires au fonctionnement quotidien, moins de 10 sont embauchés directement en CDI… Dans le secteur routier, la SNCF a appliqué les mêmes méthodes que tous les autres patrons voyous de la branche. Puisqu’il a été choisi objectivement, dans les années 80, de faire de la route la pierre angulaire des échanges commerciaux terrestres, (au détriment de toute logique écologique et avec la seule boussole de maximiser les profits), il n’aurait pas été acceptable pour le patronat, de laisser une nouvelle corporation s’organiser et être en capacité de gripper les rouages des bénéfices outranciers pour réclamer des meilleures conditions de travail.

Avec des contrats précaires pour la grande majorité, divisés, individualisés, à la merci totale de l’ultra-libéralisme sauvage qui met la pression même sur les patrons des PME du transport routier, les chauffeurs se retrouvent donc exposés au virus à travers l’Europe dans des conditions de travail très dégradées, parfois même sans masques ni gel hydroalcoolique. On a pu voir également plusieurs vidéos tourner sur les réseaux sociaux de routiers qui dénoncent leurs conditions de travail, visiblement exténués de la situation actuelle.

Le Fret ferroviaire, une bonne solution en temps normal, mais encore plus dans la crise actuelle

En temps normal, le Fret ferroviaire est bien plus écologique comme moyen de transport que le camion. Mais depuis des années maintenant, le Fret ferroviaire a été démantelé par tous les gouvernements qui se sont succédés, et qui ont mené une politique de privatisation et de casse d’un service public qui possédait un réseau qui s’étendait sur l’ensemble du territoire…
« Trop cher les wagons isolés » était-il proclamé haut et fort à l’époque à la direction SNCF qui bradait les marchés à ses filiales de droit privé, et même bien souvent contre la volonté des industriels qui voulaient rester sur du transport ferroviaire.

Trop cher prétendument, car (pour les wagons isolés, contrairement aux trains dits « complets ») il fallait réceptionner les trains, principalement la nuit, et séparer les wagons pour les renvoyer dans différentes directions jusqu’à destination. Cette main d’œuvre était jugée trop coûteuse. Et pourtant, il s’agissait principalement des fameux contractuels d’origine étrangère, les « indigènes de la SNCF », les Chibanis, qui ont gagné en justice en faisant constater la discrimination salariale qu’ils ont subi pendant 30 ou 40 ans, après que les recruteurs soient allés les chercher, principalement dans l’Atlas marocain… C’est un autre sujet, mais cela démontre bien le niveau d’exploitation des transporteurs routiers qui coûtent encore moins cher !

Aujourd’hui nous pouvons constater les effets dévastateurs de cette politique néo-libérale menée au fil des années, que ce soit le cas des hôpitaux ou pour le sujet de cet article la libéralisation du ferroviaire, et plus précisément du Fret.

Concernant le fret routier, le coût en infrastructure est supporté par la collectivité (377€ par chaque contribuable et par an, soit 25 milliards), le coût social est payé par les routiers et leurs familles, des emplois précaires en lieu et place d’emplois stables, et le coût environnemental par la planète.

Actuellement et malgré cette crise, des trains de Fret roulent, transportant des marchandises dont nous n’avons pas besoin, notamment des morceaux de ferraille et des voitures. Le Fret est déjà en temps normal une meilleure solution que le transport routier mais cela se confirme pendant cette crise sanitaire où il pourrait être bien plus efficace que le transport routier, en plus d’exposer moins de travailleurs au virus. On peut donc se rappeler toute la bataille qu’il y a eu autour du train de Fret Perpignan-Rungis qui a été purement et simplement supprimé par le gouvernement alors que ce dernier assurait pleinement sa fonction, et ce pour des produits de première nécessité, des denrées alimentaires.

Quel programme pour le Fret dans la situation de crise sanitaire actuelle ?

Dans la situation de crise sanitaire actuelle, il y a besoin de transports de longue distance pour subvenir aux besoins basiques de la population. Avec son maillage encore conséquent, le fret ferroviaire pourrait être une solution écologique et à portée de main pour livrer des denrées alimentaires comme des céréales, du lait, des produits frais, ainsi que du matériel de protection sanitaire pour la population et les hôpitaux. Mais pour cela, il faudrait aller à l’encontre de toute la politique de libéralisation du rail qui s’est achevée en 2018 avec la « réforme du ferroviaire », il faudrait maintenant réquisitionner tous les wagons de Fret afin d’assurer la livraison de ces denrées vitales.

Pour commencer, il serait indispensable que les instances comme les CSE, les CSSCT, puissent avoir un droit de regard sur les plans de transports, le contenu des wagons de Fret qui roulent actuellement, afin de pouvoir penser, en lien avec le personnel sanitaire et les commerçants, quelle pourrait être l’utilité du Fret s’il était réellement mis au service d’aider les populations dans cette crise sanitaire. Il faudrait, à partir de là, proposer une réorganisation des trajets pour assurer seulement la livraison des marchandises de première nécessité pendant cette crise sanitaire, de façon à protéger au maximum la santé des travailleurs tout en assurant l’approvisionnement nécessaire aux besoins de la population. Le rôle que le fret ferroviaire peut jouer dans la situation actuelle démontre une fois de plus la nécessite de renationaliser tout le système de transports, qui est, avant tout, un service public.




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