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Monde

Solidarité internationale avec les expulsés de Guernica !

Solidarité avec Guernica, une occupation de 1400 familles incendiée par le gouvernement argentin

1400 familles, jetées à la rue par la crise économique, ont été violemment expulsées du terrain vague qu'elles occupaient par la police de Buenos Aires. Plus de 4 000 policiers mobilisés dès 4 heures matin pour détruire les habitations de fortune, laissant des centaines de personnes sans aucun logement au profit d'un projet de quartier privé.

samedi 31 octobre

Ce jeudi 29 octobre à 4 heures du matin, 4 000 policiers sont arrivés sur le terrain situé à Guernica dans la province de Buenos Aires pour expulser les 1 400 familles qui y étaient installées, pour construire un énorme quartier privé avec lac artificiel et terrain de sport pour le country club de la ville.

On a pu voir des bulldozers démolir les habitations de fortunes, emportant avec eux les seuls biens de ces familles plongées dans la plus grande pauvreté qui n’avaient nul autre endroit pour se loger. Les policiers ont utilisé du gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc et ont mis le feu aux habitations pour repousser les familles qui tentaient de sauver leur logement.

Les camarades de notre parti frère en Argentine, le PTS (Parti des Travailleurs Socialistes), qui ont suivi et soutenu la lutte des habitants depuis le début, étaient sur place ce matin avec de nombreuses organisations d’extrême-gauche et des droits de l’homme pour soutenir les centaines de familles qui se retrouvent depuis jeudi soir à la rue. Étaient notamment présents depuis plusieurs semaines de nombreux camarades étudiants de l’université de Buenos Aires, de la Plata ou du Sud de la Province, ainsi que de nombreux travailleurs précaires, professeurs et travailleurs de l’industrie.
La répression de Guernica signe le lancement des plans du gouvernement Fernández et du FMI.

Depuis le mois de juillet, des centaines de familles ont commencé à occuper et construire de petites habitations de fortune sur un terrain privé de 100 hectares, vide et inutilisé depuis 50 ans. Parmi ces familles, de nombreuses femmes seules avec leur enfant qui, après avoir fui les violences domestiques, ont trouvé refuge sur ce terrain appartenant à de riches propriétaires terriens.

La majorité des personnes occupant le lieu sont venues s’installer à Guernica parce qu’elles ne pouvaient plus payer leur loyer après avoir perdu leur emploi souvent très précaire et sans contrat dans le secteur de la construction et du bâtiment, dans la restauration ou encore, pour beaucoup de femmes, comme domestiques chez des familles riches.

A Guernica, le gouvernement « progressiste et populaire », d’Alberto Fernández réprime les familles, les femmes et les travailleurs pour rassurer les plus riches

Cela fait à peine un an qu’Alberto Fernández a été élu président en Argentine et que celui-ci fait face à une crise politique et économique d’ampleur. Il avait profité à la fin du mandat de Mauricio Macri (2015-2019) d’une profonde vague de colère contre la gestion de l’ex-président de droite libérale, et d’une union par le haut de l’ensemble des secteurs de l’opposition péroniste. Avec Cristina Fernandez de Kirchner, l’ex-présidente progressiste (2007-2015) d’avant Macri et actuelle vice-présidente, ils étaient censés représenter le duo capable de gouverner l’Argentine pour le compte du FMI. Alberto Fernandez en représentant de l’establishment, capable de mener les plans d’austérité demandés par le FMI et les grands patrons. Cristina Kirchner, quant à elle, du fait de son influence dans les secteurs progressistes de la société et des mouvements sociaux mais aussi du fait de l’héritage d’une figure liée à une forte croissance économique dans les années 2000, incarne l’aile gauche du régime, capable de promettre une paix sociale pour l’application de ces mêmes plans économiques.

Un équilibre instable de courte durée, étant donné la profondeur de la crise économique, de l’explosion de l’inflation et de la baisse durable du pouvoir d’achat des Argentins ainsi que l’accélération de cette même crise du fait de la pandémie liée au coronavirus. Une situation économique qui se fait lourdement ressentir sur l’ensemble de la population et surtout sur les secteurs les plus vulnérables, alors même que de nombreux travailleurs ne perçoivent plus de revenus depuis mars et que près de 47% de la population argentine vit sous le seuil de pauvreté, 8% vit une situation d’indigence. La crise du logement prend donc une ampleur politique et nationale centrale, alors même que 38% des Argentins n’ont pas pu assurer leur loyer de septembre et que des milliers de familles se retrouvent à la rue ou sans travail.

Nombre de ceux qui vivaient à Guernica n’étaient autre que des perdants directs de la crise et des conséquences de l’austérité organisée par le FMI et le gouvernement pour rembourser les spéculateurs et les marchés internationaux. Rien de plus démonstratif de la situation : le jour même de l’expulsion des familles de Guernica, le Parlement votait le budget annuel du pays en accord avec le FMI. Quelques jours plus tôt, Cristina Fernandez de Kirchner quant à elle appelait à un « nouvel accord social » très clair : il faut se mettre d’accord avec les grands patrons argentins et grands propriétaires de médias, gagnants de chaque crise, et ce avec le soutien de l’Église et de la bureaucratie syndicale, car les plans d’austérité ne pourront être appliqués qu’avec l’aide de la répression. Un appel à un tournant à droite dans la méthode de gouvernance d’Alberto qui commence par la répression des familles de Guernica.

Ces mêmes secteurs populaires réprimés jeudi sont autant d’électeurs d’Alberto Fernandez et du péronisme, ils sont les perdants de la crise. Réprimés par Kicillof, le gouverneur de la province de Buenos Aires, figure considérée comme des plus à gauche du front au pouvoir, ainsi que Berni, l’actuel ministre de la sécurité de la Province qui n’a fait que réaffirmer sa lutte pour le droit à la propriété privée, ils avaient rejeté à plusieurs reprises les négociations proposées par le gouvernement qui visaient à ne proposer de logement qu’à moins de la moitié d’entre eux.

Guernica n’est donc rien d’autre que la mise en lumière brutale de qui est avec qui face à la crise. D’un côté un gouvernement qui cherche à faire de la lutte pour la propriété privée des grands patrons argentins, parfois enrichis par la dictature, un exemple. Et de l’autre, des familles de travailleurs qui subissent la crise de plein fouet et demandent le droit à la terre ainsi qu’à un logement digne. Cet empressement du gouvernement répond au besoin d’étouffer les méthodes de récupérations de terres historiques des couches les plus paupérisées de la classe ouvrière argentine. Mais c’est aussi la démonstration de la réactivité des secteurs populaires qui subissent cette crise et qui sont disposés à se battre pour se défendre, en témoigne la force de l’affrontement qui a suivi l’expulsion entre les habitants du quartier et la police. Un avis partagé même par les éditorialistes les plus à droite, comme le fait Claudio Jacquelin dans la Nation, journal historique de la droite locale, qui rappelle dans un récent article que l’expulsion des terres de Guernica de centaines de travailleurs ouvre une rupture à la gauche du gouvernement qui sera facteur d’une déstabilisation d’autant plus forte pour la période à venir. Comme il le rappelle dans son article : « Il y a maintenant une donnée nouvelle à prendre en considération : les mobilisations qui ont commencé hier ne sont ni ne seront pas incarné exclusivement par des groupes d’inspiration ou d’affection trotskiste, qui n’ont jamais fait partie de "l’officialisme" (le gouvernement) […] Il y a aussi depuis hier des critiques qui proviennent d’électeurs, adhérents ou militants de la formule Fernandez-Kirchner[...] ».

Le gouvernement a passé le cap de réprimer le peuple qu’il disait défendre durant sa campagne électorale et ouvre la période d’une possible rupture à sa gauche de nombreux étudiants, travailleurs et précaires disposés à remettre en cause les effets de la crise sur leur quotidien. Comme le rappelait notre camarade Myriam Bregman, députée de la province de Buenos Aires pour le Parti des Travailleurs Socialistes et du Front de Gauche Unité : « Aujourd’hui le budget a été voté, celui qu’a demandé le FMI, qui interdit de donner des concessions aux secteurs populaires parce que l’argent doit aller aux Etats-Unis, au fond monétaire, aux fonds-vautours et l’accord social inclut que les pauvres, les travailleurs, les travailleuses, les femmes qui se battent pour une maison pour leurs enfants soient réprimés ! » Une politique criminelle de la part du gouvernement alors même que ces familles se retrouvaient sans la moindre alternative, en vivant parfois dans des situations d’insalubrité absolue, et qui n’ont aujourd’hui aucune perspective pour savoir ne serait-ce qu’où vivre et quelle réponse pense leur donner le gouvernement après les avoir réprimées.

Alors que la récupération de terres vides est une méthode historique de la formation des quartiers populaires en Argentine, le gouvernement préfère faire un exemple dès le début de la crise de son attitude envers les secteurs les plus vulnérables de la population pour défendre la propriété privée (par ailleurs sans preuve) d’un riche propriétaire argentin.

Des propositions illusoires faites aux habitants de Guernica

Le terrain était découpé en 4 quartiers différents : « la lucha », « san martin », « 20 de juilio » et « la union ». Les habitants de ces quatre quartiers s’organisaient en assemblée pour discuter et voter les propositions des négociations qui avaient commencé avec le gouvernement. Les personnes participant à ces négociations étaient des représentants élus par chaque assemblée de quartier.
Mercredi, le gouvernement, qui avait déjà tenté d’expulser plusieurs fois le terrain, a proposé un dernier accord aux habitants en échange de l’évacuation de la zone. Il s’agissait d’une « promesse » de plan de logement pour dans six mois avec un plan de relogement immédiat pour seulement 650 familles sur les 1 400 présentes sur le campement, rien pour les 750 autres familles. La « promesse » du gouvernement n’étant pas du tout fiable (il ne donnait pas de lieu précis ni d’information concrète concernant les futurs logements) et ne donnant aucune solution immédiate pour 750 familles, elle a été refusée par les habitants. Le gouvernement a aussi tenté de diviser les familles en cherchant à imposer des négociations individuelles, famille par famille.

Une lutte pour la terre, lutte de l’extrême gauche et des révolutionnaires

A côté des habitants de Guernica qui ont mené une lutte essentielle pour leur droit au logement et à l’accès à la terre, l’extrême gauche et de nombreuses organisations sociales se sont investies en profondeur dans ce conflit. Depuis début août, en plus de faire un travail quotidien pour refléter les conséquences de la crise sur les habitants de Guernica ainsi que pour organiser la plus large unité et solidarité avec leur lutte, La Izquierda Diario (journal frère de Révolution Permanente) et le Parti des Travailleurs Socialistes ont répondu présents.

Les familles de Guernica, et plus particulièrement les femmes de la Commission des femmes qui a réaffirmé « Ni una Menos Sin techo ! » (Pas une de plus sans toit – en référence au principal slogan contre les féminicides et les violences faites aux femmes) ont incarné une profonde lutte contre la répression du gouvernement et les tentatives de division du gouverneur Kicillof.

Pour défendre le fait que les habitants puissent décider eux-mêmes de leurs luttes, pour faire face aux stratégies de division du gouvernement, et ce en lien avec de nombreuses organisations comme le Partido Obrero, Barrios de Pie, le Movimiento Teresa Rodriguez ou encore le Frente de Organizaciones en Lucha, le PTS a mené la politique d’impulser des assemblées générales des habitants, bien que les méthodes pour construire celles-ci aient parfois été l’objet de débats. Une autre politique centrale de l’extrême gauche a été d’organiser une très profonde solidarité dans l’ensemble de la population, depuis les lieux de travail et d’études mais aussi dans les quartiers, afin d’apporter tous les moyens nécessaires à la vie des habitants de Guernica, en organisant des collectes de biens et de nourriture ainsi que des distributions car c’est seulement à travers l’unité de tout les exploités et des opprimés que l’on peut construire une voie alternative à un nouveau pillage historique contre la majorité de la population.

Les bureaucraties syndicales ont brillé par leur absence, empêchant une présence réelle des principaux bastions de la classe ouvrière pour que celle-ci puisse défendre ses frères de classe, et c’est aussi pour cela que se pose plus que jamais l’intervention dans les syndicats afin de les sortir de la paralysie forcée par les bureaucraties syndicales. C’est aussi l’objectif qu’ont eu les révolutionnaires, en plus de dénoncer systématiquement la répression et les mensonges du gouvernement envers les habitants de Guernica. Cette lutte est une première étape pour tirer des premières conclusions essentielles sur les prochaines étapes de lutte de classe qui risquent de traverser le pays.

Déjà, l’ensemble des habitants s’organisent actuellement pour remettre sur pied leur lutte. Une lutte à laquelle participera le Parti des Travailleurs Socialistes dans la perspective de construire une alternative politique des travailleurs avec un programme pour que ce soit aux capitalistes de payer la crise.

Il est essentiel d’envoyer toute notre solidarité depuis la France à l’ensemble des travailleurs qui subissent les conséquences de la crise organisée par le FMI ainsi qu’aux familles de Guernica, réprimées et expulsées pour les intérêts des patrons, du FMI et de l’impérialisme ! 




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