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Société

Le gouvernement lance des dispositifs épargnes retraites : ou comment préparer la capitalisation

Ce mardi 1er octobre le gouvernement a mis en place 3 plans retraites qui doivent suppléer aux anciens, estimés peu rentables et contraignants. Ces nouveaux dispositifs, qui sont présentés comme une alternative à l’assurance-vie, permettent entre autres de disposer plus facilement de l’épargne et de bénéficier de davantage de réductions d’impôts. Alors que le projet de réforme des retraites du gouvernement prévoit de baisser le montant des retraites de la majorité des salariés en instaurant le système par point, cette mesure qui se base sur les capacités d’épargne individuelles, se présente comme le corollaire direct du système de « retraite à la carte » qui tire profit des inégalités sociales.

mercredi 2 octobre

Les anciens dispositifs d’épargne retraite (PERP, Perco, Madelin et article 83) sont utilisés par 13 millions de personnes en France. Le montant de leurs actifs est estimé à environ 200 milliards d’euros, ce qui est « peu » comparé aux 1 700 milliards investis dans l’assurance-vie, dont les services fournissent également de meilleurs avantages fiscaux. Le modèle étant jugé peu rentable sur la durée et surtout contraignant à cause des conditions de retrait qui imposent, sauf cas d’exception, une rente viagère (versée jusqu’au décès du bénéficiaire) accessible seulement à partir du départ à la retraite, le gouvernement a prévu par la loi Pacte une modification du plan d’épargne retraite.

Afin de les rendre plus attractifs aux cadres et aux secteurs privés, le gouvernement rend entre autres possible la sortie en rente ou l’achat d’un logement avec l’épargne dès le départ à la retraite, le déblocage de cette épargne lors du transfert d’un des anciens dispositifs vers un nouveau, et fournit de nouvelles réductions d’impôts non négligeables pour les revenus les plus conséquents, comme par exemple une exonération en cas de rachat d’un contrat d’assurance-vie de plus de 8 ans. L’objectif affiché est ainsi d’augmenter la part des actifs dans les « plans d’épargne retraite » (PER) à 300 milliards d’euros d’ici 2022.

Déclinés en un contrat d’épargne individuel et en deux contrats d’épargne collectifs pour les entreprises, ils sont innocemment vendus comme « un complément essentiel à la retraite » par le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire. Mais comme le commente Philippe Crevel, conseiller BFM Business, « il y a un autre intérêt avec ces produits, c’est de financer l’économie. Comme ce sont des produits d’épargne très longs sur plusieurs décennies, cela permet d’affecter ces épargnes vers les entreprises et sur le long terme les actions ont un meilleur rendement que les obligations ou que le livret A.  »

Même s’il prétend changer ces dispositifs pour promouvoir une alternative à l’assurance-vie, l’Etat ne compte au final que renflouer les entreprises d’épargne. En transformant les plans d’épargnes retraites, il compte fournir les moyens d’alimenter davantage les banques, assurances ou autres organismes spécifiques, qui pourront investir plus largement sur les marchés, que ce soit sous forme d’actions ou d’investissements dans des infrastructures ou les nouvelles technologies.

Ces dispositifs d’épargne sont historiquement liés aux réformes de retraites, en prévision desquels ils sont adoptés. En 2003 par exemple, alors que 2 millions de travailleurs manifestaient contre la loi Fillon sur les retraites, le Plan d’Epargne Retraite Populaire (PERP) était alors présenté comme une caution destinée à prévenir la baisse future des pensions. Ce système « à la carte », qui fonctionne par capitalisation, est aujourd’hui réactualisé alors que le gouvernement Macron cherche à déborder sur l’âge légal de la retraite avec une réforme contestée.

Cette mesure, basée sur les capacités d’épargne individuelles et donc en premier profitable aux revenus importants, démontre clairement la nature inégalitaire du système des retraites voulu par l’état, lui même basé sur les conditions d’accès inégales à l’emploi : seuls sont qui en ont les moyens pourront mettre de côté, tandis que ceux qui sont en bas de l’échelle sont invités à travailler davantage pour profiter d’un taux plein. Face à l’attaque historique contre le système des retraites et tous ses dispositifs néfastes il est nécessaire de construire à partir de la grève du 5 décembre, relayée notamment par des secteurs clefs comme la RATP ou la SNCF, un mouvement d’ensemble et de refuser les négociations secteur par secteur qui ne visent à diviser les travailleurs.

Crédits Photo : Getty image




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Jean-Paul Delevoye   /    Réforme des retraites   /    Société