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Du Pain et des Roses

Droits sexuels et reproductifs

Le gouvernement refuse l’allongement du délai pour l’IVG pendant le confinement

Les ministres de LREM ont rejeté l’amendement au projet de loi d’urgence sanitaire qui visait à prolonger de deux semaines le délai légal pour l’IVG, proposé par la sénatrice Laurence Rossignol.

dimanche 22 mars

Crédits photo : Lionel Bonaventure AFP

Dans un contexte de crise sanitaire, de restrictions de déplacements à l’intérieur et à l’extérieur du pays et de débordement du système hospitalier, les conditions d’accès à l’IVG sont particulièrement vulnérabilisées. Face à cette situation, la sénatrice de l’Oise Laurence Rossignol (PS) a présenté le jeudi 19 mars un amendement au projet de loi d’urgence covid-19 qui prévoyait l’extension à 14 semaines du délai légal de l’IVG ainsi que la suppression de l’exigence de la deuxième consultation pour les mineures, tout cela jusqu’au 31 juillet 2020.

Et bien qu’il s’agisse du droit fondamental de disposer de son propre corps, les ministres de la Santé, Olivier Véran, et du Travail, Muriel Pénicaud, ont rapidement rejeté l’amendement.

Les centres d’IVG en temps de pandémie

Comme le précise le Planning Familial, les personnes qui découvrent leur grossesse pendant le confinement craignent énormément de ne pas pouvoir exercer leur droit à l’IVG. C’est pourquoi ce réseau insiste sur le fait que l’avortement est une nécessité médicale et que, par conséquent, il est autorisé d’y accéder pendant le confinement. Cependant, si les possibilités d’accès à l’avortement étaient en déclin avant la pandémie, principalement en raison de la fermeture des centres d’IVG, tout a été aggravé par la crise sanitaire. Dans une déclaration, le collectif « Avortement, les femmes décident » a dénoncé que « certains établissements hospitaliers et certains centres de planification n’assurent plus leurs missions dans ce domaine, soit pour prioriser les soins aux personnes atteintes gravement par le coronavirus — avec la fermeture des créneaux de bloc opératoire pour les IVG instrumentales — soit par manque de matériel de protection pour le personnel d’accueil et soignant ».

L’accès à l’IVG devient donc de plus en plus difficile en temps de crise sanitaire. La saturation des centres de santé se traduit par l’assignation des médecins à la lutte contre le virus qui ne peuvent plus assurer leurs rendez-vous habituels, ce qui oblige à les reporter, y compris les soins gynécologiques. Comme l’explique à Libération la coprésidente du planning familial, Caroline Rebhi, il y a eu « des blocs annulés, des IVG repoussées de quelques jours. En fait, ça dépend des régions. Là où le service était déjà défaillant, c’est évidemment encore pire ». En même temps, elle dénonce que les appels au Planning Familial ont triplé : « on recueille des femmes inquiètes pour leur avortement, mais aussi des témoignages de violences, suite à la fermeture temporaire du 3919. »

Et malgré tous les efforts que peut faire le personnel concerné, comme la mise en place de cellules de régulation pour déplacer les patientes lorsque le centre ou hôpital déborde, le fait de privilégier la méthode médicamenteuse ou encore la méthode d’aspiration sous anesthésie locale, les mesures restent insuffisantes.

Aujourd’hui, malgré la crise, il n’est toujours pas permis de réaliser une IVG médicale par téléconsultation. De plus, des femmes dans toute la France sont obligées de parcourir plusieurs kilomètres pour trouver un centre qui effectue des IVG, une condition qui fragilisait déjà ce droit avant la crise, mais qui est aggravée par le confinement et la situation actuelle.

Le dépassement du délai légal et fermetures de frontières

Toutes ces limites, associées au manque d’informations à ce sujet, peuvent pousser de nombreuses femmes à dépasser les 12 semaines de grossesse (c’est-à-dire 14 semaines après la date de leurs dernières règles) et à se retrouver en dehors du délai légal d’avortement, les forçant à aller avorter à l’étranger.

Cette réalité menace plus fortement aujourd’hui de nombreuses femmes et accentue le fait qu’en France avorter reste quand même un privilège de classe : les personnes qui dépassent le délai légal, mais qui ont l’argent pour voyager, peuvent se faire avorter à l’étranger, tandis que les femmes pauvres et sans papiers sont contraintes d’accoucher ou de se faire avorter dans la clandestinité.

Nos droits sexuels et reproductifs en danger

En ce qui concerne la contraception, le 18 mars, il a été déclaré que les femmes qui prenaient déjà la pilule pourront obtenir cette méthode de contraception avec une ancienne ordonnance, comme toute personne effectuant n’importe quel traitement de longue durée.

Mais l’accès aux informations nécessaires sur la contraception et l’avortement, pendant un confinement qui incite à limiter au maximum nos déplacements, un système de santé qui déborde et les problèmes de nombreuses familles pauvres et isolées pour accéder à la téléconsultation, aggravent considérablement nos droits sexuels et reproductifs.

Nous savons très bien que nos droits, au sein des démocraties capitalistes, ne seront jamais pleinement obtenus, et que nous devons les défendre bec et ongles. Face à ce panorama, nous devons aujourd’hui plus que jamais dénoncer la fermeture et le démantèlement des centres d’IVG, et défendre l’extension des semaines d’avortement et la suppression de la clause de double conscience inscrite dans la loi, afin que toutes les femmes aient accès à un IVG sûr et gratuit.

Tout cela en gardant à l’esprit que ces droits ne sont pas une fin en soi, et qu’il est nécessaire de s’organiser pour détruire ce système qui n’a aucun scrupule à continuer à exploiter la force des travailleurs et travailleuses en s’assurant d’en tirer le meilleur profit même en temps de pandémie, tout en prévoyant de rogner sur les droits démocratiques et de leur faire payer la crise.




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