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Jeunesse

Blanquer démission !

Mobilisation des BTS dans les lycées : la colère gronde contre les examens en présentiel

Depuis le début de la semaine les élèves en BTS se mobilisent contre la volonté de Blanquer de maintenir des examens en présentiel. Entre mépris de la jeunesse, une gestion sanitaire catastrophique dans les écoles, les racines de la colère sont profondes.

vendredi 7 mai

Crédit photo : Twitter @ConflitsFrance

Alors que les élèves en BTS sont censés débuter leurs examens ce lundi 10 mai en présentiel, les étudiants protestent contre cette décision irresponsable et aberrante, et tentent de faire annuler la tenue de tels examens. À l’image des mobilisations lycéennes qui ont lieu depuis le début de la semaine, ces étudiants dénoncent le mépris du gouvernement qui refuse de prendre en compte la situation exceptionnelle et particulièrement difficile dans laquelle ils se trouvent.

Une forte colère s’exprime parmi les BTS, qui se considèrent comme les grands oubliés du gouvernement, Blanquer omettant souvent ne serait-ce que d’aborder leur cas lorsqu’il s’exprime publiquement.

Cette colère n’est pas nouvelle chez les BTS, elle s’est incarnée notamment par la création du collectif BTS en détresse il y a quelques mois. Au mois d’avril, des étudiants en BTS positifs au COVID avaient été contraints de passer leur examen en présentiel sous peine d’avoir zéro, devant ainsi rompre le confinement pour les personnes positives, et risquant donc la contamination de leurs camarades.. Ces cas avaient commencé à susciter la colère des étudiants, qui dénonçaient déjà l’absurdité de devoir passer leurs examens en présentiel – qui plus est dans des conditions désastreuses – après avoir dû étudier pendant des mois en distantiel.

Le collectif BTS en détresse dénonce entre autres les conditions dans lesquelles certains examens blancs ont été passés, sur France 3 : « on nous entasse dans des salles pendant 6 heures sans pouvoir manger, boire ni même changer nos masques au bout de quatre heures, ce qui est dangereux pour notre santé et celle de nos camarades de classe ».

Dans le même sens, une étudiante explique interviewée par Révolution Permanente raconte : « j’ai assisté à une épreuve en avril au centre d’examen d’Arcueil, où beaucoup de BTS étaient présents : les fenêtres étaient fermées, il n’y avait pas de gel hydro alcoolique distribué, les salles surchargées ne correspondaient pas au protocole sanitaire, les gens étaient collés, il y avait une attente de cinquante minutes minimum dans les halls, couloirs, escaliers pour pouvoir rentrer dans les salles ». Elle dénonce ainsi des protocoles sanitaires largement insuffisants et qui ne peuvent même pas être respectés faute de moyens suffisants, ce qui nous rappelle la situation catastrophique dans les lycées depuis le début de cette crise sanitaire, qui est le résultat de choix gouvernementaux, de ne pas allouer de moyens supplémentaires à l’éducation nationale en laissant les élèves étudier dans des conditions sanitaires catastrophiques.

Fin avril, alors que le premier ministre Jean Castex avait annoncé, le 1er avril dernier devant l’assemblée nationale, que l’ensemble des examens finaux pouvant se tenir à distance devaient impérativement l’être, le gouvernement est revenu sur sa décision pour les étudiants en BTS, leur faisant ainsi courir un risque pour eux et leurs proches. Cette annonce a mis le feu aux poudres et les étudiants ont décidé de réagir en attaquant en justice les ministres de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, et de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal.. Le Conseil d’État, comme la Cour européenne des droits de l’Homme ont rejeté le recours des étudiants, mais cela ne les a pas empêchés de se mobiliser, au moyen d’une pétition qui a récoltée plus de 10 000 signatures, et de blocages de lycées :

Un rassemblement d’étudiants dont beaucoup d’étudiants en BTS a aussi eu lieu jeudi 6 mai, devant le ministère de l’Enseignement. L’UNL (union nationale des lycéens) appelle depuis le début de la semaine les lycéens et élèves de BTS à des actions pour demander l’annulation des épreuves. « Le mouvement prend de l’ampleur, presque 300 lycées étaient bloqués ce mardi matin », revendique Elie Saget, vice-président de l’UNL, auprès du Parisien. qui appelle à une « marée noire » des lycéens le 10 mai prochain, premier jour des épreuves communes du BTS.

En effet, demander aux étudiants de venir passer leurs examens en présentiel après des mois à étudier derrière leurs ordinateurs est un énième mépris du gouvernement à leur égard. Ces mêmes étudiants qui ont dû faire face à une détresse très importante durant cette année scolaire car ils ont été largement sacrifiés par le gouvernement pendant cette crise, qui a refusé d’allouer des moyens à la hauteur pour maintenir un enseignement en présentiel dans des conditions propices. Plus grave encore, l’école a été un des premiers lieux de la gestion made in MEDEF du gouvernement, prêt à mettre la vie des étudiants, des personnels en danger pour continuer à faire tourner l’économie.

Les étudiants en BTS, à l’image des autres étudiants, ont dû faire face à un fort isolement et à une précarisation accentuée par la crise économique. Dans ces conditions, les cours ont été très difficiles à suivre et les inégalités se sont creusées entre ceux qui peuvent étudier et vivre dans des conditions décentes, et ceux qui à l’inverse sont précarisés et sont dans des conditions matérielles rendant difficile voire impossible d’étudier. La tenue d’examens dans ces conditions serait donc profondément inégalitaire. Cette décision est d’autant plus absurde que les examens en présentiel avaient été annulés l’année dernière, au profit d’un contrôle continu. De nombreux étudiants en BTS ont aussi dénoncé que le programme de l’année scolaire n’a pas pu être terminé, ce qui les place dans une situation encore plus critique pour les examens. En bref, les étudiants refusent d’être « envoyés au casse-pipe » et considèrent qu’il s’agit d’une « atteinte à leur droit à la santé » comme l’explique Julien, en 2e année de BTS SP3S (secteur sanitaire et social), qui appartient du collectif BTS en détresse, auprès du Le Parisien

Ces mobilisations sont aussi l’expression d’une colère profonde dans la jeunesse et d’une forte désillusion, à l’heure où tout ce qu’on nous propose est un avenir de chômage et de précarité, avec des suppressions d’emploi qui se multiplient et des attaques majeures à notre camp social.

En ce sens, il est urgent d’imposer la validation automatique de l’année pour tous les étudiants au vu des conditions sanitaires – au-delà du contrôle continu qui n’exclut pas forcément une sélection des étudiants. Mais aussi, il s’agit d’élargir les revendications et de se battre aux côtés des professeurs pour plus de moyens dans les établissements scolaires et d’enseignement supérieur afin de pouvoir gérer la crise par le bas et lutter contre la détresse étudiante, mais aussi contre des conditions de travail dégradées pour les travailleurs de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur. Plus globalement, c’est contre la sélection qui ne fait que s’accentuer dans l’enseignement supérieur qu’il faut lutter, et ainsi refuser de devoir être sélectionnés et de ne pas pouvoir étudier librement ce qui nous plait, sans avoir à subir en fin d’année une pression à passer des examens qui risquent de nous évincer du parcours scolaire.

Contre le mépris du gouvernement à l’égard des étudiants mais aussi de l’ensemble de notre camp social, c’est par la mobilisation et dans la rue que la jeunesse pourra le faire reculer pour obtenir et mettre en place les moyens qui permettront véritablement l’épanouissement et la réussite de tous les étudiants dans la voie qui leur convienne et qu’ils auront choisie.




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