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Politique

Racisme institutionnel

Le maire PS de St-Denis interdit la chicha dans l’espace public : une mesure raciste et sécuritaire

Le nouveau maire PS de Saint-Denis, Mathieu Hanotin, a émis un arrêté qui interdit depuis le 28 août l'usage de narguilés dans l'espace public. Une attaque contre les habitants des quartiers populaires qui s'inscrit dans le cadre de l'offensive sécuritaire et raciste du gouvernement et de l'extrême-droite.

mardi 1er septembre

Mathieu Hanotin, le maire de Saint-Denis (à droite), a interdit la chicha dans les espaces publics à Saint-Denis. Crédit photo : montage Pixabay et Facebook

Mathieu Hanotin, maire PS de Saint-Denis depuis juin, a émis un arrêté qui interdit depuis le 28 août de fumer la chicha dans les lieux publics sous peine d’une amende de 38 euros. Il s’applique à l’enceinte des bâtiments publics, aux places et espaces verts publics, ainsi que sur la rue Gabriel Péri et l’avenue du Président Wilson.

Cette mesure n’est pas le fruit d’une décision isolée, mais rentre dans un cadre politique plus large. Depuis la fin du confinement nous assistons à une offensive sécuritaire et raciste du gouvernement et de l’extrême droite, à l’image dernièrement de la répression policière à l’égard des habitants des quartiers populaires à coups d’amende de 135€ pour non-port du masque dans l’espace public au nom de la lutte contre la crise sanitaire, ainsi que par la fiction raciste publiée dans Valeurs Actuelles à propos de Danièle Obono, ou encore les menaces de mort proférées contre le militant et syndicaliste Anasse Kazib par Thierry Veyrier, alors délégué du Rassemblement National dans le Val-de-Marne.

Ainsi, reprenant le vocabulaire de Marine Le Pen et les thèmes chers à la droite sarkoziste, Gérald Darmanin, le nouveau ministre de l’Intérieur du gouvernement Macron-Castex s’est illustré le 24 juillet dernier en parlant de « l’ensauvagement d’une partie de la société » lors d’une interview donnée au Figaro. A ce titre, le sociologue et militant des quartiers populaires Saïd Bouamama a rappelé dans un récent article publié sur son blog la généalogie de ce vocabulaire, qui s’est développé « historiquement au moment de la formalisation des idéologies justificatrices de l’esclavage puis de la colonisation ».

De plus cette offensive n’est pas sans entraîner une partie de la gauche institutionnelle. En effet à l’université d’été du Parti Communiste Français ce week-end, après avoir revendiqué le terme d’ « ensauvagement » utilisé par Gérald Darmanin quelques jours plus tôt, le secrétaire général du PCF, Fabien Roussel, a affirmé que sa « priorité c’est la lutte contre les trafics » afin de reprendre « le pouvoir dans tous les quartiers de la République ».

Un glissement d’une partie non négligeable de la gauche réformistes vers les thématiques de la droite et de l’extrême-droite, qui n’est cependant pas sans avoir des précédents. A l’image de la politique menée à la mairie de Saint-Denis, un des fiefs du PCF jusqu’au dernières élections, où le processus de gentrification s’est exercée dans le cadre du projet de Grand Paris et s’est matérialisé par l’éviction des populations dites « indésirables », en particulier les classes populaires issues de l’immigration.

Ainsi l’arrêté pris par le nouveau maire PS de Saint-Denis, Mathieu Hanotin, qui interdit de fumer la chicha dans les lieux publics sous peine d’une amende de 38€, s’inscrit dans la continuité des mesures sont prises alors que le PCF était encore à la tête de la mairie. En effet, à l’approche des Jeux Olympiques de 2024 à Saint-Denis, la municipalité a menée une politique répressive systématique à l’égard des populations précaires dans les quartiers populaires, à l’instar des descente de police contre les vendeurs à la sauvette sur le parvis de la Gare, des travailleurs précaires et souvent sans-papiers.
Dans la même logique, on pourrait également citer la suppression du parc de logements sociaux du quartier du Franc-Moisin, qui a comme objectif et résultat l’éloignement de 9.000 personnes précaires et majoritairement issues de l’immigration de la ville de Saint-Denis, à qui aucune solution de relogement n’est proposée.

Dans le cas de l’interdiction de fumer la chicha dans les lieux publics par la nouvelle équipe municipale dirigée par le PS, il s’agit d’une criminalisation des comportements des populations racisées, la chicha étant un narguilé principalement utilisé en Afrique et au Moyen-Orient, ainsi que par la population issue de l’immigration.

Cette politique raciste avait été toutefois été annoncée par le nouveau maire Mathieu Hanotin lorsqu’il caractérisait pendant sa campagne électorale les quartiers populaires de Saint-Denis comme un « repaire de délinquants ». Ce procédé de criminalisation et d’ethnicisation des habitants des quartiers populaires est typique des politiques racistes héritées de l’histoire coloniale française et de la gestion sécuritaire des inégalités sociales par l’État français. Alors que le monde s’apprête à connaître une crise économique sans précédents, le poison du racisme distillé par les classes dominantes reste un des moyens privilégié pour justifier la répression des populations les plus précaires et diviser les classes populaires face aux attaques anti-sociales du gouvernement et du patronat, comme en a déjà témoigné la mise en place de l’État d’urgence sanitaire et du confinement répressif imposé de manière brutal par le gouvernement.

Car en réalité, si la municipalité de Saint-Denis justifie l’interdiction de l’usage de narguilés dans l’espace public au nom de la lutte contre « les nuisances sonores » occasionées par les rassemblements dans l’espace public, elle élude les vrais problèmes. Cité dans Le Point, Mathieu Hanotin prétend ainsi répondre à « une réalité de terrain », à la différence de « certains maires de droite prennent des arrêtés antichicha pour stigmatiser certaines catégories de la population ». Et pour cause, si cette interdiction est la première du genre en Seine-Saint-Denis, d’autres mesures du même type ont été prise à Annecy, Cannes, Estrées-Saint-Denis, Éragny-sur-Oise, Cavaillon sous l’égide de maire de droite, ou encore Béziers, la ville dirigée par Robert Ménard, connu pour ses positions anti-immigration proche de l’extrême-droite.

Cependant, comme ailleurs, cette mesure prise à Saint-Denis répond à une stratégie répressive et raciste du maintien d’un ordre inégalitaire. En effet, elle criminalise les habitants des quartiers populaires et élude la sur-occupation des logements – qui est officiellement de 26,6% à Saint-Denis –, l’absence d’infrastructures sociales pour de nombreux jeunes qui n’ont d’autres espaces de rencontre que la rue, les parcs et les halls d’immeuble ainsi que le taux de chômage s’élevait à 41,2% chez les jeunes (15-24 ans) en 2016 contre 26,7% pour la même tranche d’âge sur l’ensemble du territoire national.

Il s’agit donc de dénoncer tant l’offensive sécuritaire raciste du gouvernement et de l’extrême-droite, que la politique menée par une partie de la gauche institutionnelle à l’image du maire PS de Saint-Denis, qui stigmatisent et répriment les classes populaires. Contre le racisme d’État, notre arme sera la solidarité et l’auto-organisation des habitants des quartiers populaires en toute indépendance des institutions.




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