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Société

Entretien avec Jean Guerrier, président du comité DAL de Saint-Ouen

Le mépris de la mairie de Saint-Ouen envers les mal-logés

Menace d’expulsion du « village d’insertion » des rroms, familles victimes de marchands de sommeil, fermeture du foyer de jeunes travailleurs Cara, manque de logements sociaux… à Saint-Ouen comme ailleurs, le mal-logement est un fléau aux multiples visages. Face à l’inaction de la mairie de Saint-Ouen, le comité local de l’association Droit au logement (DAL) organisait, ce lundi 15 juin au soir, un rassemblement devant l’Hôtel de Ville. Une soixantaine de personnes ont manifesté leur solidarité aux mal-logés, également présents et déterminés à continuer leur mobilisation.

jeudi 18 juin 2015

Ni les revendications des familles mal-logées, ni même le respect de la loi censée garantir un hébergement à tout résident en faisant la demande (droit au logement opposable), ne semblent faire partie des priorités de la mairie de Saint-Ouen. Qu’elle soit de droite ou de gauche, d’ailleurs. En la matière, l’actuelle mairie, dirigée par William Delannoy (divers droite), ne fait que poursuivre la politique menée par le Front de Gauche, Jacqueline Rouillon en tête, jusqu’aux dernières élections municipales. Avec les menaces d´expulsion des familles habitant les immeubles sinistrés des 17/19 rue Jules Vallès, des 14 familles rroms du « village d´insertion » du 41 rue de Clichy, et la fermeture du foyer Cara, la situation des mal-logés ne s’est guère améliorée. Le regard de la mairie semble cependant encore plus méprisant qu´avant : non seulement elle ne tient pas compte des revendications des familles mal logées, mais elle refuse même de les entendre.

« On attend, on attend, et jusqu´à ce jour on attend un rendez-vous »

Les revendications du DAL de Saint-Ouen restent, selon Jean, président du comité, toujours sans réponse. « On demande à le revoir [Jean Foucart, délégué au logement, ndr] et on n´arrive pas à trouver un rendez-vous (…) il y a les expulsés, et les habitants du 17/19 rue Jules Vallès et du foyer Cara. On a juste demandé à être reçus pour discuter par rapport aux familles ». Si les problèmes des familles mal-logées s´accumulent depuis des années, le mépris de la mairie semble bien établi : depuis les élections municipales, elle n’a accordé qu’un seul rendez-vous d’une heure aux représentants du DAL.

Le 8 juin, une manifestation avait déjà eu lieu devant la mairie, demandant une suspension de séance du conseil municipal pour que la situation des familles mal-logées soit discutée. William Delannoy avait non seulement refusé la demande, mais il avait même fait appel à la police municipale et nationale pour bloquer les entrées et repousser les manifestants. Un nouveau rassemblement était alors appelé pour la semaine suivante. « On a insisté, puis ils ont dit oui, on vous donne un rendez-vous aujourd´hui [le 15 juin] à 15h. Mais quand j´ai appelé pour confirmer le rendez-vous, ils nous ont dit que ce n’était pas possible parce qu´il y avait un problème de calendrier ».

« Pas d’expulsions sans relogement »

Selon Jean, il n’est pas question de dissocier les différents problèmes de logement. Ainsi le DAL demande à ce « qu’il n’y ait pas d’expulsions sans relogement », mais revendique également la régularisation de tous les sans-papiers. « On demande à M. le maire qu´il entreprenne les démarches par rapport aux gens qui sont ici depuis des années et n´ont pas de papiers ». Selon lui, les familles vivent dans des conditions extrêmement précaires. Aux 17/19 rue Jules Vallès, l’insalubrité qui avait conduit à l’incendie du 25 janvier 2010, dans lequel avaient péri une femme de 26 ans et son enfant de 3 ans, est toujours de mise. « La situation dans l´immeuble est de plus en plus difficile. Comme le propriétaire était un marchand de sommeil, les familles étaient là à 4 ou 5 dans une même pièce, entassées avec des enfants. Elles demandent à être relogées ».

Quant aux 14 familles rroms qui vivent depuis 2008 dans un « village d´insertion », suite au démantèlement de leur campement des Docks, et dont les enfants sont scolarisés sur la ville, leur avenir n’est guère plus glorieux. Il leur est en effet exigé de quitter les lieux d’ici la fin de l´année scolaire.

Migrants et mal-logés : la mobilisation doit continuer

Le DAL ne compte pas baisser les bras : « on reste mobilisés et s´il le faut, on est prêt à faire d´autres choses pour avoir un rendez-vous ». Et parlant de la situation des migrants de La Chapelle, Jean nous raconte qu’il est lui aussi « passé par là » : « Je sais ce que c´est pour les gens sans papiers. C´est pour ça que je suis resté dans la lutte. Le conseil que je donne à ces migrants c’est de rester dans la lutte, rester groupés avec les associations et les autres sans-papiers pour obtenir leurs papiers et leurs droits ».

17/06/15




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