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Patrons-pollueurs

Le nombre de jets augmente de 133% en 20 ans : pas de crise pour les milliardaires

Dans un contexte de crises multiples, une nouvelle enquête montre que la flotte mondiale de jets privés a explosé de 133% sur les deux dernières décennies. L'enquête explique aussi les méthodes de la bourgeoisie contre toute forme de contestation, avec la complaisance des Etats, pour sauvegarder leurs caprices ultra-polluants.

James Draoust

5 mai 2023

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Le nombre de jets augmente de 133% en 20 ans : pas de crise pour les milliardaires

Crédits photo : ValiGreceanu

Alors que l’inflation et l’accentuation de la crise climatique menacent l’ensemble des travailleurs et les classes populaires, tout va bien pour le patronat qui continue de polluer sans compter. Ainsi, une enquête des Patriotic millionaires (un collectif de millionnaires américains soi-disant « philanthropiques ») et de l’Institute For Policy Studies, met le doigt sur l’évolution du marché des jets privés et leurs impacts sur l’environnement.

En effet, le marché des jets privés ne s’est jamais aussi bien porté avec une augmentation de la flotte mondiale de 133% entre 2000 et mi-2022, représentant près de 34,1 milliards de dollars. De plus, bien que le trafic aérien mondial se remette péniblement de la pandémie de COVID, atteignant environ 68,5% de son niveau pré-pandémie, le mode de transport privilégié des patrons est en pleine forme. En effet, le secteur de l’aviation privé est déjà retombé sur ses pattes, avec plus de 5,4 millions de vols d’affaires en 2022. Un indicateur qui montre que les crises inflationnistes et climatiques n’existent pas pour cette poignée de patrons.

Nombre de vols d’affaire année après année

Comme le souligne Reporterre, les propriétaires de jets ne représentent pas plus de 0,008% de la population mais les vols privés concentrent plus de la moitié des émissions de gaz à effet du secteur de l’aviation.

Une pollution massive que ces quelques patrons tentent de faire oublier. Ainsi, l’enquête revient sur les processus d’anonymisation des propriétaires des jets privés via le rachat par une société tierce anonyme et la location par la suite aux anciens propriétaires. Les trackers aériens qui suivaient les trajets en jets de quelques milliardaires ont en effet un peu échaudé ces derniers. A l’image de Bernard Arnault, qui a vendu son avion personnel afin de ne plus voir ses multiples vols affichés au grand public et de pouvoir continuer à voler aux quatre coins du monde plus sereinement. Il est vrai que quand les gouvernements appellent à la « sobriété » et que les conséquences de la crise climatique impactent de plus en plus les populations, la connaissance de ces caprices de riches a de quoi susciter une colère légitime.

Peut-être également que ces combines permettent d’alléger leurs déclarations d’impôts. Globalement, selon le journal d’investigation The Boston Globe, plus d’un jet sur six immatriculé par la FAA (Fédération Américaine de l’Aviation, ndlr) serait détenu par une société écran avec des lois avantageuses, rendant impossible de tracer les locataires de ces jets.

Lobbying, pression contre la syndicalisation

En plus de l’anonymisation, le secteur de l’aviation privé mène une activité de lobbying intense pour assurer la pérennité de son business. Pour le cas des Etats-Unis, l’enquête indique que les principales organisations de différents secteurs de l’aviation ont dépensé plus de 68 millions de dollars sur 12 ans pour défendre leurs intérêts. Par ailleurs, les administrations américaines leur ont bien rendu la pareille. Que ce soit l’administration Obama, via un ralentissement de la dépréciation de la valeur des jets en 2013, ou encore l’administration Trump via des avantages fiscaux dans le Tax Cuts and Job Act de 2017.

Parallèlement à ce travail de lobbying, l’enquête montre aussi comment des patrons de compagnie de jets privés ont fait pression sur leurs salariés et sur des processus de syndicalisation, pour empêcher toute remise en cause interne. En effet, elle cite notamment la campagne de “décertification” de la section syndicale 1108 du syndicat des transporteurs américains IBT, dans la compagnie One Sky Flight. Une campagne qui a permis en 2018 de retirer le rôle de négociateur du syndicat et ainsi de mener à sa dissolution.
Dans un témoignage au journal Inside Sources, un pilote raconte ces manœuvres : « Cette campagne de dissolution a été sponsorisée et encouragée par la direction qui a préféré la confrontation avec ses pilotes plutôt que la négociation. Les pilotes sont au courant que plusieurs de leurs collègues ont été induits en erreur et/ou ont reçu des pressions pour voter pour la dissolution ».

Les chiffres exposés par le rapport viennent montrer que la crise écologique, inflationniste et la « sobriété » n’existent que pour les plus précaires à l’échelle internationale. Les patrons, de leur côté, continuent à alimenter sans cesse ces crises multiples en accumulant toujours plus de profits et en multipliant les caprices. Les rédacteurs du rapport, les Patriotic millionaires défendent une résolution du problème de l’explosion du marché des jets via une taxation des carburants et autres vols en jets. Une manière de couvrir leurs collègues qui, s’ils sont des habitués des jets privés, pourront facilement s’acquitter d’une taxe. L’ensemble des éléments exposés dans le rapport montrent à quel point une poignée de patrons pollueurs est prête à tout mettre en œuvre pour sauvegarder ses caprices polluants, avec l’appui des Etats. Alors que la préservation de l’habilité de la planète nécessite de priver ces quelques patrons de bien plus que de leurs voyages en jets, c’est un rapport de force conséquent qu’il va falloir construire au côté des travailleurs pour réorganiser entre leurs mains la production en fonction des besoins de la population et des contraintes écologiques.


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