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Politique

Où est passé « M. Probité » ?

Le nouveau Fillon : du sang, des larmes… et de l’impunité

Acculé par les affaires, avec des accusations supplémentaires qui pleuvent chaque jour ou presque, François Fillon tente le tout pour le tout : mensonges grossiers, remise en cause de la justice, etc. Il paraît déjà bien loin, le temps de la primaire où « M. Probité » attaquait Balkany et Sarkozy sur leurs affaires et promettait de se retirer de la campagne s’il était mis en examen.

mardi 7 février 2017

Une accumulation d’affaires et de preuves

 
Ça avait déjà mal commencé, mais depuis quelques jours, c’est une véritable hémorragie pour Fillon. Récapitulons : il y a d’abord l’affaire de l’emploi fictif de sa femme, qu’elle cumulait avec un emploi grassement payé et quasi-fantôme dans la Revue des Deux Mondes, puis l’affaire de ses fils embauchés en tant que collaborateurs, celle de son micro-parti qui aurait permis de détourner les dons des électeurs de la primaire et enfin le détournement de ses indemnités parlementaires à son propre profit personnel.

Ça fait beaucoup, et chaque jour vient apporter son lot de preuves supplémentaires et d’augmentation des sommes engagées. Dernière en date, après la vidéo de sa femme tournée en 2007 où elle explique n’avoir jamais été son assistante, la révélation par Le Canard Enchainé des indemnités de licenciement touchées par sa femme à hauteur de 45 000 euros.

Acculé, François Fillon assume

 
Face à cette accumulation, François Fillon ne cherche même plus à plaider la calomnie ou le malentendu. Il assume. A propos du détournement de fonds publics quand il était sénateur, celui-ci s’est exprimé ainsi dans sa conférence de presse du 6 février : «  Ce sont les pratiques de la vie politique dont je vous parlais dans mon propos liminaire, qui sont très anciennes. Est-ce que je suis à l’origine de ces pratiques ? Non. Est-ce que je suis poursuivi pour ces pratiques ? Non. Est-ce qu’elles doivent cesser ? Oui. »

Désormais, plutôt que chercher à démentir les accusations, celui-ci se positionne de manière beaucoup plus offensive. Sur le volet juridique, par exemple, alors qu’il avait dans un premier temps expliqué vouloir que la justice fasse son travail et être certain qu’elle finirait par le blanchir, Fillon est désormais passé sur un registre très différent. Dans sa conférence de presse de lundi, il a attaqué le PNF (le Parquet National Financier, créé, rappelons-le, après le scandale Cahuzac), en expliquant que ce n’étaient « pas les bonnes instances qui avaient été saisies » et que ses « avocats [venaient] de signaler au Parquet National Financier qu’il n’était sans doute pas compétent  »). Une manière de noyer le poisson pour gagner du temps et remettre le bateau à flots.

Dans le même temps, celui-ci a également affirmé qu’« en raison de la séparation des pouvoirs, personne n’a le droit de porter de jugement sur le contenu du travail [d’un assistant parlementaire]  ».

Où est passé le candidat de la primaire ?

 
Ces déclarations et cette stratégie politique tranchent radicalement avec la posture sur laquelle François Fillon avait réussi à gagner la primaire de la droite. Au milieu d’un casting de repris de justice (Copé, Juppé, Sarkozy et Cie), il s’était alors servi de son casier judiciaire jusqu’ici vierge pour surprendre les sondages et l’emporter largement. Lors de son discours de rentrée politique le 28 août à Sablé-sur-Sarthe, M. Fillon avait ainsi lancé en visant M. Sarkozy : « qui imagine le général de Gaulle mis en examen ?  » et expliqué vouloir « revenir à une conception plus rigoureuse du pouvoir ». Lors des débats de la primaire, il avait promis de « se retirer » de la campagne présidentielle s’il était mis en examen.

Cette mise en avant de la probité correspondait dans le même temps à la ligne de droite dure qu’incarnait Fillon : suppression de 500 000 postes de fonctionnaires, retraite à 67 ans, casse de la sécurité sociale, fin des 35h. Le discours était clair : il allait falloir se serrer la ceinture, certes, mais ce serait un homme irréprochable qui s’en chargerait, droit dans ses bottes, et surtout qui ne ferait pas n’importe quoi avec l’argent public.

Mais ça, c’était avant. Désormais, il ne fait plus aucun doute que le véritable « assisté », c’est bien François Fillon en personne et qu’il n’a pas grand-chose à envier aux Balkany, Sarkozy, Cahuzac et consorts. Il avait déjà le même rythme de vie (bien que moins médiatisé) : vie de château, amis milliardaires, vacances sur les yachts… Il a maintenant les casseroles judiciaires qui vont avec. Mais surtout le même mépris pour la justice et les électeurs, le même sentiment d’impunité qui caractérise si bien cette caste politicienne. Il en est même devenu le symbole lors de ces élections présidentielles.




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