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Politique

Cap 2022

Exonération de charges, baisse des impôts de production... le "nouveau chemin" pro-patronal de Jean Castex

Le Premier Ministre a délivré hier son discours de politique générale. Un propos marqué par l’annonce de très nombreuses mesures, taillées pour contenter l’aile gauche de la majorité autant que la droite. Pourtant, derrière la multiplicité des annonces, la continuité d’une politique pro-patronale sur le terrain de la relance économique et des réformes apparaît comme le véritable fil à plomb du programme du gouvernement.

mercredi 15 juillet

Crédit photo : Martin Bureau / AFP

Après l’interview en forme de mea culpa d’Emmanuel Macron le 14 juillet, critiquée pour son absence de mesures concrètes, Jean Castex délivrait hier à l’Assemblée Nationale son discours de politique général. Pendant une heure, le nouveau Premier Ministre, au profil très technocratique, a égrainé de très nombreuses mesures pour tenter de dessiner les « 600 jours » restant avant la fin du quinquennat.

Du Plan Vélo à la lutte contre l’islamisme : un nouvel « en même temps »

Après avoir introduit son discours en rappelant le caractère historique de la crise traversée par la France qui « a mis en lumière de manière très crue, nos difficultés et parfois nos défaillances, y compris au sein de l’appareil d’Etat », Jean Castex a dessiné pendant une heure l’agenda de son gouvernement. Un véritable patchwork, qui additionne les mesures, et dont la cohérence semblait surtout résider dans la nécessité pour le gouvernement de tenir ensemble les différentes franges de la base sociale et de la majorité présidentielle pour préparer 2022.

Ainsi, après avoir affiché l’ambition consensuelle de « réconcilier les France », notamment la « France rurale » et la « France des banlieues », Jean Castex a immédiatement pointé les « ennemis de la France » à abattre : « terroristes, extrémistes, complotistes, séparatistes, communautaristes. » Multipliant les thèmes gaulliens, Castex a ainsi tenté de s’adresser à la fois à la gauche de la majorité et à la droite.

Pour dialoguer avec la frange de centre-gauche de la majorité, Castex a mobilisés des thèmes gaulliens, à l’image de la « participation » mais aussi de l’annonce de la création d’un « Commissariat Général au Plan », et misé centralement sur l’écologie ainsi que sur quelques annonces « sociales ». Outre la promesse de revaloriser le « territoire » par un nouvel acte de décentralisation, la mise en place de repas à « 1€ » dans les CROUS pour les étudiants boursiers, ou la revalorisation de 100€ de l’allocation de rentrée, Castex a ainsi longuement développé des mesures écologiques éparses : lutte contre l’« artificialisation des sols », « croissance écologique », « Contrats de Développement Ecologique », « Plans Vélo », régulation de la publicité, rénovation thermique des bâtiments. Un plan de 20 milliards d’euros sur lequel parie le gouvernement pour reconquérir une partie de son électorat séduit par EELV et déçu par le macronisme.

« En même temps », Jean Castex a largement investi le terrain régalien et celui des réformes pour s’adresser à la droite. La « lutte contre l’islamisme » et contre les « minorités ultra-violentes [qui] s’en prennent aux forces de sécurité » a ainsi suscité un tonnerre d’applaudissements dans l’assemblée, et Castex a promis une réponse « de l’Etat ferme », annonçant au passage un projet de loi « contre les séparatismes ». L’armée a également fait l’objet d’un hommage appuyé, le Premier Ministre saluant la « remontée en puissance historique de nos armées » et affirmant sa volonté de leur apporter « tous les moyens matériels et humains nécessaires pour conduire leur mission ». Sur le terrain de la Justice enfin, le Premier Ministre s’est saisi du thème très droitier de « l’impunité » de la « petite délinquance » pour annoncer la mise en place de « juges de proximité spécialement affectés à la répression des actes d’incivilités du quotidien. »

Pourtant, si l’enfilage de ces mesures peut donner l’impression d’un grand écart entre la gauche et la droite, la cohérence apparaît de façon très nette sur le terrain de l’emploi et du projet de relance économique, qui sera la colonne vertébrale de la politique du gouvernement face à la crise à venir, mais aussi en ce qui concerne la réforme des retraites. Par-delà les appels du pied à gauche et à droite, qui tiennent en partie de la communication, le projet économique du gouvernement s’ancre dans une orientation pro-patronale assumée.

Face à la crise économique, un projet pro-patronal assumé

Si Jean Castex a présenté l’emploi comme « la priorité absolue des 18 prochains mois », c’est en acceptant comme préalable les licenciements et les faillites, contre lesquelles le gouvernement a souhaité mettre le moins de barrière possible dans le cadre des mesures annoncées les derniers mois. Ainsi, les milliards d’euros d’aides et de prêts garantis pour les entreprises du transport aérien (Air France), de l’aéronautique (Airbus, Daher) ou de l’automobile (Renault) ont été versés sans conditions et suivis de plans de licenciements. De même, le dispositif de chômage-partiel de longue durée autorise les licenciements à condition que ceux-ci soient votés dans le cadre d’un accord majoritaire avec les syndicats.

Les 100 milliards d’euros de nouvelles mesures annoncées par Castex s’inscrivent largement dans la continuité de cette approche pro-patronale. Pour favoriser l’embauche des jeunes, le gouvernement a ainsi choisi d’offrir au patronat des baisses de charge à hauteur de 4000€ par an pour l’embauche de jeunes de moins de 25 ans touchant des salaires allant jusqu’à 1,6 fois le SMIC. De même, 40 milliards d’euros seront destinés au patronat de l’industrie, comprenant notamment des baisses d’impôts de production. Des mesures qui sont à mettre en perspective avec les annonces concernant directement la jeunesse. Derrière les repas à 1€ au CROUS pour les étudiants, une mesure « choc » conçue pour marquer l’opinion, le gouvernement n’a rien d’autre à offrir que 400.000 contrats précaires à durée déterminé (contrats d’insertion et services civiques) et 200.000 formations qualifiantes sans promesses d’embauches à ceux qui seront en premières lignes des conséquences de la crise économique.

De même, Jean Castex a tenu a réaffirmé son attachement aux très néo-libérales réformes héritées du gouvernement Philippe. Concernant la réforme des retraites, le Premier Ministre a expliqué souhaiter « la disparition à terme des régimes spéciaux » tout en renvoyant la discussion à ce sujet à la concertation. De même il a salué les réformes Blanquer sur l’école, mais aussi promis de mener à terme la Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche (LPPR), réforme visant à accentuer les logiques de financement dans l’enseignement supérieur ainsi qu’à créer de nouveaux statuts précaires pour les enseignants-chercheurs, deux réformes qui ont suscité de fortes mobilisations dans l’Education Nationale et chez les enseignants-chercheurs ces derniers mois.

Un « nouveau chemin » dont le cap reste identique : une offensive d’ampleur contre le monde du travail

Ainsi, si Jean Castex a tenté d’articuler un programme de mesures permettant de contenter les différentes ailes de sa majorité, c’est sans surprise dans la stricte continuité du projet néo-libéral macroniste que se situera le nouveau gouvernement. Et si le Premier Ministre a tenu a réitéré son appel à un changement de méthode et à la concertation, c’est pour mieux pallier les fragilités de son gouvernement et faire face aux dangers qui l’attendent.

En effet, si le projet du nouveau gouvernement a recueilli 345 votes favorables, un score positif pour l’exécutif, ce projet devrait rapidement faire face à la réalité de la rue. En ce sens, la manifestation des soignants d’hier pour dénoncer l’imposture du Ségur aux côtés des Gilets jaunes, est exemplaire de la colère qui existe dans toute une partie de la population. De même, les plans de licenciements qui se sont multipliés ces dernières semaines ont souvent fait face à des réactions exemplaires des salariés qui, de TUI France à Nokia en passant par la MCA Maubeuge se sont mobilisés et ont agrégé autour d’eux de nombreux soutiens. Du côté de la jeunesse, les mobilisations massives contre les violences policières et le racisme d’Etat et les réactions vives et immédiates à la nomination d’un « gouvernement de la honte » démontrent d’une large politisation qui pourraient s’avérer explosive dans un contexte où les jeunes sont menacés d’une aggravation de la précarité déjà rampante qui les touche.

Dans un tel contexte, le maintien des directions syndicales dans un « dialogue social » renouvelé pour discuter de l’ensemble des orientations de la suite du quinquennat est un pilier central pour éviter l’explosion en anesthésiant le mouvement ouvrier. Cette perspective doit être combattue activement par tous les travailleurs et syndicalistes combatifs, qui devraient exiger des directions syndicales l’arrêt de toute négociation avec ce gouvernement au service des patrons, et la construction d’un véritable plan de bataille à même de faire converger les colères contre le gouvernement. Un plan qui doit partir du refus radical que les travailleurs ne paient la crise, et articuler des mesures aussi fondamentales que l’interdiction des licenciements, le partage du temps de travail et la lutte pour l’embauche des précaires.




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