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Le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire contre Lundi Matin

Le journal Lundi Matin a annoncé, ce lundi, avoir reçu une réquisition judiciaire dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte pour « provocation à commettre des atteintes volontaires à la vie ». En cause, une plainte de l’AGRIF suite à la publication d’un article sur Nick Conrad. En seulement 4 jours, le parquet de Paris s’est exécuté pour traiter la plainte et ouvrir une enquête contre Lundi Matin, journal de la mouvance autonome.

mardi 26 mars

Au mois de septembre 2018, le rappeur Nick Conrad publiait un clip de rap qui a alors suscité une lourde controverse, intitulé « PLB » (« Pendez les blancs »). Dans la vidéo le rappeur inversait les sévices historiquement subis par le peuple noir, en montrant des blancs en être l’objet. Pour ce morceau, il s’était attiré la foudre de tout l’appareil politique, de Gérard Colomb à Gilbert Collard en passant par la Licra, et l’AGRIF – Alliance générale contre le Racisme et pour la défense de l’Identité Française et chrétienne – tous dénonçant « un appel au meurtre », un « appel à la haine » mu par le « racisme anti-blanc » . A l’époque nous avions publié un article pour dénoncer le traitement politique et médiatique de l’affaire et l’inanité du concept, contradictoire dans les termes, de « racisme anti-blanc ».

L’affaire en tout cas était loin d’en rester là. Un procès a été intenté au rappeur Nick Conrad par la Licra et l’Agrif réunies (sic), qui a eu lieu le 9 janvier 2019. Suite à l’audience, Lundi Matin publie un article de récit de la journée « Retour sur le procès de Nick Conrad », comportant le sous-titre entre guillemets « pendez l’AGRIF », partie civile dans le procès. Pour cette mention, le journal d’extrême-gauche a reçu fin janvier une réquisition judiciaire de la part d’un service d’enquête parisien « substitut du Procureur de la République de Paris » pour « provocation à commettre des atteintes volontaires à la vie ». Une accusation que Lundi matin démonte en bonne et due forme dans un article en attirant l’attention du parquet sur les guillemets d’ironie qui font relever la locution « du détournement, de la satire et de l’ironie, pratiques littéraires pour le moins habituelles dans bon nombre d’organes de presse. ».

Plus encore, ce que remarque à juste titre le journal, ce sont les délais particulièrement rapides avec lesquels le parquet de Paris s’est saisit de « l’affaire ». En effet, seulement quatre jours séparent la plainte de l’AGRIF (le 24janvier) et l’ouverture de l’enquête préliminaire (le 28 janvier). En observant, la rapidité de la prise en charge de la plainte et d’ouverture de l’enquête préliminaire, Lundi Matin fait une allusion au contexte plus général à savoir« une période particulièrement troublée » faisant ainsi référence au contexte politique particulièrement convulsif.

En effet, cette enquête préliminaire des plus expéditives s’inscrit dans un contexte politique et social particulier, à savoir l’émergence du mouvement des Gilets jaunes, et fait aussi échos à des antécédents particulièrement récents qu’ils soient antérieurs ou postérieurs au 28 janvier. Ainsi, quelques jours après, seulement, le 4 février, le parquet de Paris avait tenté de perquisitionner Mediapart Suite à leurs révélations sur l’affaire Benalla. Des perquisitions qui avaient été ordonnées directement par Matignon, et que Médiapart soupçonnait d’avoir pour but de « porter atteinte au secret des sources ». Cela rappelle aussi la manière dont le parquet de Paris s’était exécuté à toute vitesse pour ouvrir une enquête contre Mélenchon pour « menaces et violences contre dépositaires de l’autorité publique » suite à l’interpellation de Castaner par plusieurs syndicats policiers.

Après la « loi anti-casseur » et les dernières mesures annoncées par Matignon, le déploiement de l’armée contre le mouvement social, ou encore les dernières interdictions de manifester, les attaques contre les droits de la presse, dont plusieurs grands médias s’étaient déjà inquiété depuis le début du quinquennat Macron, l’ouverture expresse de cette enquête préliminaire contre Lundi Matin est à placer dans ce contexte d’une restriction toujours plus croissante des droits démocratiques.

Tout notre soutien à Lundi Matin.




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