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Le parti d'extrême-droite FPÖ revient au pouvoir depuis les élections régionales grâce à une coalition… avec la gauche

Le parti frère du Parti socialiste en Autriche gouverne avec l’extrême-droite

Juan Chingo Le dimanche 31 mai ont eu lieu les élections régionales dans l'est de l'Autriche dans les lands de Styrie et de Burgenland. Ces élections ont été marquées par le recul du parti social-démocrate (SPÖ) au gouvernement, qui était en coalition avec les conservateurs du Parti populaire autrichien (ÖVP) au niveau local comme national, ainsi que par l'énorme poussée électorale de son partenaire et allié du Front national, le Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ). Au cœur de la campagne, le thème de l'immigration a pris des couleurs racistes et xénophobes avec des affiches du FPÖ demandant aux gens s'ils se sentaient « étrangers dans leur propre pays ».

lundi 8 juin 2015

Mais ce qui est étonnant, c’est qu’à peine quelques heures après les élections, Hans Niessl, représentant de la gauche arrivée en tête, a annoncé un accord avec le chef des nationalistes, Johann Tschürtz, à qui il a promis le portefeuille de la sécurité. Vendredi dernier, les deux partis ont formé une coalition pour diriger l’est du pays. Cette capitulation ouverte de la gauche devant l’extrême-droite a suscité une colère importante au sein de certains secteurs de l’électorat. Comme l’affirme le correspondant de Libération à Vienne : « En colère, des manifestants ont protesté vendredi devant le siège du parti social-démocrate (SPÖ) à Vienne. Ils reprochent à la formation de gauche d’offrir une réhabilitation à l’extrême droite (FPÖ) en lui proposant de gouverner avec elle le land oriental du Burgenland, l’un de ses bastions viticoles, qui longe la frontière de la très brune Hongrie voisine ». Les représentants de la communauté juive et rrom autrichiennes ont également affirmé leur consternation.

Pour le chef national du FPÖ, Heinz-Christian Strache, ces résultats montrent ce qui pourrait arriver à l’issue des élections régionales qui se tiendront à Vienne et dans le land de Haute-Autriche en automne. Dans les deux lands où le scrutin a eu lieu dimanche passé, le taux de chômage ne cesse d’augmenter. Si le chômage a peu augmenté dans l’ouest du pays, à l’est il a connu une hausse à deux chiffres. Si, au Tyrol, ce taux a seulement augmenté de 0,2%, il a en revanche subi une hausse de 7,6% en Styrie, 11,1% dans le Burgenland, 12,2% en Haute-Autriche et 13% en Basse-Autriche. La plus grande hausse du taux de chômage s’est produite à Vienne où, fin mai, 23,9% de personnes en plus se trouvaient au chômage par rapport à la même période l’année dernière. Cette hausse prépare le terrain pour la démagogie anti-immigrée du FPÖ à laquelle se plient les conservateurs et les sociaux-démocrates. La campagne contre les immigrés, mise en place au début de l’année par le gouvernement par la Ministre de l’Intérieur Johanna Mikl-Leitner (ÖVP) après l’arrivée en Autriche d’un certain nombre de réfugiés kosovares qui fuyaient les conditions de vie catastrophiques dans leur propre pays, en est l’une des démonstrations les plus patentes. La Ministre a dit qu’il relevait de sa mission d’éviter la vague d’immigrés en provenance de Kosovo, et a fait distribuer une déclaration indiquant explicitement que les immigrés ne seraient pas accueillis en Autriche et pourraient très bien être passibles de poursuites criminelles.

À son tour, à Vienne, une partie de l’appareil social-démocrate voit d’un œil favorable la possibilité de gouverner la capitale autrichienne avec l’extrême-droite plutôt qu’avec les écoles, comme c’est le cas aujourd’hui. De plus, certains secteurs de l’establishment politique et des médias commencent à défendre l’idée d’un gouvernement rouge-bleu au niveau fédéral afin de surmonter les retards qu’ont pris les réformes sous la « grande coalition ». L’édition en ligne du journal Kurier a même formulé, dimanche 31 mai, son souhait de voir une coalition SPÖ-FPÖ, en déclarant que « le résultat des élections nécessite une action politique urgente, également à l’échelle fédérale. »

Le successeur de Jörg Haider, qui patiente depuis dix ans dans l’opposition, se félicite de voir enfin son heure arriver : le « cordon sanitaire » contre le parti d’extrême-droite a commencé à rompre à l’échelle locale. Rappelons qu’en 1999, Haider est devenu l’un des principaux candidats à la Bundeskanzler (Chancelier fédéral, ou Premier Ministre d’Autriche), mais, en 2000, l’Union européenne a exigé de l’Autriche que sa nomination soit annulée en raison de ses tendances d’extrême-droite, ce qui a été effectivement fait.

Ce que le cas autrichien nous montre, c’est que la chaleur de la crise mondiale ouverte en 2007-2008 et la décomposition politique de la vieille sociale-démocratie ne sont pas seulement accélérées, mais ont fait un saut extraordinaire.

Les travailleurs et les travailleuses en France doivent tirer les leçons de la débâcle actuelle de la sociale-démocratie autrichienne. En France, la transformation bourgeoise et néolibérale du PS que viennent d’accomplir Hollande et Valls confirme en effet que c’est le pire ennemi que nous avons, et que la déroute de ce gouvernement et de sa politique anti-ouvrière est la meilleure voie pour empêcher l’avancée de l’extrême-droite d’ici 2017.

09/06/2015.




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