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Du Pain et des Roses

30ème cas de féminicide en France depuis le 1er janvier

Le patriarcat tue : pour Julie et toutes les femmes opprimées, manifestons le 8 mars !

Julie Douib, 34 ans, a été abattue par arme à feu par son ex-conjoint dimanche 3 mars, après plusieurs années de violences conjugales et des mois d’appel au secours. C’est le 30ème cas de féminicide depuis le 1er janvier qui vient tristement rappeler, à la veille du 8 mars, la nécessité du combat des femmes, à la fois juridique mais aussi économique, pour leur émancipation.

mercredi 6 mars

Photo : REUTERS/Rafael Marchante

Le patriarcat tue. Le constat statistique est sans appel. En 2018, selon un collectif qui recense les « féminicides par compagnon ou par ex », 119 femmes ont été assassinées par leurs conjoints ou ex-conjoints en France. Depuis le 1er janvier 2019, en y ajoutant le cas de Julie Douib, on compte déjà une trentaine de féminicides.

Le cas de Julie Douib, 34 ans, mère de 2 enfants de 8 et 10 ans, mis en avant ces derniers jours dans les médias, est d’une terrifiante banalité si l’on compare son histoire à celle des centaines de femmes assassinées ces derniers mois.

« Il faut peut-être que je meure pour qu’on m’entende et qu’on me croie »

Violentée depuis 2 ans, Julie Douib décide, il y a 6 mois, de quitter son conjoint et son domicile. Commence alors une situation de harcèlement de son ex-compagnon. Depuis septembre 2018, 5 plaintes sont déposées au commissariat. Ce qu’il en sort : un jugement provisoire rendu le 28 janvier 2019 par le juge des affaires familiales de Bastia qui confie, dans l’attente d’une enquête sociale… la résidence des enfants chez le père, indique la procureure de Bastia contrainte de s’expliquer sur le cas.

Parmi ces plaintes, l’une déposée le 6 novembre 2018, par le père de Julie pour « menaces de mort », est classée sans suite par la police. Pour Julie aussi la menace est réelle. Elle sait que son ex-conjoint a une autorisation de port d’arme. D’après les témoignages de ces amies, publiées sur Facebook, elle l’aurait signifié aux gendarmes. « Elle m avait confié il y a quelques mois : ’J ai dit aux gendarmes qu’ il a une arme à la maison, Je leur ai dit... allez chez lui !!! lui sortir !!!j ai peur il va me tuer !’, ’Madame ! Temps qu il ne s en sert pas, nous ne pouvons rien faire !!’, ’Alors vous ferez quelques chose quand je serai morte !!!???’, pas de réponse...vous connaissez la fin de l histoire !!!" » explique t-elle dans un post. Julie a été abattue chez elle, en Haute-Corse, de deux balles dans l’abdomen par son ex-conjoint et père de ses enfants.

Violences conjugales, précarité, justice aveugle : le patriarcat, du foyer à l’Etat

Violences conjugales, inaction de la gendarmerie et de la justice qui relativisent sans cesse la question des violences conjugales, garde des enfants au père, harcèlement constituent la longue chaîne d’oppression dont découlent les féminicides. La précarité s’y rajoute souvent. Comme dans le cas de Gaëlle Vahoury, femme enceinte de 22 ans, poignardée à mort par son compagnon le jeudi 14 février alors qu’ils étaient hébergés temporairement dans un Hotel à Glisy près d’Amiens, pris en charge financièrement par un dispositif d’aide aux femmes sans domicile enceinte. Dans le cas de Tania, 20 ans, tuée par son compagnon, militaire, qui l’a frappé à la tête avec une barre métallique et qui a été retrouvée morte le 6 janvier en Seine-et-Marne, elle était connue des services de police « en tant que victime ». Sans que son conjoint, « au casier judiciaire vierge » n’ait été auditionné. Le 27 janvier dernier, à Annemasse, en Haute-Savoie, Gulçin, 34 ans a été poignardée par son ex-compagnon : là aussi, le meurtre, déroulé au moment de la passation d’enfants en droits de visites chez leur père, a eu lieu alors que de nombreuses plaintes avaient été déposées auparavant.

Dans de nombreux cas de féminicides, s’ajoutent à la spirale des violences conjugales au domicile, la violence patriarcale des institutions judiciaires et policières, qui ignorent et minorent les situations de violences réduites à de simples « disputes conjugales » dont la violence est normalisée. Il y a aussi la question de la précarité des femmes, qui subissent à 80% le temps partiel, sont plus souvent en inactivité, occupent les postes les plus précaires et les moins bien rémunérés, entrainant une dépendance économique accrue vis-à-vis du conjoint. Dans ce contexte, l’exploitation économique que subit la grande majorité des femmes vient renforcer la violence de l’oppression patriarcale. Sortir de la spirale mortifère des violences conjugales est d’autant plus difficile lorsque les conditions socio-économiques de subsistance des femmes sont précaires et que les coupes budgétaires imposées aux associations qui défendent les femmes victimes de violence conjugales les privent d’un support absolument vital.

Du pain et des roses : nous voulons survivre, mais aussi et surtout vivre !

En 1910, la féministe socialiste allemande, Clara Zetkin lançait l’idée d’une manifestation internationale en faveur de l’émancipation des femmes, qui deviendra à partir de 1914 la journée du 8 mars. Le 8 mars 1917, les ouvrières russes commémorent cette journée avec des manifestations, des grèves, des émeutes pour le pain, la paix et contre le régime tsariste, ce qui marquera le début de la révolution russe. Le caractère politique de cette journée internationale des femmes, en lutte pour le droit au pain – les conditions économiques et la fin de l’exploitation au travail et au foyer – mais aussi pour le droit aux roses – contrôle de leurs corps et liberté sexuelle, droit au loisir, fin du patriarcat, droits politiques, etc.. – a rapidement été détourné : à la fois par Staline, qui en a fait une « journée des mères », rôle auquel le stalinisme, profondément conservateur socialement, voulait réduire les femmes, mais aussi par l’Organisation des Nations Unies qui, en 1977, décide de faire du 8 mars, la « Journée internationale pour le droit des femmes » qui invisibilise le fait que l’accessibilité à ces droits (de vote, à l’indépendance, à la liberté sexuelle, à l’éducation, etc…) sont clairement conditionnées par les conditions socio-économiques d’existence des femmes.

Or, la possibilité de jouir de ces droits dépend non seulement des politiques d’assistance qui sont mises en place à l’égard des femmes – planning familiaux, subvention aux associations de lutte contre les violences conjugales, logements sociaux, d’urgence -, aujourd’hui clairement remis en cause par les coupes budgétaires imposés par les besoins du capitalisme ; mais jouir de ces droits dépend aussi du degré d’exploitation que subissent la majorité des femmes qui sont aujourd’hui des salariées, souvent mal rémunérées et victimes d’une plus grande précarité que leurs collègues hommes. Jouir d’un droit à l’éducation et aux loisirs, est-ce possible dans un contexte où la durée du travail se rallonge, où recule l’âge de départ à la retraite, où se multiplient les horaires décalés et les heures sup’ imposées ? Est-il possible de se libérer de l’entrave d’un conjoint violent et de quitter le domicile avec un emploi à temps partiel, mal rémunéré, comme c’est le cas le plus souvent pour les femmes que pour les hommes ?

Le 8 mars, nous défilerons pour nous opposer aux féminicides et aux violences conjugales, en la mémoire de Julie et de toutes ces centaines de femmes qui tombent chaque année en France, et par milliers dans le monde, sous les coups de leurs conjoints. Non pas pour réclamer à l’institution policière, qui humilie les femmes autant qu’elle violente toutes celles et ceux qui s’opposent à l’exploitation et à l’injustice de ce système, de « faire son travail ». Mais bien pour revendiquer, en plus des droits des femmes à l’émancipation, les conditions de sa réalisation : une société débarrassée de l’exploitation économique, égalitaire non seulement dans le texte, mais surtout dans les faits, qui permettent à chaque femme et aussi à chaque homme de pouvoir jouir en toute liberté de son existence.




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