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Le référendum : nouvel enfumage de Macron après le grand débat ?

Deux mois et demi et douze actes après le 17 novembre, Macron n’en a certainement pas fini avec les Gilets jaunes. Samedi à nouveau, la journée a été marquée par des manifestations massives dans tout le pays et par un élargissement des revendications des Gilets jaunes à la question des violences policières, passant notamment par la demande de l’interdiction du LBD 40.

lundi 4 février

Le Grand débat, lancé depuis le 15 janvier, n’a pas réussi comme l’espérait le gouvernement à enrayer la mobilisation. Selon un sondage Elabe cité par les Échos le scepticisme vis-à-vis du Grand débat reste très important : 66 % des sondés pensent que le Grand débat ne marquera pas de changement, ni de style, ni de méthode, dans le quinquennat. La Macronie, qui mise énormément sur le Grand débat pour restaurer la légitimité des institutions et du gouvernement et a déployé beaucoup de force pour l’organiser, a conscience qu’elle devra sortir de ces trois mois de concertations avec des propositions concrètes de changement, sous peine de révéler l’imposture du débat au grand jour : un moyen de temporiser sans changer de cap pour un gouvernement en mauvaise passe.

Depuis un moment déjà était évoquée la piste d’un référendum à choix multiples à la fin du Grand débat, rumeur confirmée il y a quelques jours par des sources proches de Macron dans un article du Journal du Dimanche. "Le sujet, c’est : comment organiser la sortie ? Il est important, au milieu du grand débat, d’ouvrir cette perspective pour lui redonner du souffle et une traduction très concrète", explique un proche de Macron au JDD.

D’après les différentes sources citées par le JDD, le référendum serait prévu pour coïncider avec les élections européennes, le 26 mai. Une manière de gagner le plus de temps possible, et continuer l’entreprise de fragmentation du mouvement des Gilets jaunes déjà entreprise avec le Grand débat.

Alors que le Grand débat a été très critiqué pour son caractère très contrôlé et orienté, faire miroiter un référendum aux Gilets jaunes prétend cette fois répondre aux demandes de ces derniers, qui pour beaucoup réclament l’instauration du RIC (référendum d’initiative citoyenne) depuis plusieurs semaines. De plus, alors que les Gilets jaunes n’étaient la majeure partie du temps pas conviés au Grand débat et que celui-ci visait une reconquête des corps intermédiaires, avec ce référendum il s’agit cette fois de s’adresser directement à eux.

Les questions posées lors de ce référendum à choix multiple émaneraient soit-disant des résultats du Grand débat, devant être publiés à l’issue d’un traitement informatique complexe à partir du 16 mars. On doute fort cependant que comme le laisse entendre l’entourage de Macron « tout soit sur la table ». Parmi les thèmes évoqués depuis plusieurs semaines, il s’agirait surtout d’offrir quelques concessions institutionnelles visant à redorer le vernis démocratique de la Vème République et lui donner un semblant de « démocratie participative » : réduction du nombre de parlementaires, reconnaissance du vote blanc, introduction d’une certaine dose de proportionnelle, limitation du nombre de mandats…

Toutefois, opter pour un référendum, comme le dit un député LREM, Sacha Houlié : « c’est un quitte ou double » . A l’évidence, le risque est important pour Macron d’une part de susciter, avec son Grand débat, énormément d’attentes, et des les voir déçues en proposant au vote quelques mesurettes sur les institutions, instrumentalisant le mouvement des Gilets Jaunes pour faire passer ses réformes. Et d’autre part, ce vote pourrait aussi se transformer en vote anti-Macron. Une équation à éviter absolument au moment des élections européennes. Quoi qu’il en soit, ce ne sont ni le Grand débat ni un éventuel référendum qui permettront de refermer la séquence ouverte par les Gilets Jaunes et colmater les brèches ouvertes au sommet de l’état – dont l’affaire Benalla n’est qu’un énième exemple.